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ÉconomieFinances Publiques

Retraites : comment les candidats à la présidentielle veulent contourner l’obstacle de l'âge légal

latribune.fr

Publié le 09 juin 2026 à 15:27

Avec un déficit désormais attendu à 2,4 % du PIB en 2070, le nouveau cadrage du Conseil d'orientation des retraites (COR) rend mathématiquement inévitable un allongement de la vie au travail, tout en poussant les candidats à la présidentielle à...

Avec un déficit désormais attendu à 2,4 % du PIB en 2070, le nouveau cadrage du Conseil d'orientation des retraites (COR) rend mathématiquement inévitable un allongement de la vie au travail, tout en poussant les candidats à la présidentielle à...

Mathieu Thomasset / Hans Lucas v - Mathieu Thomasset / Hans Lucas - Mathieu Thomasset

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Entre promesses de retraite à 60 ou 62 ans, suppression de l’âge légal et appels à « travailler plus longtemps », chaque candidat putatif à la présidentielle de 2027 cherche à rassurer l’électorat sans assumer clairement jusqu’où il est prêt à aller.

La campagne pour l'élection présidentielle de 2027 s’ouvre sur un signal nettement plus sombre envoyé par le Conseil d’orientation des retraites (COR) : le déficit du système atteindrait 2,4 % du PIB en 2070, contre 1,4 % prévu encore l’an dernier. Ce basculement tient en grande partie à une fécondité revue durablement à la baisse et à un vieillissement accéléré de la population, qui augmentent mécaniquement le ratio retraités/actifs.

Dans son projet de rapport, le COR calcule que si l’on jouait uniquement sur l’âge moyen de départ pour revenir à l’équilibre, il faudrait le porter jusqu’à environ 67 ans et demi, un chiffre explosif politiquement dans un pays déjà marqué par le conflit social de 2023. L’onde de choc est d’autant plus forte que, depuis la suspension de la réforme Borne, l’âge légal est figé à 62 ans et neuf mois avec 170 trimestres de cotisation, et que la reprise de la réforme vers 64 ans et 43 ans de cotisation ne se ferait qu’à partir de 2028 en l’absence de nouvelle loi.

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Face à cette arithmétique brutale, aucun prétendant à l’Élysée ne veut s’afficher comme « le candidat des 67 ans », mais tous savent que le cœur du sujet est là.

Au RN : entre totem des 60-62 ans et tentation d’un système sans âge légal

C’est sans doute au Rassemblement national que le nouveau décor démographique est le plus déstabilisant. Depuis dix ans, Marine Le Pen a fait du retour à 62 ans, voire 60 ans avec 40 à 42 années de cotisation, un totem social destiné à s’ancrer dans la France des métiers pénibles et des carrières interrompues. L’objectif est de rompre avec l’image d’un parti obsédé par les économies budgétaires pour incarner la défense du pouvoir d’achat des retraités et des futurs retraités.

La séquence du printemps a pourtant révélé les fissures de cette ligne. Jordan Bardella a confié à la presse allemande que le RN « examinait » la question d’un relèvement de l’âge légal, avant de présenter cet âge légal comme un faux problème et de promettre un « nouveau système » centré sur la durée de cotisation.

Marine Le Pen a elle réaffirmé la promesse d’un retour aux 62, voire 60 ans, mais au prix d’un message de plus en plus confus : le parti promet simultanément des départs plus précoces et un système financièrement soutenable, alors même que le COR projette un déficit durable.

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Sur le plan économique, un retour aux 60-62 ans dans un contexte de vieillissement accentué signifie davantage d’années de retraite à financer par génération, donc une hausse structurelle des dépenses, à rebours du scénario de référence du COR. Sans hausse explicite des cotisations ni nouvelle fiscalité sur les hauts revenus ou le capital que le RN rechigne à assumer, le financement ne peut venir que de davantage de dette publique ou de coupes dans d’autres postes budgétaires, au risque de fragiliser l’investissement, les services publics ou la transition écologique.

Là où le RN met en avant la lutte contre les fraudes et des économies « de bon sens », les ordres de grandeur mis sur la table par le COR suggèrent qu’il faudrait, pour tenir une retraite à 60-62 ans, accepter soit un choc de prélèvements, soit un choc de dette que les marchés pourraient mal tolérer à long terme.

Au centre droit : Attal et Philippe, entre suppression de l’âge légal et relèvement implicite

Au centre droit, la ligne est moins lisible, mais plus alignée sur les contraintes du COR. Gabriel Attal défend l’idée de supprimer l’âge légal et de ne garder que la durée de cotisation, au nom d’une « plus grande liberté » laissée aux Français pour choisir le moment de leur départ. Dans ce schéma, ceux qui commencent tôt pourraient continuer à partir relativement jeunes, ceux qui ont des carrières plus tardives seraient incités à travailler plus longtemps, et le système serait réglé par la durée plutôt que par un couperet d’âge.

Son rival de ce bloc, Édouard Philippe, refuse cette suppression de l’âge légal, qu’il juge socialement risquée, mais il répète que « nous allons tous devoir travailler un peu plus longtemps, mais peut‑être pas de façon uniforme », après avoir par le passé évoqué l’hypothèse de 67 ans. Les deux hommes convergent sur l’essentiel : l’âge effectif doit monter pour contenir la facture, mais il vaut mieux le faire par des incitations et par la durée de cotisation que par un âge légal affiché à 65 ou 67 ans.

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Derrière ce discours, l’équation économique consiste à prolonger la durée de cotisation et à miser sur un taux d’emploi plus élevé des 55-64 ans afin de réduire la part des dépenses de retraites dans le PIB sans recourir massivement à des hausses de cotisations.

