La France a présenté ses « exigences » pour lancer une mission multinationale de sécurisation du détroit d'Ormuz. Le porte-avions français Charles-De-Gaulle franchit ce mercredi le canal de Suez, un « signal » que la coalition est « prête » et « capable ».
La France pose ses conditions. Paris propose aux États-Unis et à l'Iran de « traiter la question d'Ormuz à part » du reste du conflit et des négociations, car « elle est d'intérêt commun », et présente ses « exigences » pour lancer une mission multinationale de sécurisation du détroit, a déclaré l'Elysée ce mercredi 6 mai.
« Nous pouvons offrir à l'Iran de passer à nouveau à travers le détroit d'Ormuz, nous pouvons permettre que ses tankers passent dans le détroit d'Ormuz à une condition, c'est que l'Iran accepte de s'engager dans la négociation sur le fond à laquelle les Américains l'invitent. Ce que nous disons aux Américains, c'est qu'ils doivent lever leur blocus d'Ormuz et empocher la disponibilité de l'Iran pour négocier sur les questions de fond », a dit la présidence française à des journalistes.
Le Charles-de-Gaulle franchit le canal de Suez
Dans ce contexte, le franchissement du canal de Suez par le Charles-De-Gaulle ce mercredi permet d'envoyer « le signal que non seulement nous sommes prêts à sécuriser le détroit d'Ormuz mais que nous en sommes aussi capables », a ajouté un conseiller d'Emmanuel Macron, assurant parler au nom de la coalition des pays non-belligérants lancée en avril à Paris.
Le porte-avions français se prépositionne dans la région du Golfe en cas de déclenchement d'une mission, promue par Londres et Paris, pour rétablir la navigation dans le détroit d'Ormuz, a annoncé le ministère des Armées ce mercredi.
« Le porte-avions Charles-De-Gaulle et ses escorteurs franchissent le canal de Suez mercredi 6 mai 2026, en route vers le sud de la mer Rouge », affirme le ministère dans un communiqué. Cette décision vise « à réduire les délais de mise en œuvre de cette initiative dès que les circonstances le permettront », ajoute-il.
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Un cargo de l'armateur français CMA CGM touché
Si les conditions évoquées sont remplies, cette « coalition maritime » peut « déployer des moyens dans la région qui garantissent la sécurité des bâtiments croisant dans le détroit et donc permettre de restaurer la confiance nécessaire à l'apaisement des marchés du pétrole, mais aussi à la baisse des primes d'assurance et au rétablissement des flux normaux du commerce ».
Selon l'Elysée, « la raison pour laquelle nous avons aujourd'hui à produire un nouvel effort est que tout simplement le blocus d'Ormuz se poursuit, les dégâts sur l'économie mondiale sont de ce fait de plus en plus marqués, et le risque d'une prolongation des hostilités est trop sérieux pour que l'on puisse s'y résoudre ».
Le fait qu'un cargo de l'armateur français CMA CGM ait été touché par une attaque mardi « permet d'illustrer à nouveau la validité de la démarche que nous avons engagée » avec cette coalition, a estimé le conseiller présidentiel. « Nous avons vu au cours des derniers jours la difficulté qu'Américains et Iraniens ont de s'entendre sur une formule préservant la liberté de navigation », a-t-il poursuivi, appelant à « distinguer la question de la liberté de navigation dans le détroit d'Ormuz de tout le reste ».
Une mission « neutre »
Le président français Emmanuel Macron et le Premier ministre britannique Keir Starmer sont à l'origine d'une initiative pour sécuriser la navigation dans le détroit, bloqué depuis le début du conflit le 28 février opposant les Etats-Unis et Israël à l'Iran.
Cette potentielle mission de sécurisation, qui ne pourrait être déclenchée qu'une fois que les hostilités auront cessé, se veut « neutre » et « bien distincte des belligérants » avait affirmé mi-avril le président français. Les « plus de 40 pays » qui y participent ont entamé une planification militaire à Londres, selon le ministère des Armées. « Le mouvement du groupe aéronaval est distinct des opérations militaires initiées dans la région et complète le dispositif sécuritaire », a réaffirmé mercredi le ministère.
Sa présence à proximité du Golfe va permettre « d'évaluer l'environnement opérationnel régional par anticipation du déclenchement de l’initiative » et « d'offrir des options supplémentaires de sortie de crise pour renforcer la sécurité de la région », selon lui. Le groupe aéronaval français doit également permettre d'« intégrer les moyens des pays qui veulent inscrire leur action dans un dispositif défensif et adapté, respectueux de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer », ajoute-t-il.
Une vingtaine d'avions de combat Rafale
Le porte-avions, qui embarque une vingtaine d'avions de combat Rafale et est escorté de plusieurs frégates, a appareillé fin janvier de Toulon pour un déploiement dans l'Atlantique Nord. Il a été redirigé le 3 mars vers la Méditerranée orientale, où il se trouvait depuis, pour défendre les intérêts français et les pays alliés frappés par la riposte iranienne aux attaques israélo-américaines.
Le blocage du détroit d'Ormuz a continué malgré un cessez-le-feu entré en vigueur le 8 avril. Washington a en retour imposé un blocus des ports iraniens puis lancé lundi l'opération Project Freedom (« Projet Liberté ») pour permettre à des centaines de bateaux coincés dans le Golfe de franchir le détroit. Cette opération a été suspendue mercredi.