Selfies et vidéos de missiles : à Dubaï, l’Iran force les influenceurs à passer en mode guerre
latribune.fr
La Française Maeva Ghennam, connue pour sa participation à l’émission de télé-réalité Les Marseillais, se filme passeport en main, appellant la France à intervenir pour sa sécurité.
Habitués à vendre une vie de rêve, des influenceurs installés à Dubaï filment désormais la guerre en direct. Les frappes iraniennes et la fermeture de l’espace aérien ont fissuré la bulle d’insouciance d'une ville considérée comme une exception dans le Golfe.
Sur les réseaux sociaux, de nombreux expatriés installés aux Émirats arabes unis partagent des vidéos de panaches de fumée s’élevant au-dessus des gratte-ciel, exprimant leur sidération face à une situation qu’ils n’avaient pas anticipée.
« OMG ! » (« Oh my God ! ») répète à plusieurs reprises Hofit Golan, influenceuse israélienne spécialisée dans le bien-être, dans une vidéo où elle filme un immeuble en feu près de son appartement.
Le Britannique Will Bailey, lui, tient ses abonnés Instagram et TikTok informés en montrant les traces laissées dans le ciel bleu de Dubaï par des missiles ou par les dispositifs destinés à les intercepter. « J’étais à quelques mètres », affirme-t-il dans une séquence visiblement tournée à proximité de l’hôtel Fairmont, touché samedi par une frappe.
« La France, protège-nous ! »
D’autres créateurs de contenu se montrent plus anxieux. La Française Maeva Ghennam, connue pour sa participation à l’émission de télé-réalité Les Marseillais, se filme passeport en main. Elle dit avoir « crié comme une hystérique » en entendant une explosion. « La France, protège-nous ! », lance-t-elle à sa communauté.
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Les vidéos diffusées depuis samedi suscitent aussi des réactions moqueuses en ligne. Certains internautes dénoncent « la déconnexion totale » d’un « monde bling-bling » confronté brutalement aux réalités géopolitiques du Moyen-Orient.
« On assiste à un “retour à la réalité” pour les influenceurs installés là-bas », analyse la journaliste Emma Férey, auteure en 2024 d’Emirage, un roman consacré au milieu de l’influence à Dubaï. Dans cet univers qu’elle décrit comme « sous-informé » et « où tout semble facile, où l’on doit vendre du rêve », « la bulle commence à se fissurer », estime-t-elle.
L'Ambassade de France réagit à Dubaï
Dans un message publié dimanche matin sur son site, l’ambassade de France aux Émirats arabes unis a rappelé qu’il n’était pas possible de quitter le territoire, l’espace aérien étant fermé jusqu’à nouvel ordre. Elle exhorte les ressortissants à « appliquer strictement les consignes de sécurité : rester chez soi, se tenir éloignés des fenêtres, des portes et des zones ouvertes ».
Ces dernières années, Dubaï a attiré un nombre croissant d’influenceurs, d’entrepreneurs et de grandes fortunes, séduits par un environnement favorable aux affaires, l’absence d’impôt sur le revenu et la possibilité d’y afficher un train de vie fastueux. Cette mégapole de près de quatre millions d’habitants, dont environ 90 % d’expatriés, abrite également l’un des aéroports les plus fréquentés au monde.
Dans une vidéo tournée samedi sur une plage où des baigneurs continuent de bronzer, Deepti Mallik, qui se présente comme consultante en immobilier à Dubaï, tente de rassurer : « Il n’y a pas de raison de s’inquiéter. Le pays est bien préparé pour une telle situation. »
Pour Emma Férey, « on sent malgré tout de l’inquiétude chez les influenceurs, même s’ils savent bien que parler de politique, et pire de géopolitique, c’est prendre le risque de perdre des abonnés ou de subir une vague de harcèlement ». Elle souligne aussi que nombre de créateurs de contenus, engagés contractuellement avec des marques, doivent poursuivre leurs publications. « Même si c’est pour du shampoing, la vidéo doit passer. C’est ce décalage qui peut paraître indécent aux yeux du public, de continuer à faire son beurre alors que le monde brûle. »
Sur Instagram, le Français Benjamin Samat, également installé à Dubaï et révélé par des émissions de télé-réalité, a dénoncé « ceux qui sur les réseaux sociaux se réjouissent que les Français vivent ça », affirmant ne souhaiter « à personne de se faire réveiller par des missiles qui explosent dans le ciel en pleine nuit ».
Des craintes d'embrasement militaire dans le Golfe après l'Iran
Les frappes observées dans le Golfe interviennent après une offensive d’ampleur menée le 28 février par les États-Unis et Israël contre des cibles militaires et politiques en Iran. L’opération a entraîné la mort d’Ali Khamenei, guide suprême de la République islamique depuis 1989 et figure centrale du régime, selon les autorités iraniennes. Téhéran a dénoncé un « acte de guerre » et annoncé des représailles.
Depuis, l’Iran a lancé plusieurs vagues de missiles et de drones contre Israël mais aussi vers certaines monarchies du Golfe, dont les Émirats arabes unis. Des explosions ont été signalées en zone urbaine, des victimes civiles recensées et plusieurs espaces aériens temporairement fermés. Une escalade qui fait désormais craindre un embrasement régional durable, avec des conséquences directes sur la sécurité et le trafic international.