La situation au Moyen-Orient alimente une hausse généralisée des prix des matières premières, des métaux industriels aux intrants chimiques, fragilisant l’ensemble des chaînes de production mondiales. Dernier exemple en date : la filière des câbles électriques.
La pression ne se limite plus aux seuls hydrocarbures. Dans le sillage des tensions géopolitiques persistantes au Moyen-Orient et de leurs effets sur les routes stratégiques du commerce mondial, notamment autour du détroit d’Ormuz, la hausse des prix s’étend désormais à un ensemble de matières premières bien plus large. L’effet de contagion gagne les chaînes industrielles, des métaux de base aux intrants chimiques spécialisés.
Au-delà du pétrole et du gaz, de nombreuses ressources sont désormais directement ou indirectement affectées : naphta, méthanol, ammoniac, urée, soufre, mais aussi nickel, zinc, minerai de fer, lithium, cobalt, graphite, tungstène ou encore hélium. À cette liste s’ajoutent des intrants critiques pour la chimie et l’industrie manufacturière, dans un mouvement de tension généralisée qui commence à se répercuter sur les coûts de production et les délais logistiques à l’échelle mondiale.
Les effets de cette hausse en cascade dépassent les seules matières premières brutes. Ils touchent également les matériaux transformés et les additifs industriels, avec des conséquences potentielles sur des secteurs aussi variés que la chimie, l’agroalimentaire ou encore les emballages plastiques, où les chaînes de valeur sont fortement intégrées.
Les câbles électriques, un secteur en première ligne
Dans ce contexte global de resserrement de l’offre et de hausse des coûts, la filière française des fabricants de câbles électriques devient la dernière victime en date. « Nous constatons des hausses très fortes des cours des matières premières, notamment le polyethylène, qui a pris plus de 40 % par rapport au mois précédent », alerte Francis Rouet, le directeur général du Sycabel, le syndicat du secteur.
Pour ce secteur clef, la pression ne se limite pas aux polymères. L’ensemble de la structure de coûts est affectée, y compris les métaux industriels essentiels. « l’aluminium a vu son cours augmenter de 16 % », ajoute-t-il. Deux matériaux essentiels pour la fabrication des câbles et des infrastructures de raccordement électrique. Pour autant, les flux physiques ne sont pas encore interrompus. Les tensions sont d’abord économiques et logistiques. « Aujourd’hui, nous n’avons pas de rupture pour les matières premières », indique Francis Rouet.
Newsletter
Industrie et service
Chaque jour à 13h, l’essentiel de l’actualité industrielle.
Mais la répercussion sur l’activité est déjà tangible. L’augmentation des intrants se traduit directement dans les coûts de fabrication et dans les conditions commerciales. Selon le syndicat, cela impacte immédiatement les prix de production et fragilise les délais. « le prix de revient des câbles. Des tensions sont également à craindre concernant les délais de livraison ».
Des chaînes logistiques sous contrainte croissante
Au-delà des prix, la filière fait face à un allongement des délais d’approvisionnement, reflet d’une chaîne logistique de plus en plus contrainte. Les industriels anticipent désormais des effets prolongés, alimentés par la transmission des hausses énergétiques vers les matériaux dérivés.
Le Sycabel évoque ainsi des effets « durables » sur les plastiques de base, mais aussi sur certains additifs critiques comme les peroxydes et antioxydants, sans oublier les silicones et polyuréthanes utilisés dans les câbles spéciaux. Dans ce contexte, les délais de livraison peuvent désormais dépasser six mois, avec des situations où les expéditions sont reportées sans visibilité.
Le cuivre sous surveillance
Autre point de vigilance majeur pour la filière : le cuivre. Matériau central de la production électrique, il concentre une part importante des incertitudes actuelles. Le syndicat évoque « un impact, encore mal mesuré, sur la production de cuivre », alors que son prix évolue déjà à des niveaux élevés, proches d’un « niveau historiquement record » depuis le début de l’année 2026.
Face à cette accumulation de tensions, les marges d’adaptation des industriels se réduisent. Les entreprises tentent de sécuriser leurs approvisionnements et de répercuter une partie des coûts, mais l’équation devient de plus en plus difficile à équilibrer. « Si l’ensemble de la profession se mobilise pour limiter l’impact des tensions actuelles sur la production et la livraison de câbles et de matériels de raccordement, l’impact sur les coûts des matières premières est tel qu’il devient difficilement soutenable », avertit le Sycabel.