Commerce en ligne : 800 millions de colis chinois inondent la France, la moitié à moins de 3,40 euros
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Ce marché est désormais dominé à 73 % par le trio chinois Shein, Temu et AliExpress.
Thorsten/IMAGO/onemorepicture via Reuters
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Ce marché est désormais dominé à 73 % par le trio chinois Shein, Temu et AliExpress.
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C’est une double alerte sur la souveraineté économique : ce mercredi 17 décembre 2025, la direction nationale des statistiques du commerce extérieur et les douanes publient un panorama complet des importations de « petits colis », dressant un portrait clinique d'une logistique hors de contrôle tandis que les conclusions de la mission d’information de l’Assemblée nationale sur les contrôles des produits importés en France, axées sur les politiques de réciprocité, appellent à une reprise de contrôle administrative immédiate.
Selon les dernières analyses des services douaniers, le volume d'articles introduits sur le territoire via le canal des « petits colis » a atteint le chiffre record de 773 millions d'unités en 2024. Pour mesurer l’accélération du phénomène, il suffit de regarder en arrière : en 2022, ce flux ne représentait que 170 millions d'articles. Cette multiplication par quatre en seulement deux exercices témoigne d'une désintermédiation totale où le fabricant, principalement chinois, livre désormais directement le client final.
La capacité de contrôle de l'État s'avère aujourd'hui sous-dimensionnée face à la massification des échanges numériques. En 2024, les statistiques de la Commission européenne révèlent une situation alarmante au sein de l'Union. Sur un million de produits importés, seuls 82 font l'objet d'une vérification physique. Ce taux de contrôle marginal de 0,008 % laisse le champ libre à une criminalité économique systémique qui s'engouffre dans les failles d'un système conçu pour le commerce de gros, désormais submergé par le détail.
En France, la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) admet ne pouvoir inspecter qu'une part infime de ce flux titanesque, estimée à moins de 1 % des produits manufacturés. Cette absence de vigilance est d'autant plus critique que les rares opérations ciblées mettent en lumière des niveaux de fraude massifs. Lors de contrôles douaniers menés en 2022, 96 % des articles effectivement vérifiés ont été déclarés non conformes ou contrefaits. Cette tendance s'est confirmée lors d'opérations plus récentes en novembre dernier, où huit produits sur dix ne respectaient pas les normes de sécurité ou de qualité en vigueur dans l'UE.
Les services de l'État — douanes, DGCCRF et direction générale de l'alimentation (DGAL) — se retrouvent en première ligne face à une déferlante de 4,6 milliards de colis livrés annuellement à l'échelle européenne, soit une moyenne de 12 millions d'envois quotidiens. Le moteur de cette déstabilisation est clairement identifié : il s'agit du segment des envois d'une valeur inférieure à 150 euros, jusqu'ici exonérés de droits de douane. Ce marché est désormais dominé à 73 % par le trio chinois Shein, Temu et AliExpress.
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La Chine, qui concentre 97 % de ces articles contre 86 % en 2022, est devenue le centre névralgique de ce modèle de désintermédiation. Parallèlement, le chiffre d'affaires du commerce électronique national a bondi, passant de 36 milliards d'euros en 2013 à une projection de 217 milliards en 2025. La dynamique des prix accentue violemment ce déséquilibre : en trois ans, le prix moyen des articles importés a été divisé par deux, chutant de 11,30 euros à 6,40 euros. Aujourd'hui, la moitié des articles entrant sur le territoire affiche une valeur inférieure à 3,40 euros, et un quart d'entre eux ne dépasse pas 1,60 euro. Ces niveaux de prix sont impossibles à égaler pour les producteurs locaux, contraints par une « sur-normation » qui devient un handicap face à des produits entrant sans contrôle effectif.
