En apparence, après plusieurs années de bouleversements, la situation s'est stabilisée. « Les prix des trois engrais de base - azotés, phosphatés et potassiques - utilisés tels quels ou pour produire des mélanges complexes, [prix qui s'étaient envolés au début de la décennie en raison de la hausse des cours du gaz naturel, du phosphate et du potasse], retrouvent leurs moyennes historiques » des années 2010-2020, écrit le cabinet de conseil Global Sovereign Advisory (GSA) dans une note confidentielle consultée par La Tribune. Et sur le moyen-long terme, cette tendance devrait se maintenir, estime Julien Marcilly, chef économiste de GSA. Depuis 2023, la production mondiale, et donc l'offre, sont en effet en hausse, et plusieurs signes laissent même présager « un excédent capacitaire de plusieurs millions de tonnes pour chacune des trois classes d'engrais à l'horizon 2028 », selon l'International Fertilizer Association (IFA), citée par le GSA.
« Tous les grands producteurs veulent produire plus », note Julien Marcilly. « La capacité installée de production au niveau mondial croîtra de 8 % entre 2023 et 2028 pour l'ammoniac, 11 % pour le phosphate, et même 19 % pour la potasse », estime, de son côté, l'IFA.
Les quatre dernières années ont néanmoins laissé des marques. Les principaux acteurs du marché mondial des engrais, très concentré tant du côté des pays exportateurs (Russie, UE, Chine, Canada et cinq autres) que de celui des pays importateurs (UE, Brésil, Inde, États-Unis, Chine) ne changent pas. Mais certains se retrouvent renforcés par les derniers chamboulements, d'autres affaiblis. Les effets des nombreuses décisions politiques à venir dans ce domaine restent en outre plutôt incertains. « La disponibilité réelle pourrait diminuer, par exemple en cas de nouveau choc économique ou géopolitique, ou la montée en puissance d'autres industries consommant les mêmes matières premières », met en garde le GSA. Malgré la tendance du marché mondial, des pénuries temporaires et locales, accompagnées de hausses de prix, ne sont donc pas à exclure.