Guerre en Iran : l’aluminium, le choc d’offre que personne n’a vu venir

Les conséquences seront plus importantes pour les États-Unis et l'Europe, qui importent beaucoup d'aluminium du Moyen-Orient.
REUTERS - Angelika Warmuth

Les conséquences seront plus importantes pour les États-Unis et l'Europe, qui importent beaucoup d'aluminium du Moyen-Orient.
REUTERS - Angelika Warmuth
Si les inquiétudes sont tournées vers le gaz et le pétrole depuis le début du conflit, l’aluminium commence à donner des sueurs froides aux marchés et à l’économie mondiale. La guerre au Moyen-Orient et la fermeture du détroit d’Ormuz ont propulsé les cours du métal argenté.
Depuis début janvier, le cours de l’aluminium a pris plus de 40 %. Début mars, la tonne s’échangeait à moins de 3 150 dollars. Aujourd’hui, elle s’échange à plus de 3 600 dollars, avec un record atteint à 3 647 dollars le jeudi 16 avril, au plus haut depuis mars 2022, après le début de la guerre en Ukraine.
Avec la fermeture du détroit d’Ormuz en raison de la guerre, les producteurs du Golfe n’ont pas pu exporter normalement leur production ou importer leurs intrants nécessaires. Mais plus grave que les problèmes d’approvisionnement, ce sont les attaques iraniennes contre les fonderies qui font monter les prix et surtout craindre un choc d’offre.
Le Moyen-Orient fournit tout de même à lui seul 9 % de l’aluminium mondial. Fin mars, c’est Aluminium Bahreïn, l'une des plus grandes fonderies du monde basée au Bahreïn, qui a été touchée par des frappes ainsi que le site d'Emirates Global Aluminium, un des plus grands producteurs de la région.
Dans ce contexte, la banque américaine JPMorgan estime la tonne aux alentours de 3 500 dollars au second semestre de l’année, avec des prix qui pourraient monter à 4 000 dollars en raison des risques de pénuries.
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Mais « le véritable sujet n’est pas le prix, c’est le déficit qui se profile, avec déjà une estimation de 2 millions de tonnes d’ici à la fin de l’année, soit un niveau extrêmement élevé au regard des stocks disponibles », précise John Plassard. JPMorgan estime que le conflit pourrait même induire une perte jusqu’à 2,4 millions de tonnes, la plus importante depuis 2000. « Autrement dit, même un retour à la normale rapide ne suffirait pas à rééquilibrer le marché, car les capacités de production ont été directement touchées », complète John Plassard.
Le négociant en matières premières Mercuria envisage, de son côté, un scénario encore plus sombre. « L’ampleur du choc d’offre que nous observons sur le marché de l’aluminium est probablement le plus important choc d’offre unique qu’un marché des métaux de base ait subi depuis l’an 2000 », a indiqué Nick Snowdon, responsable de la recherche sur les métaux et les mines chez Mercuria, au sommet Financial Times Commodities Global Summit en Suisse, rapporte Reuters. « Nous sommes déjà confrontés à un événement imprévu et exceptionnel. Personne n'aurait pu prévoir quelque chose de cette ampleur », a-t-il complété.
Dans le langage des investisseurs, ce choc d’offre de l’aluminium est appelé un événement cygne noir ou « black swan event ». Comme le décrit l’analyste de Mercuria, c’est un événement imprévisible, que personne n’a vu venir et qui peut avoir de lourdes conséquences.
Les conséquences seront plus importantes pour les États-Unis et l’Europe, qui importent beaucoup d’aluminium du Moyen-Orient. 30 % des importations européennes de ce métal viennent de la région, d’après une note de la banque ING. Pour les Américains, cette part représente 20 %. La Chine est, de son côté, le premier producteur mondial, mais elle a plafonné sa production annuelle à 48 millions de tonnes.
L’aluminium est utilisé dans de nombreux secteurs, allant de l’industrie à la défense et à l’automobile. Mais aussi dans les installations énergétiques ou encore dans l’aéronautique. « La vraie question n’est donc plus de savoir si le marché est sous tension, mais jusqu’où ce choc peut se diffuser dans l’économie réelle, et surtout combien de temps les investisseurs vont continuer à l’ignorer », conclut John Plassard.