"Une fois les marchandises légalement importées et mises en libre circulation, elles peuvent circuler au sein de l’Union européenne", rappelait Shein fin février.
Photographer - Joao Luiz Bulcao / Hans Lucas vi - Joao Luiz Bulcao / Hans Lucas - Joao Luiz Bulcao
La taxe de deux euros sur les petits colis est entrée en vigueur le 1er mars. Mais les plateformes la contournent en faisant atterrir la marchandise dans un autre aéroport. Ce dispositif national doit être remplacé par une mesure européenne fin 2026.
Quinze jours après, les plateformes d’e-commerce contournent déjà la taxe française sur les petits colis. Depuis le 1er mars, les achats effectués sur Shein, Temu, AliExpress ou Amazon sont soumis à une nouvelle taxe de 2 euros par catégorie d’articles commandés.
Cette taxe vise les envois dits « de faible valeur », inférieurs ou égaux à 150 euros. Elle concerne les importations depuis des pays hors Union européenne (UE) vers la France, y compris la Martinique, la Guadeloupe et La Réunion. Monaco est également concerné.
Le but explicite de la loi est d’augmenter le prix de la livraison pour « inciter les consommateurs à réduire les achats impulsifs de produits très bon marché », mais aussi de freiner l’ultra fast-fashion pour réduire l’empreinte carbone du transport aérien.
Une cinquantaine de vols hebdomadaires en moins à Roissy
Mais les plateformes ont trouvé la parade : elles contournent la taxe en faisant atterrir la marchandise dans un autre aéroport avant de l’acheminer en France par la route. Une cinquantaine de vols en moins par semaine ont déjà été constatés à l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle.
« Conformément à notre prévision, une cinquantaine de vols cargo hebdomadaires ne se posent plus à Paris-Charles-de-Gaulle depuis l’entrée en vigueur de la taxe », a confirmé une porte-parole du groupe ADP auprès du Parisien, samedi.
Newsletter
L’Alerte La Tribune
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.
ADP précise que « les vols se sont déportés vers les aéroports du Benelux (Belgique, Pays-Bas, Luxembourg) ». Le nombre de petits colis déclarés aux douanes à Roissy a ainsi chuté de 92 % dès le 3 mars, selon une information RMC.
« Dans le respect du droit de l’Union européenne, une fois les marchandises légalement importées et mises en libre circulation, elles peuvent circuler au sein de l’Union européenne », rappelait Shein fin février, ne cachant pas la possibilité de contourner la taxe française.
Un dispositif européen attendu pour novembre 2026
Face à ces contournements logistiques, « il est donc nécessaire qu’une telle mesure de lutte contre les pratiques commerciales déloyales s’inscrive dans un cadre harmonisé au niveau européen », déclarait alors le groupe Aéroports de Paris (ADP).
Cette taxe de 2 euros sera justement cumulée à partir de juillet avec un droit de douane européen de 3 euros par article commandé, qui s’appliquera sur le sol de l’UE. Chaque catégorie d’article sera donc taxée à hauteur de 5 euros.
La taxe française, comme la taxe italienne mise en place en janvier, a par ailleurs vocation à être remplacée par un dispositif 100 % européen similaire prévu en novembre 2026, harmonisant ainsi les règles pour l’ensemble du marché unique.
Chute de 36 % des arrivées de petits colis en Italie
Ce contournement de la taxe sur les petits colis n’est toutefois pas une surprise : le même phénomène a été observé en Italie, qui a mis en place une taxe similaire depuis le 1er janvier. Conséquence : le nombre de petits colis arrivés en provenance de pays hors UE y a diminué de 36 % entre le 1er et le 20 janvier par rapport à la même période l’année précédente, selon leFinancial Times.