Le Canada s’apprête à dévoiler mardi un budget qualifié « d’audacieux » par son Premier ministre, qui veut transformer l’économie de la neuvième puissance mondiale, mise à mal par la guerre commerciale déclenchée par Donald Trump.
Il s’agit du premier budget de l’ère Mark Carney, élu il y a six mois sur la promesse de remodeler un pays confronté à des menaces sans précédent venues des États-Unis. Les politiques du président américain frappent déjà durement le Canada, faisant grimper le chômage et mettant sous pression les entreprises dans des secteurs cruciaux touchés par les droits de douane : automobile, aluminium, acier.
« Notre pays prenait autrefois des risques, il est temps de viser à nouveau très haut », a lancé récemment le Premier ministre. Cet ancien banquier central, entré en politique seulement en janvier, répète depuis des mois que la relation canado-américaine « ne sera plus jamais la même ». Il a donc promis un texte budgétaire à la mesure de ces nouvelles réalités géopolitiques.
La taille du déficit, cheval de bataille de l’opposition conservatrice
Parmi les principales mesures du budget figure une forte augmentation des dépenses de défense, destinée à aligner le Canada sur les objectifs de l’Otan. Des fonds seront également alloués à une série de grands projets nationaux que Mark Carney considère comme essentiels à la souveraineté économique du pays et à son ouverture à d’autres marchés, pour réduire sa dépendance aux États-Unis.
Parmi ces chantiers : un port, de nouvelles mines, une centrale nucléaire, mais aussi la production de minéraux critiques. En parallèle, ce plan budgétaire, présenté au Parlement par le ministre des Finances, François-Philippe Champagne, doit aussi préciser quels secteurs et programmes seront visés par des réductions de dépenses.
Mais pour la professeure de l’Université d’Ottawa Geneviève Tellier, il est certain que le « déficit sera d’une très grande ampleur ». « Je ne serais pas surprise qu’on soit autour de 100 milliards » de dollars canadiens (soit environ 61 milliards d’euros), a-t-elle expliqué à l’AFP. La taille du déficit, cheval de bataille de l’opposition conservatrice, devrait dominer les débats parlementaires des prochains jours.
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Un vote à haut risque pour Mark Carney
Au-delà de l’exercice économique, c’est la survie du gouvernement qui est en jeu. Lors de leur victoire électorale en avril, les Libéraux n’ont pas réussi à obtenir la majorité au Parlement : il leur manque trois sièges. Le gouvernement a donc besoin du soutien de quelques députés d’opposition – ou d’abstentions – pour faire adopter son budget. Un échec entraînerait la chute du gouvernement et le déclenchement de nouvelles élections.
« Tout est possible », a déclaré Daniel Béland, politologue à l’Université McGill de Montréal, soulignant que les Libéraux « feront tout leur possible » pour faire adopter le texte.
Mark Carney, déjà critiqué pour sa gestion des relations avec l’administration Trump, a vu sa cote de popularité reculer. Beaucoup pointent les concessions faites sans rien obtenir en retour. La semaine passée, Donald Trump a brutalement mis fin aux négociations commerciales bilatérales. Pour défendre son bilan, le Premier ministre rappelle que le président américain applique toujours l’accord commercial nord-américain, ce qui signifie qu’environ 85 % des échanges transfrontaliers demeurent exempts de droits de douane.
Pour Geneviève Tellier, le scénario d’une chute du gouvernement a « peu de chances » de se réaliser. Mais elle prévoit « une série de négociations de dernière minute avant le vote du Parlement », dont la date n’est pas encore fixée mais attendue plusieurs jours après la présentation, mardi, du budget.