Si ce pari réussit, le financement passe essentiellement par le travail : plus d’années cotisées, moins d’années à la retraite, des pensions qui suivent une trajectoire plus soutenable. S’il échoue, la conséquence sera soit une baisse relative du niveau des pensions (par des règles de calcul moins généreuses ou des revalorisations plus lentes), soit, à terme, des hausses de cotisations que personne n’a envie d’annoncer en pleine campagne.

À droite : 65 ans assumés, financement par le travail

Le sénateur LR Bruno Retailleau reste fidèle à la position défendue par Valérie Pécresse en 2022 : porter l’âge légal à 65 ans. Le message vise autant les électeurs que les marchés : en allongeant la vie active, on réduit drastiquement le nombre d’années de retraite à financer et on accroît le volume de cotisations perçues chaque année, ce qui améliore le solde projeté à l’horizon 2050-2070.

Là où le RN et une partie de la gauche vendent un âge plus bas comme un « dividende social », la droite classique assume que le prix de la soutenabilité budgétaire se paye en années de travail supplémentaires : avec moins d’actifs par retraité, chacun devrait travailler plus longtemps pour maintenir un niveau de pensions acceptable.

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Sur le plan financier, cette option permet, en théorie, de limiter les hausses de cotisations et de préserver un niveau de pension relativement stable en proportion du salaire moyen, ce que les projections du COR montrent encore comme possible à condition de reculer l’âge effectif. Mais elle concentre aussi le coût social sur les salariés aux métiers les plus pénibles et aux carrières hachées, qui voient leur horizon de départ reculer alors que leur capacité à tenir jusqu’à 65 ans est plus faible, et elle expose la droite à un risque politique majeur dans un pays où la retraite reste un marqueur de justice sociale.

À gauche : 60-62 ans, pénibilité, et refus du « totem » de l’âge

Les lignes de gauche se distinguent autant par la rhétorique que par la mécanique. Le Parti socialiste propose dans son projet présidentiel de ramener l’âge légal à 62 ans, sans en faire « le critère central du système », avec une durée de cotisation fixée à 43 ans, modulable en fonction de la pénibilité des métiers.

Raphaël Glucksmann, lui, refuse pour l’instant de s’avancer sur une réforme détaillée, mais annonce déjà que l’âge ne sera pas le « totem absolu » : sa priorité affichée est la prise en compte de la pénibilité et de la qualité du travail, plutôt qu’un chiffre sec.

Pour La France insoumise, Jean‑Luc Mélenchon maintient une ligne claire : retour à la retraite à 60 ans pour 40 années de cotisation, revendiqué comme une rupture en faveur du temps libre et de la redistribution.

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Dans tous ces cas, le choix d’un âge plus bas – 62, voire 60 ans – accentue le besoin de financement décrit par le COR, surtout dans les scénarios où la fécondité reste faible et la croissance modérée. Pour rester dans une trajectoire soutenable sans reculer l’âge, il faut donc accepter une hausse des prélèvements : cotisations salariales et patronales, contributions assises sur une assiette plus large de revenus, ou fiscalité accrue sur les hauts revenus et le capital, comme le proposent de longue date plusieurs think tanks et organisations proches de la gauche.

Ce camp assume davantage ce levier : la retraite plus tôt est présentée comme un choix de société, payé par des actifs plus fortement mis à contribution, par une redistribution plus vigoureuse des hauts patrimoines, ou par une compression d’autres dépenses publiques. Reste un angle mort : l’ampleur exacte des hausses nécessaires au regard des nouveaux chiffres du COR, qui pourrait se chiffrer en plusieurs points de cotisations ou d’impôts supplémentaires à horizon 2050-2070.

Derrière les âges, qui paiera vraiment la facture ?

Derrière la bataille des 60, 62, 64 ou 65 ans, c’est en réalité une équation simple que rappelle le COR : pour combler un déficit de retraites appelé à se creuser, il n’existe que quatre grandes variables : l’âge moyen de départ, le taux de cotisation, le niveau relatif des pensions et, en dernier ressort, la dette publique. En projetant un déficit plus aggravé qu’anticipé, le Conseil force les candidats à choisir où ils placent le curseur, même s’ils préfèrent parler pénibilité ou « liberté de choix » plutôt que d’annoncer un chiffre d’âge qui fâche.

Camp par camp, le dosage est lisible. Le RN promet un âge plus bas et refuse d’assumer des hausses de prélèvements, ce qui renvoie, de fait, à plus de déficit ou à des économies ailleurs dans la dépense publique. Le centre droit privilégie un allongement de la durée de cotisation et un recul implicite de l’âge de départ, avec l’espoir de financer l’équilibre par un marché du travail plus favorable aux seniors. La droite classique mise sur un âge légal plus élevé pour contenir la dépense sans toucher de front aux cotisations, mais au prix d’un choc social. La gauche enfin parie sur des départs plus précoces, en assumant des hausses de cotisations et d’impôts, sans toujours dire à quel niveau exact.

En creux, la campagne qui s’ouvre oppose donc moins un âge à un autre qu’une répartition des sacrifices entre quatre catégories : les actifs, via les cotisations ; les retraités, via le niveau des pensions ; les contribuables, via l’impôt ; et les générations futures, via la dette. Les nouveaux chiffres du COR rendent cette arithmétique impossible à masquer longtemps. La vraie question, pour les électeurs comme pour les investisseurs, n’est plus de savoir si l’on peut éviter de travailler plus longtemps, mais à qui chaque candidat choisit de présenter la facture.

(Avec AFP)

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