Potassium : Washington lève les sanctions sur la Biélorussie et mise sur Loukachenko pour influencer Poutine
latribune.fr
Sels de potassium traités dans une mine de potasse d’Uralkali près de la ville de Berezniki, dans la région de Perm, près des montagnes de l’Oural en Russie.
WAW/zj - REUTERS - Sergei Karpukhin
Potassium : Washington lève les sanctions sur la Biélorussie et mise sur Loukachenko pour influencer Poutine
L’administration Trump vient de lever les sanctions visant le potassium biélorusse. Annoncée à Minsk par l’émissaire John Coale, cette décision s’inscrit dans un échange de gestes réciproques après la libération de dizaines de prisonniers politiques par le régime de Minsk. Elle ouvre aussi une voie diplomatique, en reconnaissant le rôle de Loukachenko comme interlocuteur privilégié de Vladimir Poutine.
Suivant les « instructions du président Trump », les États-Unis vont procéder à la « levée des sanctions sur le potassium » produit par la Biélorussie. L’annonce a été faite par l’émissaire américain John Coale lors d’une visite à Minsk, puis relayée par la chaîne Telegram Poul Pervogo, officieusement affiliée à la présidence biélorusse. Elle démantèle une partie significative du dispositif de pression économique que Washington et l’Europe avaient mis en place contre le régime d’Alexandre Loukachenko, sanctionné pour la répression de l’opposition et son soutien à l’invasion russe de l’Ukraine lancée en février 2022.
À ce stade, l’émissaire John Coale n’a fourni aucun détail précis sur la portée exacte de cette levée de sanctions, ni sur les contreparties spécifiques obtenues de la part des autorités biélorusses. Les motivations américaines s’articulent autour d’un double enjeu, à la fois économique et diplomatique : sécuriser un approvisionnement stratégique et explorer une nouvelle voie dans les relations avec Moscou.
La facture de l’engrais
La décision américaine est directement liée à la sensibilité stratégique de la potasse (chlorure de potassium) sur le marché intérieur des États-Unis. La Biélorussie est l’un des plus grands producteurs mondiaux de ce minerai, indispensable à la fabrication d’engrais. Les États-Unis importent jusqu’à 90 % de leurs besoins en potasse, principalement depuis le Canada. Or, les droits de douane imposés précédemment par l’administration Trump avaient déjà fragilisé cette chaîne, rendant la matière première encore plus sensible aux fluctuations du marché. Conséquence directe de cette fragilité : les agriculteurs américains paient leurs engrais plus cher depuis le début de l’année.
Dans ce contexte, la levée des sanctions sur Minsk apparaît comme une tentative de diversifier les sources d’approvisionnement pour l’agriculture américaine. En l’absence de cette diversification, l’agriculture s’exposerait à un risque accru. Si des difficultés logistiques venaient à s’ajouter aux tarifs déjà élevés – à l’image d’une grève des cheminots canadiens – c’est la continuité même de l’approvisionnement, voire la sécurité alimentaire des États-Unis, qui pourrait être mise en danger. Cette décision est donc avant tout une mesure de prudence économique nationale.
Le prix des prisonniers politiques
Cette ouverture économique est la seconde en quelques mois et s’inscrit dans un schéma d’échanges de concessions mutuelles observées sur le terrain, lancé par des gestes du président Loukachenko, au pouvoir depuis plus de 30 ans.
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Sur le plan politique, Donald Trump avait encouragé la Biélorussie à libérer les centaines de prisonniers politiques incarcérés dans le pays. En réponse, le président biélorusse a gracié des dizaines de personnes.
Qui sont les prisonniers libérés ?
Le 13 décembre 2025, la Biélorussie a annoncé la libération de 123 citoyens, dont deux figures emblématiques de l’opposition : Ales Bialiatski, colauréat du prix Nobel de la paix 2022 et fondateur de l’ONG Viasna, et Maria Kolesnikova, figure majeure des mouvements de contestation de 2020-2021. Ces deux personnalités avaient été emprisonnées pour leur opposition au régime de Loukachenko et leurs actions en faveur des droits humains. La libération de Bialiatski revêt une portée symbolique particulière, car elle constitue une reconnaissance implicite par le régime de l’importance internationale de ces figures d’opposition.
En contrepartie de ces libérations partielles, Washington avait déjà assoupli les sanctions contre la compagnie aérienne nationale, Belavia. Cet assouplissement a notamment permis à la compagnie d’entretenir et d’acquérir des pièces pour sa flotte, qui comprend des appareils Boeing.
L’annonce de la levée des sanctions sur le potassium, un secteur économique clé pour Minsk, est la traduction économique la plus spectaculaire de cette nouvelle approche dite de « gestes réciproques ».
Loukachenko, « conseiller » de Poutine
La démarche américaine possède une dimension diplomatique, articulée autour du rôle d’Alexandre Loukachenko dans le conflit ukrainien.
L’émissaire John Coale a indiqué que la proximité entre le président biélorusse (71 ans) et son homologue russe Vladimir Poutine pourrait être mise à profit dans la difficile médiation américaine visant à mettre fin à la guerre entre Kiev et Moscou.
« Votre président [Loukachenko, NDLR] a une longue histoire avec le président Poutine et peut le conseiller. C’est très utile dans cette situation », a déclaré M. Coale, confirmant l’analyse de Washington.
Cette citation, reprise par l’agence de presse étatique biélorusse Belta, officialise de fait la Biélorussie comme un canal de communication potentiel dans la crise.
Fragilisé par les mouvements de contestation de 2020 et 2021, le régime de Loukachenko est aujourd’hui beaucoup plus dépendant de la Russie qu’il ne l’était. Auparavant, le président biélorusse tentait de maintenir un équilibre délicat dans ses relations entre le Kremlin et l’Occident. Aujourd’hui, sa dépendance fait de lui un allié essentiel de Moscou, et donc, selon l’analyse de l’émissaire américain, un intermédiaire potentiel crédible auprès de Vladimir Poutine. Washington semble ainsi miser sur l’influence personnelle de Loukachenko pour ouvrir un dialogue.