Dans une note rendue publique ce jeudi, l'Institut Montaigne s'inquiète des stocks stratégiques chinois de matières premières, et appelle à s'emparer du sujet afin de constituer des réserves équivalentes en Europe.Stockés en Chine : 300 millions de tonnes de maïs, 150 millions de tonnes de blé, 100 millions de tonnes de fer, et des réserves en riz suffisantes pour nourrir 1,4 milliard d’habitants pendant un an. Dans une note rendue publique ce jeudi 14 février, l’Institut Montaigne révèle les impressionnantes capacités de stockage de Pékin, et analyse les acteurs et mécanismes à l’œuvre pour constituer ces réserves. Pierre Pinhas, auteur de cette note, met en lumière les trois secteurs clés qui stockent massivement : l'alimentaire, l'énergie, et enfin les métaux et minéraux.
Taïwan dans toutes les têtes
La stratégie de Pékin en matière de stocks stratégiques apparait comme une réponse pertinente à différents besoins. L’étude rappelle qu’historiquement, du « stockage massif de charbon par l’Allemagne avant le début de la Seconde Guerre mondiale à l’accumulation de céréales par la Russie avant l’invasion de l’Ukraine, la constitution de stocks s’est toujours inscrite dans une logique de préparation stratégique. »
Autrement dit, les revendications territoriales sur Taïwan ne sont jamais loin, même lorsqu’il s’agit de matières premières. Depuis décembre 2024, Pékin aurait ainsi acheté plus 100 000 tonnes de nickel, de quoi faire face à un conflit de haute intensité pendant 3 à 6 mois, note le texte. Interrogé par La Tribune, Pierre Pinhas modère tout de même :
« C’est dans toutes les têtes, mais pour le moment nous observons surtout des tendances cycliques sur les stocks. Nous ne voyons pas de mouvements divergents par rapport à la norme, comme ça a été le cas par le passé avant certains conflits. »
Car la préparation défensive d’une guerre ne permet pas à elle seule de justifier la totalité des stocks chinois. Ces derniers ont aussi des vertus offensives. En captant ces 100 000 tonnes nickel en un an, la Chine a ainsi agrégé plus de 60 % de la demande en nickel, lui offrant une position de force sur les marchés mondiaux qu’elle peut faire varier au gré de ses capacités de stockages.