Temu, Shein, AliExpress... La flambée du kérosène menace l'empire chinois du colis à petit prix

Les exportations chinoises de commerce électronique à petits prix ont reculé de 10,9 % en avril sur un an.
VCG via Reuters Connect - 2026 VCG - VCG

Les exportations chinoises de commerce électronique à petits prix ont reculé de 10,9 % en avril sur un an.
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Pendant des années, Temu, Shein ou AliExpress ont bâti leur succès sur une équation simple : produire à bas coût en Chine et expédier massivement et directement par avion des millions de petits colis vers les consommateurs occidentaux. Un modèle qui reposait sur l’abondance d’un fret aérien relativement bon marché. Mais cette mécanique bien huilée est aujourd’hui mise à l’épreuve par l’envolée des coûts logistiques provoquée par le conflit iranien.
Déjà fragilisées par les nouvelles barrières douanières mises en place aux États-Unis et dans plusieurs pays occidentaux, les plateformes chinoises de commerce en ligne font désormais face à un obstacle plus structurel : la hausse du prix du kérosène, qui renchérit fortement le transport aérien de marchandises. Des transporteurs comme DHL Express ont ainsi instauré d’importantes surtaxes carburant, accentuant la pression sur des modèles économiques fondés sur la vente de produits à très faible valeur unitaire.
Le choc commence à apparaître dans les statistiques. Les exportations chinoises de commerce électronique à petits prix ont reculé de 10,9 % en avril sur un an, à 9,81 milliards de dollars, selon une analyse des données douanières chinoises réalisée par le cabinet luxembourgeois Trade and Transport Group. Il s’agit du cinquième mois consécutif de baisse.
Le problème est particulièrement sensible pour les articles les moins chers, qui constituent le cœur de l’offre de ces plateformes. Lorsque le coût du transport représente une part croissante du prix final, l’avantage compétitif du modèle s’érode rapidement. « Si vous achetez un vêtement de 300 à 400 grammes, on arrive désormais à un niveau où le coût du fret aérien représente 60 % du prix final », souligne Frederic Horst, directeur général de Trade and Transport Group.
Cette pression sur les marges intervient alors que le secteur entre déjà dans une phase de maturité. Pour réduire leur dépendance au fret aérien, les géants chinois accélèrent la transformation de leurs chaînes logistiques. L’objectif consiste à acheminer davantage de marchandises en gros volumes vers des entrepôts régionaux avant leur distribution locale. Shein illustre cette stratégie. Le groupe a renforcé son dispositif européen avec l’ouverture, le mois dernier, d’un troisième entrepôt à Cannock, près de Birmingham, au Royaume-Uni.
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Cette évolution traduit un changement profond de modèle pour les géants chinois. L’expédition directe depuis les usines constituait l’un des principaux avantages compétitifs des plateformes low-cost. Mais lorsque les coûts de transport flambent, la logique des stocks locaux trouve toute sa pertinence économique.
L’environnement commercial se complique également du côté de la demande. Si les volumes exportés restent nettement supérieurs à ceux observés il y a encore deux ans, le contexte économique est devenu moins porteur. La hausse des prix de l’énergie pèse sur le pouvoir d’achat des ménages européens et américains et freine la consommation. S'y ajoute la décision de l’Union européenne d’imposer à partir du 1er juillet prochain une taxe de trois euros sur les colis de faible valeur issus du commerce en ligne.
Selon un dirigeant chinois du secteur du fret, qui a souhaité conserver l’anonymat, « les coûts du fret aérien ont un impact, mais les plateformes sont également dans une phase de croissance plus lente et la consommation à l’étranger diminue en raison de l’inflation ».
Les perspectives d’un retour rapide à des coûts logistiques plus faibles demeurent limitées. Pour Judah Levine, responsable de la recherche chez Freightos, les tarifs du fret aérien devraient rester élevés en raison des prix du kérosène, « même en cas d’apaisement du conflit avec l’Iran ». Martin Habisreitinger, directeur des opérations fret aérien chez Hellmann Worldwide Logistics, estime lui aussi que les acteurs chinois devront s’adapter. « Si les coûts restent très élevés, ou augmentent encore davantage, les entreprises pourraient se tourner vers d’autres modes de transport ou bloquer une partie de leurs expéditions », prévient-il.
Pour les champions chinois du commerce à bas coût, l’enjeu dépasse donc la seule conjoncture. C’est l’un des fondements de leur modèle — la possibilité d’expédier rapidement et à faible coût des millions de petits colis à travers le monde — qui se retrouve aujourd’hui remis en question.
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