Pénurie d'œufs : pourquoi les rayons des supermarchés sont souvent vides

Les Français ont consommés 235 œufs en 2025 en moyenne, selon les chiffres du CNPO.
REUTERS - STEPHANE MAHE

Les Français ont consommés 235 œufs en 2025 en moyenne, selon les chiffres du CNPO.
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« Rupture temporaire ». Ce type de message a envahi ces derniers jours les rayons œufs des supermarchés. Nombre d’entre eux sont vides, voire, au mieux, clairsemés. « Le flux [concernant les œufs] est tellement tendu qu'à la moindre contrariété, il y a des répercussions », a expliqué lundi la Fédération du commerce et de la distribution (FCD), l'organisation patronale de la grande distribution, à l'AFP.
En ce début d’année, deux phénomènes ont fait « monter d’un cran » la tension, selon le CNPO, l'interprofession des œufs. À savoir : « La concomitance de la traditionnelle hausse de l'utilisation des œufs durant la période des fêtes et des galettes et de l'inattendu épisode neigeux qui a momentanément paralysé les approvisionnements des rayons », peut-on lire dans un communiqué publié également lundi.
Reste que la raréfaction des boîtes d’œufs dans les rayons n’est pas nouvelle et s’observe depuis plusieurs mois. La faute à une consommation en hausse ces dernières années, que la production n’arrive pas à compenser.
Les Français mangent de plus en plus d’œufs. 235 ont été consommés par habitant en 2025 en moyenne, contre 226 et 224 respectivement les deux années précédentes, selon les chiffres du CNPO. Un niveau bien supérieur à la moyenne mondiale, qui s’élevait à 182 œufs par habitant en 2023.
Cette tendance à la hausse a pris racine au moment de la pandémie de Covid-19, en 2020, et s’est confirmée les années suivantes, période où l’inflation galopante n’a cessé de grappiller le pouvoir d’achat des ménages. Face à la montée des prix alimentaires, les Français se sont tournés vers des sources de protéines moins coûteuses telles que les œufs.
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Les œufs ne sont pas uniquement appréciés pour leur prix. L’engouement s’explique aussi « par une évolution des messages santé sur le cholestérol, par un plébiscite de la part des sportifs pour [leur] apport protéique, et par un temps de préparation simple et rapide », souligne Alice Richard, directrice du CNPO, dans un article de Que choisir paru à l’automne.
Sauf qu’en face, la production ne tient pas le rythme. Alors qu’elle avait augmenté de +3,4 % entre 2022 et 2023, elle a légèrement baissé de 2023 à 2024 (-0,4 %), toujours selon le CNPO.
La filière n'arrive pas à retrouver ses niveaux de production de 2021, avant la dernière flambée de grippe aviaire dans le pays qui a impacté de nombreux élevages avicoles, dont des poules pondeuses. Malgré la fin de cette épizootie à partir de fin 2023, à la suite de l’instauration de la vaccination obligatoire des canards, le rythme n'est toujours pas au rendez-vous.
« En parallèle, la suppression progressive des cages (qui concernent encore un quart des élevages) au profit de l’élevage au sol nécessite davantage de surface, induisant une baisse de près de 20 % du nombre de poules – donc d’œufs – dans les bâtiments », indique Que choisir.
Reste qu’avec ses 15,4 milliards d’œufs produits en 2024, la France s’affiche comme leader de l’Union européenne, représentant 15,6 % de la production du bloc des Vingt-Sept.
Pour inverser la tendance, le CNPO estime qu’il faudrait augmenter le nombre de poules d’un million chaque année. Ce qui nécessite de construire 300 poulaillers d’ici 2030, selon ses estimations. « Nous demandons au gouvernement de simplifier les démarches administratives nécessaires aux installations et aux citoyens d’accepter l’arrivée de nouveaux poulaillers dans les campagnes », plaide l’organisation dans son communiqué de lundi.
Réponse positive de l’exécutif adressée deux jours plus tard par la ministre de l’Agriculture. Dans une vidéo postée sur le réseau social X mercredi, Anne Genevard a promis « un poulailler de plus par département et par an jusqu'en 2030 ». Soit 101 poulaillers supplémentaires chaque année si les chiffres sont tenus.
Déplorant une « surréglementation » – avec « des règles trop nombreuses, beaucoup trop contraignantes, qui freinent les installations de poulaillers » – la ministre s’est aussi engagée sur « un grand ménage de la réglementation » destiné à aboutir à des règles « plus simples et moins contraignantes » à l’avenir. Sans spécifier toutefois de calendrier.
Reste encore peut-être à convaincre la population. Car plusieurs projets de construction de poulailler ont suscité des polémiques ces derniers mois. Les opposants dénoncent leur impact sur l’environnement et craignent qu’ils suscitent de trop grandes nuisances, notamment en termes d’odeur.