Avec l’entrée en vigueur du décret sur l’affichage environnemental textile, Écollant s’apprête à ouvrir la « première usine au monde » capable de recycler le polyamide issu de déchets textiles complexes. Trente emplois sont prévus à la clé.
Depuis le 1ᵉʳ octobre 2025, un décret impose en France un affichage environnemental obligatoire sur les produits textiles. Objectif : inciter les marques à intégrer davantage de matières recyclées et à rendre visible l’impact écologique de leurs chaînes de production.
« C’est un signal fort pour toute une filière en quête de sens », souligne Laurent Trognon, président-fondateur d’Écollant. « Ce décret change la donne », explique-t-il. « Il crée une incitation économique et morale à recycler : désormais, les fabricants de fibres peuvent percevoir jusqu’à 1 000 euros par tonne de matière recyclée utilisée. »
Dans ce contexte porteur, la deeptech Écollant, née de la marque de collants Divine Paris créée par Laurent Trognon en 2019, franchit une nouvelle étape : l’industrialisation. C’est à Joigny (Yonne), qu’elle a installé une usine de 1 800 m² dédiée au recyclage du polyamide, cette fibre synthétique omniprésente dans les collants, les vêtements de sport, la lingerie… et même la moquette. Le marché mondial du polyamide recyclé est estimé à plus de 6 milliards d’euros en Europe et connaît une croissance annuelle de 12 %, selon les données douanières.
Une innovation française unique
Fruit de cinq années de recherche avec l’INSA de Lyon, le procédé mis au point par Écollant est le premier à pouvoir extraire proprement le polyamide de textiles complexes, tricotés ou tissés avec d’autres matières comme l’élasthanne ou le coton. « Nous sommes les seuls à recycler le polyamide sans dépolymérisation chimique lourde », précise Trognon. « Notre technologie est rapide, économe en énergie et surtout propre pour l’environnement », poursuit-il.
Le principe : collecter des déchets textiles – collants, vêtements de sport, moquettes – auprès d’entreprises, d’hôtels, d’administrations et de collecteurs. « Nous avons déjà 70 conventions signées », indique-t-il. « Certaines entreprises nous fournissent leurs déchets, d’autres deviendront nos clients. » Car à la sortie du processus, Écollant obtient des granulés de polyamide recyclés, vendus au prix du marché, mais avec un atout : une stabilité tarifaire indépendante des fluctuations du pétrole. « Notre matière a les mêmes qualités qu’une matière neuve », assure Trognon. « Même viscosité, même résistance. Et surtout, elle est 100 % circulaire. » Les perspectives dépassent le textile : l’industrie automobile, qui consomme plus de 55 % du polyamide produit dans le monde, pourrait devenir un client majeur.
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