Droits de douane américains : des conséquences économiques à relativiser au Canada

Mark Carney, le Premier ministre canadien et Donald Trump, le président américain (photo d’illustration).
BRENDAN SMIALOWSKI / AFP

Mark Carney, le Premier ministre canadien et Donald Trump, le président américain (photo d’illustration).
BRENDAN SMIALOWSKI / AFP
Nouveau report : le président américain a annoncé décaler (encore) la mise en place de ses droits de douane réciproques, initialement prévue ce vendredi, au 7 août. La plupart des pays vont s'acquitter des droits de douane âprement négociés ces derniers mois : 15 % pour l'Union européenne et le Japon, 10 % pour le Royaume-Uni...
Seulement, pour le Canada, c'est la douche froide. Donald Trump a signé un décret jeudi pour passer les surtaxes de 25 à 35 %. Toutefois, seuls les produits canadiens qui ne rentrent pas dans l'accord de libre-échange nord-américain (ACEUM) sont concernés.
« Bien que le gouvernement du Canada soit déçu par cette mesure, nous maintenons notre engagement envers l'ACEUM, qui est le deuxième accord de libre-échange au monde en termes de volume des échanges », a réagi ce vendredi le Premier ministre du Canada dans un communiqué, Mark Carney.
De son côté, le président américain a justifié sa décision par le flot de fentanyl entrant aux États-Unis, en provenance du Canada. « Le Canada n'a pas été en mesure de coopérer afin de réduire le flot de fentanyl et autres drogues », a indiqué la Maison-Blanche dans un document. Ce à quoi a répondu le Premier ministre canadien : « Seulement 1 % des importations américaines de fentanyl proviennent du Canada et [...] ce dernier déploie des efforts considérables pour réduire encore davantage ces volumes ».
Mais un autre point de discorde politique est intervenu juste avant la signature du décret américain. Mark Carney a annoncé mercredi que le Canada allait reconnaître l'État de Palestine en septembre à l'ONU. Une décision qui n'a pas plu à Donald Trump : « Wow! Le Canada vient d'annoncer qu'il soutient un État palestinien. Cela va devenir très difficile pour nous de conclure un accord commercial avec eux. O Canada !!! », a-t-il écrit jeudi sur son réseau Truth Social.
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Par ailleurs, la Maison-Blanche a également reproché à Ottawa d'avoir « pris des mesures de représailles contre les États-Unis ». Depuis le début de la guerre commerciale, le Canada est, en effet, l'un des seuls pays à répondre aux menaces de droits de douane du président américain. Encore en mars, après les surtaxes de 25 % sur l'acier et l'aluminium, le Canada avait répliqué avec 25 % sur l'équivalent de plus de 20 milliards de marchandises américaines.
Rien n'est encore perdu. Mark Carney a indiqué dans son communiqué que les négociations avec son voisin continuent. Le Premier ministre ne s'est pas alarmé de l'échéance du 1er août : « Nous ne signerons qu'un accord qui soit bon pour le Canada », avait-il déclaré en début de semaine.
Il faut dire qu'avec l'accord de libre-échange, les produits canadiens sont finalement relativement épargnés par les droits de douane. « Grâce à l'ACEUM, le taux tarifaire moyen appliqué par les États-Unis sur les produits canadiens demeure l'un des plus bas parmi tous ses partenaires commererciaux », a même commenté Mark Carney. Un constat partagé par Véronique Proulx, la présidente-directrice générale de la Fédération des chambres de commerce du Québec. D'après elle, « ce ne sont pas les tarifs qui font le plus mal à nos entreprises. D'ailleurs, selon une étude de la RBC publiée récemment, 91 % des produits expédiés aux États-Unis sont exempts de droits de douane ou de tarifs », a-t-elle déclaré ce vendredi.
Rien qu'en mai, le tarif douanier appliqué au Canada était de 1,9 %, soit l'un des taux les plus bas des partenaires des États-Unis, d'après un article de Radio Canada, basé sur des données publiques.
Il n'empêche, certains secteurs vont quand même en faire les frais comme le bois d'œuvre, l'acier, l'aluminium et les automobiles, a précisé Ottawa. Même si « pour ces secteurs, le gouvernement du Canada prendra des mesures pour protéger les emplois canadiens, investir dans la compétitivité de nos industries, favoriser l'achat de produits canadiens et diversifier nos marchés d'exportation », a plaidé Mark Carney.
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Mais pire que les droits de douane, les représentants d'entreprises s'inquiètent surtout des conséquences du climat d'incertitude : « C'est réellement l'incertitude et l'imprévisibilité de l'administration Trump qui freinent une grande proportion des investissements, qui font perdre des milliers d'emplois dans des secteurs clés et qui minent nos entreprises », a indiqué jeudi dans une note la Fédération des chambres de commerce du Québec.