Coupe du monde de football : « Une victoire des Bleus n’aura pas d'impact sur la croissance »

Les années des deux sacres de l'équipe de France, le PIB n'a pas connu le même sort.
© Agathe Perrier, La Tribune

Les années des deux sacres de l'équipe de France, le PIB n'a pas connu le même sort.
© Agathe Perrier, La Tribune
C’est une question qui revient avec chaque nouvelle Coupe du monde : quel impact économique a-t-elle sur le pays vainqueur ? Et tous les quatre ans depuis vingt ans, l’étude Soccernomics (pour « soccer », football, et « economics », économie) de la banque ABN Amro revient sur le devant de la scène.
En 2006, les analystes de cette institution bancaire néerlandaise ont fait état d’une influence positive de la Coupe du monde pour les économies dont l’équipe a remporté le trophée. Sur les neuf éditions entre 1970 et 2022, les pays vainqueurs ont en moyenne bénéficié d'un bonus de croissance de +0,7 % par rapport aux années précédant l'événement. Exceptions faites de 1974 et 1978, où l’Allemagne et l’Argentine ont encaissé un recul de leur produit intérieur brut (PIB) malgré leur titre.
Pas de quoi espérer cependant que l’événement international sauve une année 2026 où l’ombre de la récession plane sur l’économie française. « Ce sont des chiffres anciens et qui ne correspondent pas au sport business tel qu'on l’entend aujourd’hui », observe Jean-Baptiste Guégan, spécialiste en géopolitique du sport, interrogé par La Tribune. Victoire ou non des Bleus, l’expert est catégorique : « Il n’y aura pas d'impact sur la croissance, mais potentiellement sur le moral des Français ».
La Coupe du monde suscite indéniablement l’engouement des populations. En France, lors des deux dernières éditions de 2018 et 2022, où les Bleus se sont hissés en finale – ne remportant que la première –, les matchs (sept durant la compétition) ont respectivement cumulé en moyenne près de 14 millions et 16 millions de téléspectateurs, d’après le bilan dressé par l’Arcom.
Des rencontres qui stimulent généralement la consommation des ménages. « Un évènement sportif d’envergure mondiale, surtout lorsque l’équipe nationale va au bout, entraîne un impact sectoriel qui va profiter finalement à une consommation. Consommation de pizza, de boissons (bière, soda, éventuellement champagne) et tout ce qui va être lié au fait d'être ensemble », liste Jean-Baptiste Guégan.
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Mais attention aux raccourcis. « Ce n’est pas automatique, souligne le spécialiste. Ça dépend, par exemple, de la dimension climatique. Il suffit qu'il pleuve des cordes et les gens ne sortent pas, donc l'impact est minimisé. Ça dépend aussi des contextes socio-économique et culturel, de la performance sportive, des secteurs que l’on observe… »
Dans le contexte actuel, les conséquences de la guerre au Moyen-Orient qui dure depuis plus de trois mois resteront largement supérieures à ce qu'une victoire des Bleus pourrait apporter. « D’autant que l’on aura des coûts induits, notamment des dégâts, comme ce que l’on a récemment vu après la victoire du PSG en Ligue des champions », relève l’expert.
L’année 1998 s’inscrit dans la tendance relevée par l’étude d’ABN Amro. Le PIB tricolore a bien progressé lors du premier sacre des Bleus, s’affichant à +3,5 % contre 2,5 % un an plus tôt.
Dans le détail, le PIB a connu une croissance de +6 % sur le trimestre qui a suivi la victoire, tiré notamment par une consommation en hausse. La Coupe du monde n’est toutefois pas évoquée pour expliquer cette augmentation des dépenses des ménages dans une étude de l’OFCE (l’Observatoire français des conjonctures économiques) datant d’octobre 1998. D’après ses auteurs, c’est une « embellie sur le front de l’emploi » qui a permis d’améliorer la situation des ménages. « Leur consommation progresse à un rythme soutenu depuis maintenant un an », écrivaient-ils. Bien avant le début de la compétition.
Même vainqueur mais situation différente vingt ans plus tard. La deuxième étoile décrochée par les Bleus en 2018 ne s’est pas traduite par une hausse de la consommation des ménages, restée stable entre les deuxième et troisième trimestres. « Contrairement à 1998, la manifestation n’a pas eu lieu en France (ndlr : elle s’est tenue en Russie), donc on n’a pas eu les retombées directes des touristes étrangers, des délégations… rappelle Jean-Baptiste Guégan. Le contexte social est aussi différent. En 2018, on est déjà sur un ralentissement économique et sur une période de contestation ».

Les Français ont en effet à peine eu le temps de savourer ce deuxième titre que, trois jours après la finale contre la Croatie, éclate au grand jour l’affaire Benalla – du nom de ce proche conseiller du président Emmanuel Macron qui s’est fait passer pour un policier lors d’une manifestation et s’en est pris violemment à des manifestants. Une affaire d’État qui va déstabiliser l’Élysée et donner corps au mouvement des Gilets jaunes quelques mois plus tard. Si bien qu’en 2018, le PIB tricolore s’est replié par rapport à l’année précédente, passant de +2,1 % à +1,6 %.
Entre les deux sacres des Bleus, trois des quatre Coupes du monde ont été remportées par une équipe européenne. Et les trois pays ont vu leur PIB progresser.
L’exemple le plus marquant est celui de l’Espagne, victorieuse des Pays-Bas en 2010. L’économie hispanique est alors au plus bas, frappée de plein fouet par les conséquences de la crise financière mondiale liée à l’explosion de la bulle immobilière (la fameuse crise des « subprimes »), avant que lui succède celle des dettes souveraines. Entre 2008 et 2013, l’Espagne a ainsi connu un épisode récessif de 5 ans… à l’exception de l’année 2010 où le PIB s’est affiché dans le vert (+0,1 %), en hausse de 3,9 points par rapport à 2009.

Quatre ans plus tôt, lorsque la Squadra Azzurra remporte le trophée au nez et à la barbe des Bleus – après une finale restée célèbre pour le coup de tête de Zinédine Zidane sur le torse de Marco Materazzi – c’est le PIB italien qui a bondi, passant de +0,8 % en 2005 à +1,8 % en 2006.
Situation similaire en 2014 pour le PIB allemand. Après un petit +0,4 % en 2013, il est multiplié par plus de cinq l’année suivante (+2,2 %), celle où la Mannschaft gagne sa troisième Coupe du monde face à l’Argentine, devenant la première équipe à en cumuler autant.
Des heureux hasards qui laissent un brin d’espoir pour la croissance française. Encore faut-il que les Bleus ramènent de nouveau la coupe à la maison.
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