Pour que ce projet puisse avoir lieu, Auchan et Intermarché doivent encore obtenir l’autorisation des autorités de la concurrence.
REUTERS - Abdul Saboor
Pour se sortir de ses difficultés économiques, Auchan a indiqué ce mardi vouloir désormais exploiter la quasi totalité de ses supermarchés français sous les enseignes Intermarché et Netto. Il compte devenir un franchisé d'Intermarché.
Ses grandes lettres et son petit oiseau rouge pourraient bientôt être moins présents dans le paysage français. Auchan veut passer ses quelque 300 supermarchés de France, excepté ceux de Corse, sous la bannière Intermarché et Netto, tous deux membres du Groupement Mousquetaires, a-t-il annoncé ce mardi dans un communiqué. Soit près de la moitié de ses structures en France, qui regroupent 702 hypermarchés, supermarchés et magasins de proximité, selon son site Internet.
Auchan, propriété de la famille Mulliez, resterait toutefois aux manettes. Ces supermarchés « seraient toujours exploités par Auchan Retail », sa branche distribution, qui agirait sous les enseignes Intermarché et Netto « via un contrat de franchise conclu entre Intermarché et une nouvelle structure juridique autonome ».
Concrètement, « les fonds de commerce, l’immobilier restent propriétés d’Auchan, les salariés restent des salariés d’Auchan », a expliqué à la presse le directeur général d’Auchan Retail, Guillaume Darrasse. Et d’ajouter : « On travaillera sous enseigne Intermarché, qui nous livrera les marchandises, la politique commerciale, le concept magasin et qui approvisionnera les magasins ».
Pour que ce changement puisse avoir lieu, les deux groupes doivent encore obtenir l’autorisation des autorités de la concurrence. Si le feu vert leur est accordé, leur projet « pourrait prendre effet fin 2026 », indique Auchan.
« Gagnant-gagnant »
Qu’est-ce que chacun des groupes a à gagner avec un tel changement ? Tout à les entendre. Côté Auchan, qui rencontre de grosses difficultés financières ces dernières années, son patron estime que ce projet va permettre de « renforcer » son groupe. Ses supermarchés bénéficieront ainsi de « l’ensemble des facteurs de compétitivité de l’enseigne Intermarché ». Ce dernier est bien plus expert dans la gestion du format « supermarché » qu'Auchan, souligne en effet Christophe Burtin, expert du secteur chez KeaPartners. Au contraire, Auchan a toujours eu du mal à le faire fonctionner, et a déjà souvent changé d'enseigne (Atac, Simply Market, Auchan Supermarché, MyAuchan).
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En passant sous ce modèle, Auchan entend « offrir des prix performants aux consommateurs, ce qui est indispensable dans ,un marché de plus en plus compétitif », dixit Guillaume Darrasse. Les prix pratiqués dans les 300 supermarchés concernés pourraient baisser de 6 à 8%, précise une source proche d'Intermarché à La Tribune.
Quant à Intermarché, l'avantage serait d'ainsi pouvoir « étendre son emprise sur le marché français », selon son directeur général. L'opération permettrait notamment d'atteindre l'objectif de 20% de parts de marché à horizon 2028, essentiel aux yeux de Thierry Cotillard pour optimiser les achats, la logistique, et la fabrication des produits à marque propre. « C’est gagnant-gagnant », approuve-t-il.
Seul franchisé
L'opération vient néanmoins bousculer le modèle d'Intermarché dont, aujourd'hui, tous les magasins sont « indépendants » : les commerçants sont propriétaires de leur(s) point(s) de vente, ce qui leur offre plus d’agilité pour coller aux évolutions de la demande. Ils sont néanmoins tous non seulement membres d’un même réseau qui leur permet de partager certains services, comme les achats et le marketing, et d'ainsi de réduire et d’optimiser les coûts, mais aussi « associés », ce qui leur permet de participer à la gouvernance et aux décisions.
La société créée par Auchan sera le premier et le seul propriétaire de magasins lié à Intermarché par un simple contrat de franchise -qui implique des droits et des obligations, mais pas d'association dans les décisions, et qui jusqu'à présent était surtout utilisé par les grands distributeurs dits « intégrés » comme Auchan justement, Carrefour et Casino. Le groupe dont Intermarché fait partie, Les Mousquetaires, pratique néanmoins déjà la franchise, relativise la source sus-citée. Et l'extension de ce modèle à Intermarché était un projet déjà annoncé par Thierry Cotillard, ajoute-t-elle, tout en soulignant que « le cœur du modèle va rester celui d'associé ».
Renforcement des liens
Ce nouveau rapprochement renforce un peu plus le partenariat lancé en novembre 2024 par Auchan et Intermarché. Les deux groupes, qui ont chacun repris une partie du parc de Casino lorsque ce dernier a été contraint à se séparer de 400 magasins, se sont alors réunis au sein d’une centrale d’achat commune. Depuis, ils ont plus de force face aux fournisseurs pour négocier les prix à l’achat de produits non alimentaires et alimentaires de grande consommation.
Plus récemment, les deux partenaires se sont de nouveau associés cette fois pour créer une régie publicitaire commune. Objectif : diversifier leurs revenus grâce au retail media, une activité qui consiste notamment à afficher des liens sponsorisés sur les sites d’e-commerce. « L’ambition est d’atteindre rapidement des centaines de millions d’euros » de revenus puis le « milliard », a affiché en septembre Barthélémy Guislain, le président du conseil de gérance de l’association familiale Mulliez (AFM).
Il en va de l’avenir d’Auchan. Le distributeur a lancé en fin d’année 2024 un vaste plan social impliquant la suppression de 2 400 emplois, sur les 54 000 qu’il comptabilise dans l’Hexagone, quatre ans après la suppression de près de 1 500 postes.
Le groupe compte sur cette restructuration pour renouer avec la croissance. Ce qui se traduira par, outre ce changement au niveau de ses supermarchés, une évolution aussi dans ses hypermarchés, un format dont il va rester leader. Ces très grandes surfaces, qui ont fait son succès par le passé, ne correspondent plus aux attentes des consommateurs aujourd’hui. Le distributeur s’est donc lancé dans un vaste programme pour les adapter.
La figure de proue de ce nouveau souffle est incarnée par le magasin de Valenciennes, dans le Nord. Sa surface a été légèrement réduite (5 950 m² contre 6 300 m² auparavant), il dispose de deux sas d’entrée (l’un vers le frais et l’autre vers les promotions et les produits non alimentaires) et d’allées traversantes plus larges (de 3,50 mètres). Des choix stratégiques ont aussi été opérés au niveau des produits, avec moins de promotions mais des réductions plus importantes et mieux mises en valeur. 120 hypermarchés devraient connaître un sort similaire d’ici à 2028.