Au 12 septembre 2025, 71 828 rénovations globales ont été engagées, contre 37 626 à la même date l’an dernier, a affirmé, hier, le ministère du Logement.
Les aides à la rénovation dite d’ampleur sont de retour ce mardi à l’Agence nationale de l’habitat (Anah). Or, les critères d’acceptation des dossiers sont soumis à des disparités territoriales. Une situation qui inquiète les professionnels.
Fermé depuis le 23 juin, après avoir été annoncé le 16, le guichet MaPrimeRénov pour les rénovations globales rouvre ce mardi matin. La ministre démissionnaire du Logement, Valérie Létard, avait en effet signé deux décrets en ce sens le 8 septembre, le jour même de la chute du gouvernement Bayrou.
Comme prévu il y a trois mois, les aides à la rénovation dite d’ampleur sont désormais recentrées sur les ménages les plus modestes et sur les logements classés G, F et E. Ces passoires énergétiques sont déjà – ou s’apprêtent à l’être – interdites à la location au 1er janvier 2025, 2028 et 2034.
Les travaux éligibles aux subventions sont, eux, capés à 30 000 euros hors taxe en cas de saut de deux classes énergétiques et à 40 000 euros HT en cas de saut de trois classes ou plus. Dans le même temps, le « bonus de sortie de passoire » est supprimé.
Sauf que le temps presse, d’ici au 31 décembre, seuls 13 000 nouveaux dossiers pourront être acceptés, répartis dans 180 territoires de gestion - au périmètre flou -. Les dossiers déposés ensuite seront traités au 1er semestre 2026 sous réserve de l’adoption d’un projet de loi de finances.
« Afin de piloter au mieux cette cible, des objectifs par territoire seront publiés, avec un suivi hebdomadaire accessible aux acteurs de la rénovation. Ils permettront aux collectivités et aux acteurs locaux d’anticiper la dynamique de leur territoire » a fait savoir, lundi midi, le ministère du Logement dans une déclaration transmise à la presse.
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De critères différents d’une DDT à l’autre
Au fur et à mesure que ces objectifs locaux seront dépassés, les dossiers qui continueront à être déposés seront rejetés. Et dès lors que l’objectif national sera caduc, la plateforme fermera à nouveau.
« Les acteurs de la rénovation auront accès de façon hebdomadaire aux taux d’atteinte des objectifs dans chaque région à travers les Espaces conseils France Rénov, les services déconcentrés de l’État et les collectivités délégataires des aides à la pierre. Ils pourront conseiller aux ménages le report des projets en cas de dépassement des objectifs », précise, à La Tribune, un porte-parole de l’Agence nationale de l’habitat.
Reste que cette nouvelle disposition inquiète déjà une entreprise spécialisée qui souhaite garder l’anonymat : « Aujourd’hui, il existe une vraie disparité, voire une vraie discrimination, d’une région à l’autre. Les critères d’acceptation et de validation des dossiers diffèrent selon la direction départementale des territoires [DDT, service interministériel officiant auprès du préfet]. C’est cette dernière qui instruit les dossiers pour les ménages modestes et très modestes pour le compte de l’Agence nationale de l’habitat (Anah).
« La DDT a un vrai pouvoir de pouvoir de validation auquel l’Anah ne peut s’opposer. Nous échangeons donc beaucoup avec l’Agence nationale de l’habitat pour lui remonter ces disparités qui compliquent et ralentissent le traitement des dossiers », appuie le vice-président d’Hellio chargé du Logement, Tanguy Dupont.
Plus aucun budget validé en Moselle
Le préfet demeure en effet le représentant local de l’Anah. C’est pourquoi les équipes de la direction départementale des territoires (DDT) sont chargées de l’instruction, notamment, de MaPrimeRénov. Dans le second cas où une collectivité a fait le choix de prendre la délégation de compétences habitat, c’est elle qui instruit le dossier, et non la DDT.
Il n’empêche : les sociétés spécialisées affirment n’avoir « aucune visibilité » sur la territorialisation de MaPrimeRénov. « En Moselle, par exemple, il n’y a plus aucun budget validé : particuliers comme professionnels devront, selon nos estimations, patienter entre 13 et 14 mois pour voir leur dossier traité, contre environ 9 mois habituellement », s’agace ainsi Laurent Nataf, président et cofondateur d’Homélior.
Confronté à ce cas précis dans le Grand-Est, un porte-parole de l’Anah rétorque que « la réouverture concerne l’ensemble du territoire[et que] les déclinaisons régionales de l’objectif national des 13 000 dossiers tiennent compte des dynamiques territoriales ». Toujours est-il qu’au 12 septembre 2025, 71 828 rénovations globales ont été engagées, contre 37 626 à la même date l’an dernier, a encore affirmé, hier, le ministère du Logement.
Des régions ont déjà tiré la sonnette d’alarme
Ce qui fait dire au président de la Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb) que « la vision territoriale peut être pertinente selon sa stratégie et la volonté politique que l’on veut lui donner ». « Des régions ont en effet déjà tiré la sonnette d’alarme pour dire : ‘les dossiers de demande d’aide ne seront plus payés, faute de budget’ », confie ainsi Jean-Christophe Repon.
Le guichet pour MaPrimeRénov copropriété n’a, lui, jamais fermé. Idem pour MaPrimeRénov fléchée vers les monogestes qui a déjà été prolongée pour 2026 et par décret, mais uniquement pour l’isolation des combles, des sols et l’installation de pôles à bois/à granulés.
A contrario, la pose de chaudières à granulés, ainsi que l’isolation des murs et des plafonds, n’entrera plus, au 1er janvier prochain, dans le périmètre de MaPrimeRénov. Sauf si le gouvernement Lecornu et le Parlement procèdent à d’autres choix politiques d’ici à fin 2025…