Inégalités mondiales : les superdividendes s'envolent, le pouvoir d'achat s'effondre
latribune.fr
Le rapport " Working for the Rich " pointe une déconnexion inédite entre productivité et salaires, alimentée par des dividendes records de 2 100 milliards de dollars en 2025.
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Un rapport d’Oxfam et de la CSI révèle qu'en 2025, la rémunération des dirigeants a bondi de 54 % depuis 2019, alors que les salaires réels ont chuté de 12 % mondialement. Tandis que le CAC 40 redistribue 76 % de ses bénéfices, le pouvoir d’achat des travailleurs s'érode. Un salarié moyen mettrait 490 ans pour égaler le revenu annuel d'un PDG.
À l’occasion de la Journée internationale des travailleurs, le rapport « Working for the Rich » publié par Oxfam et la Confédération syndicale internationale (CSI) ce 1ᵉʳ mai dresse un constat comptable des inégalités mondiales de revenu. Dans un contexte de polycrise marqué par des chocs de prix successifs, le patrimoine et la rémunération des hauts dirigeants ont atteint des sommets tandis que le pouvoir d’achat des travailleurs s’est érodé en profondeur.
L'envolée des superdividendes
Le grand décrochage entre capital et travail se manifeste d’abord par une divergence des trajectoires de revenus depuis 2019. En six ans, la rémunération réelle des 1 500 PDG les mieux payés au monde a bondi de 54 %, passant à une moyenne de 8,4 millions de dollars par dirigeant en 2025. À l’opposé, les salaires réels de la population active mondiale ont chuté de 12 % sur la même période. Ce déséquilibre est tel qu’un employé moyen devrait désormais travailler 490 ans pour égaler la rémunération annuelle d’un grand patron en 2025. Pour les travailleurs, cette dévalorisation représente une perte de niveau de vie équivalente à 31 jours de travail sur la seule année 2025, portant le total cumulé à 108 jours depuis 2019.
Cette concentration de la richesse est alimentée par une distribution massive de dividendes qui privilégie une minorité d’actifs financiers. En 2025, les dividendes mondiaux ont atteint le record de 2 100 milliards de dollars, dont plus de 900 milliards ont été captés par les 1 % les plus riches. Le rapport identifie déjà près de 80 milliards de dollars versés directement à un échantillon de 1 000 milliardaires, soit l’équivalent de 2 500 dollars générés par seconde. À ce rythme, un milliardaire moyen perçoit en moins de deux heures l’équivalent du salaire annuel d’un travailleur médian. Parmi les bénéficiaires les plus emblématiques, Bernard Arnault, propriétaire de LVMH, a empoché 3,8 milliards de dollars de dividendes en 2025, suivi de près par Amancio Ortega, fondateur de Zara, avec 3,7 milliards de dollars.
La singularité du modèle français
En France, cette tendance est confirmée par le dépassement du seuil symbolique des 107 milliards d’euros de dividendes versés par le CAC 40 en 2025. Les données antérieures d’Oxfam France soulignaient déjà que les PDG des grandes entreprises françaises gagnaient en moyenne 130 fois plus que leurs salariés en 2022, contre un ratio de 111 en 2019. La gouvernance actionnariale française se distingue par un reversement moyen de 76 % des bénéfices aux actionnaires, limitant de fait les investissements dans les salaires ou la transition écologique.
Le rapport pointe également du doigt une déconnexion croissante entre productivité et rémunération. Si la production par travailleur a augmenté de 51 % depuis 2004, la part de la richesse mondiale revenant au travail a reculé de 2 % sur la même période. Cette érosion du partage de la valeur est attribuée à l’affaiblissement des syndicats, à la financiarisation de l’économie et à une automatisation dont les gains ne sont pas redistribués. Les inégalités de genre demeurent également persistantes avec un écart salarial moyen de 16 % au sein des grandes entreprises, ce qui signifie symboliquement que les femmes cessent d’être rémunérées dès le 4 novembre chaque année.
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Face à ce qu’elle qualifie de menace pour les équilibres démocratiques, la CSI dénonce l’influence politique croissante des « ultra-riches » qui mettraient à profit leur fortune pour promouvoir des politiques de dérégulation et de coupes dans les services publics. Oxfam et la CSI préconisent en réponse une régulation stricte incluant le plafonnement des écarts de rémunération entre dirigeants et salariés, une fiscalité accrue sur les superdividendes et le rétablissement de salaires minimums vitaux indexés sur l’inflation.
Bien que l’étude porte sur les 1 500 entreprises les plus rémunératrices, ce qui constitue un biais vers le haut du spectre économique, elle souligne une tendance structurelle qui interroge la viabilité à long terme du modèle de croissance actuel.