Les conséquences sur le tissu industriel sont délétères. Le secteur textile, emblématique de cette crise, a vu ses effectifs fondre de 400 000 salariés dans les années 1970 à seulement 60 000 aujourd'hui. Pour la seule année 2024, 1 500 boutiques de vêtements ont définitivement baissé le rideau en France. Le phénomène s'étend à la filière des prothèses dentaires, qui a perdu 800 entreprises sur 3 800 en deux ans, tandis que la part des meubles produits en France a été divisée par deux en deux décennies. Ce déséquilibre commercial a grevé le solde national d'au moins 4,2 milliards d'euros en 2024.
Face à cette « hémorragie », la réponse publique s'organise autour d'un arsenal de reprise de contrôle. La mesure phare, adoptée par le Sénat pour le budget 2026, prévoit l'instauration d'une taxe nationale de 5 euros par petit colis extra-européen. Cette initiative anticipe la réforme de l'union douanière européenne qui prévoit, au 1er juillet 2026, la suppression de l'exonération de droits de douane pour les achats de moins de 150 euros et l'application d'un droit fixe de 3 euros par article. L'objectif est de restaurer une équité fiscale en taxant non plus à la valeur, souvent sous-évaluée, mais à l'unité.
Le débat s'oriente également vers une responsabilisation juridique accrue des plateformes numériques. Le rapport de la mission d’information suggère que les places de marché soient tenues pour responsables de la non-conformité des produits lorsque le vendeur tiers n'est pas identifiable. Des appels à la refonte du Règlement sur les services numériques (DSA) se multiplient pour sanctionner les bénéfices réalisés sur des ventes de produits illégaux ou dangereux, illustrés par des scandales récents de produits à caractère pédopornographique sur certaines plateformes asiatiques.
Enfin, la question environnementale devient un levier d'action administrative majeur. Alors que 56 % de l'empreinte carbone française est issue des importations, les députés préconisent de réorienter massivement les moyens de contrôle. La proposition consiste à dédier la moitié des contrôles administratifs aux flux entrants pour garantir que les produits importés respectent les mêmes standards écologiques et sanitaires que ceux imposés aux producteurs français. Cette stratégie vise à transformer la surveillance douanière en un outil de souveraineté économique.
Les propositions de la mission d’information sur les contrôles des produits importés
La Mission d’information sur les contrôles des produits importés, portée par les corapporteurs Antoine Vermorel-Marquès (Droite Républicaine, Loire) et Julien Guibert (Rassemblement National, Nièvre), préconisent l'adoption de 29 mesures. Parmi elles figure une taxe de 5 euros, déjà intégré au projet de budget 2026 adopté par le Sénat. Leur rapport articule par ailleurs la riposte autour de trois axes :
— Réorientation des contrôles et coordination européenne. La mission propose une réallocation massive des moyens de l'État pour dédier 50 % des contrôles administratifs aux flux entrants. L'objectif est d'imposer aux importations les mêmes standards écologiques et sanitaires qu'aux producteurs français, alors que l'empreinte carbone nationale est issue à 56 % des importations. Au niveau européen, les députés appellent à une coordination accrue des douanes dans le cadre de la réforme de l'Union douanière.
— Responsabilité juridique : vers l'interdiction des plateformes. Le rapport suggère de transférer aux places de marché la responsabilité de la non-conformité des produits lorsque le vendeur tiers n'est pas identifiable. En cas d'infractions répétées, la mission prône la suspension, voire l'interdiction de la plateforme sur le territoire. Cette fermeté fait suite aux scandales de vente d'objets à caractère pédopornographique, comme les poupées sexuelles à l'apparence enfantine identifiées sur Shein et AliExpress.
— Refonte du DSA : sanctionner le profit illicite. Antoine Vermorel-Marquès appelle à une refonte du Règlement européen sur les services numériques (DSA), jugé inadapté à l'e-commerce. Actuellement, une plateforme peut retirer des contenus illégaux (armes, pédopornographie) sans amende ni remise en question des bénéfices réalisés. « Le DSA était pensé pour réguler Facebook contre les contenus racistes ou xénophobes », explique le député, soulignant que personne ne s'interroge aujourd'hui sur le montant du bénéfice réalisé sur ces ventes illégales.
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