Des pétroliers naviguent dans le golfe Persique, près du détroit d'Ormuz, vus depuis le nord de Ras al-Khaimah, près de la frontière avec le gouvernorat omanais de Musandam, aux Émirats arabes unis, le 11 mars 2026, dans le contexte du conflit israélo-...
Trump dit vouloir « étudier » le plan iranien, tout en agitant la menace de nouvelles frappes. À six mois des élections de mi-mandat, la bataille d’Ormuz est devenue un piège politique, militaire et économique pour la Maison-Blanche.
Donald Trump jure qu’il est prêt à donner « sa chance » à la diplomatie. Le président américain promet d’« étudier » un nouveau plan transmis par Téhéran pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient en trente jours. Puis il referme aussitôt la porte qu’il vient d’entrouvrir : il dit « ne pas pouvoir imaginer » accepter ce texte, accuse l’Iran de ne pas avoir « assez payé » depuis la révolution islamique de 1979 et rappelle que la reprise des opérations militaires reste « une possibilité ».
Sur le papier, un cessez-le-feu est en vigueur depuis le 8 avril, après près de quarante jours de frappes israélo-américaines sur l’Iran et de représailles de Téhéran dans toute la région. En pratique, rien n’est réglé. Les discussions directes organisées le 11 avril à Islamabad ont tourné court, tant les divergences restent profondes, du détroit d’Ormuz au dossier nucléaire.
Samedi, le général Mohammad Jafar Asadi, haut responsable militaire iranien, a même jugé « probable » une reprise de la guerre avec les États-Unis. La trêve ressemble davantage à une pause qu’à un tournant.
Trump menace, le blocus continue
Le plan en quatorze points transmis via le Pakistan illustre le bras de fer. L’Iran réclame la levée du blocus des ports, la fin des sanctions, le dégel de ses avoirs, des réparations, un mécanisme de gestion du détroit d’Ormuz et la fin des combats sur « tous les fronts, y compris au Liban ». Rien, en revanche, sur le nucléaire. À Tel-Aviv comme à Washington, ce silence est interprété comme un défi. Au même moment, Israël poursuit ses frappes contre le Hezbollah, avec plusieurs morts dans le sud du Liban, rappelant que la guerre se joue sur plusieurs théâtres à la fois.
Interrogé en Floride sur ce qui pourrait déclencher une nouvelle vague de bombardements, Trump reste volontairement vague : « S’ils se conduisent mal, s’ils font quelque chose de mal, mais pour l’instant, on verra », lâche-t-il, avant d’ajouter que des frappes sont « certainement une possibilité ». Juridiquement, il vient pourtant de notifier au Congrès que les « hostilités contre l’Iran sont terminées », une affirmation que contestent déjà plusieurs élus démocrates, rappelant qu’un blocus naval et des troupes restent engagés.
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Une société sous pression maximale
Sur le terrain, la guerre a simplement changé de visage. Les bombardements ont cessé, mais le conflit continue de paralyser les routes maritimes. Washington maintient un blocus des ports iraniens ; Téhéran verrouille le détroit d’Ormuz, par lequel transitait auparavant un cinquième des hydrocarbures consommés dans le monde. Les prix du pétrole ont bondi à des niveaux inédits depuis 2022, alimentant une inflation qui ronge le pouvoir d’achat des ménages et inquiète les gouvernements importateurs. À six mois de législatives de mi-mandat cruciales, cette crise énergétique se transforme en piège politique pour la Maison-Blanche.
En Iran, la population encaisse les chocs successifs. La trêve permet à certains de reprendre un semblant de vie normale, mais l’explosion des prix, le chômage et la brutalité du régime pèsent lourd. Amir, 40 ans, raconte commencer chaque journée en « regardant les infos et les nouvelles d’exécutions ». Samedi encore, la justice iranienne a annoncé la pendaison de deux hommes accusés d’espionnage au profit d’Israël. « Les gens essaient de tenir le coup mais on voit bien qu’ils sont en train de s’effondrer », confie-t-il, évoquant des « crises de panique six fois par jour ».
Un président prisonnier de sa propre guerre
Vue de Washington, la situation est tout aussi étouffante, mais pour d’autres raisons. En acceptant le plan iranien tel quel, Trump desserrerait la pression économique, permettrait une réouverture d’Ormuz et offrirait un répit aux marchés comme aux automobilistes américains. Mais il donnerait l’image d’un président qui renonce à exiger des concessions immédiates sur le nucléaire, alors qu’il a bâti une part de sa crédibilité sur la promesse que l’Iran « n’aura jamais la bombe ». En le rejetant, il maintient un levier de pression, au prix d’un détroit durablement perturbé, d’un pétrole cher et d’une guerre officiellement « terminée » qui continue d’empoisonner l’économie mondiale.
Entre ces deux voies, Trump tente de gagner du temps. Il exhibe sa fermeté, menace de nouvelles frappes, met en avant les saisies de navires et le blocus comme autant de preuves de sa détermination. Dans le même mouvement, il prolonge une trêve fragile, recule devant l’idée d’une nouvelle campagne de bombardements massifs et s’accroche à l’espoir que la pression économique finira par faire plier Téhéran. C’est ce grand écart – entre la rhétorique guerrière et la prudence calculée, entre les attentes des marchés et celles des faucons de Washington – qui fait du « plan iranien » de ce week-end bien plus qu’un simple épisode diplomatique : le révélateur d’un président désormais prisonnier de sa propre guerre.