Les grandes entreprises et organisations professionnelles vont augmenter leurs dépenses de lobby à Bruxelles cette année, portant le budget collectif à 382 millions d’euros (+8 % sur un an). Les géants de la tech (Meta, Amazon, Apple, Microsoft) signent les plus gros chèques.
Pour faire du lobbying auprès des institutions européennes, les grandes entreprises ne lésinent pas sur la dépense. Leur budget pour 2026 est de 381,75 millions d’euros, soit 27 millions d’euros de plus comparé à l’année précédente (+8 %) et 125 millions par rapport à 2020 (+49 %), selon un rapport des ONG Corporate Europe Observatory et LobbyControl, paru ce jeudi.
Les auteurs préviennent que ce montant est même probablement sous-estimé. «Le registre européen de transparence du lobbying n’est pas juridiquement contraignant et, en l’absence de sanctions efficaces, la qualité des données dépend entièrement de celles fournies volontairement par les entreprises inscrites», expliquent-ils.
Le rapport porte en outre seulement sur les entreprises et associations professionnelles ayant déclaré un budget annuel de lobbying d’au moins 1 million d’euros – elles sont 173 en 2026, 39 de plus que six ans auparavant –, excluant de fait celles dépensant moins.
Travail « de sape »
Les entreprises qui dépensent le plus sont celles de la tech (73 millions d’euros), portées en grande partie par plusieurs Gafam (Meta, Amazon, Apple, Microsoft).
Les structures de la tech utilisent cet argent pour faire pression sur la réglementation numérique de l’UE. Leur but, selon les auteurs du rapport : affaiblir les lois européennes sur la protection des données et l’intelligence artificielle pour mener leur business sans encombre.
« Alors que l'Europe a un besoin urgent d'une réglementation numérique robuste, les entreprises technologiques les plus puissantes investissent des sommes record pour la saper », dénonce Felix Duffy, chercheur et militant chez LobbyControl, cité dans le rapport.
Parmi les autres secteurs dont les entreprises et associations professionnelles sont les plus actives en matière de lobby à Bruxelles figurent la banque et la finance. C’est d’ailleurs celui qui compte le plus de structures actives en la matière : elles sont 37, dix de plus qu’en 2020. Ensemble, elles comptent dépenser 66,7 millions d’euros cette année.
Newsletter
L’Alerte La Tribune
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.
Suivent les géants des énergies, avec 52 millions d’euros. Ces derniers «instrumentalisent les crises géopolitiques, comme la guerre en Iran, pour plaider en faveur d'un retour en force des énergies fossiles et pour présenter comme durables de fausses solutions à la crise climatique», déplorent les ONG dans leur rapport.
Les plus grandes entreprises chimiques et leurs associations professionnelles consacrent, elles, 46,5 millions d'euros. Une somme qu’elles destinent « à l'affaiblissement des réglementations visant à protéger les citoyens contre les produits chimiques et les pesticides nocifs ».
Montée en puissance de la tech
Côté entreprises, on retrouve dans le « top 10 » de celles qui dépensent le plus quatre Gafam : Meta, la maison-mère de Facebook et Instagram (10 millions d’euros), Amazon (9 millions), Apple (8 millions) et Microsoft (7 millions).
Les trois premières de ces big tech américaines ont fortement augmenté leur budget de lobbying depuis 2020. +415 % pour Amazon, +300 % pour Apple et +135 % pour Meta, illustrant la montée en puissance de ce secteur dont le budget global a bondi de +58 % en seulement six ans (il était de 27 millions d’euros en 2020).
Ces dix structures sont suivies de près par d’autres. Une dizaine d’entreprises prévoient en effet de dépenser au moins 4 millions d’euros cette année en activité de lobby, et plus d’une quarantaine comptent y consacrer au moins 2 millions d’euros.
« Nous vivons une période faste pour le lobbying des entreprises, et ces budgets en constante augmentation montrent que les entreprises et les associations professionnelles considèrent cela comme un investissement rentable », relèvent les auteurs du rapport.
Un contexte propice
Depuis le début du second mandat d’Ursula von der Leyen à la tête de la Commission européenne il y a bientôt deux ans, la période est particulièrement favorable pour les lobbyistes, assurent les deux ONG. Car Bruxelles a engagé un agenda de «simplification» de ses lois dans le but de relancer son économie, fragilisée par les droits de douane américains et par la concurrence de la Chine.
Ce programme a déjà abouti à dix propositions dites omnibus (des ensembles législatifs qui modifient ou suppriment simultanément plusieurs lois et réglementations européennes existantes), dont une partie des contenus ressemblent parfois très fortement aux textes des entreprises exerçant du lobbying.
Sur le volet numérique, par exemple, une enquête du collectif de journalistes Investigate Europe a montré en avril que l’UE avait repris quasiment mot pour mot des arguments des géants de la tech pour éviter de dévoiler de façon détaillée l'empreinte environnementale de leurs centres de données en Europe. Si la Commission européenne s’est défendue de tout copier-coller, l’ombre des lobbies semble néanmoins flotter au-dessus de Bruxelles, et de plus en plus.