ANALYSE. Après trois années de prix très bas, les marchés des métaux stratégiques connaissent des soubresauts. Longtemps tirés par la demande croissante à long terme, les investissements ont été massifs et l’offre excédentaire. Désormais, place au rééquilibrage et les États sont à la manœuvre.Fin janvier, les entrepôts de Wuxi, principale place chinoise de négoce des métaux, ont été pris d’assaut. En quelques jours, près de 37 % des stocks de cobalt métal ont été retirés physiquement. Ce mouvement s’explique par le besoin d’alimenter en urgence des industriels privés d’approvisionnements. L’instauration, en octobre, de quotas d’exportation par la République démocratique du Congo a conduit à un arrêt quasi total des expéditions vers les ports chinois à la fin de l’année. Le cours du cobalt métal a alors bondi de plus de 150 %. Plus frappant encore : l’hydroxyde de cobalt congolais, étape avant le métal raffiné, valait habituellement environ 55 % du prix du cobalt métallique. Désormais, les deux se négocient quasiment au même prix.
Cet épisode n’a rien d’anecdotique. Au cours des derniers mois, ce ne sont plus seulement les perspectives de la transition énergétique qui tirent les cours des métaux industriels, mais les décisions politiques des pays producteurs. Nickel, lithium, cobalt… les hausses enregistrées depuis l’automne découlent d’abord de chocs d’offre.
Matières premières : le retour en force des pays producteurs
Pour le nickel, le signal est naturellement venu d’Indonésie, où 70 % de la production mondiale est concentrée. Depuis dix ans, Jakarta a progressivement mis en place des politiques de contrôle de la production et des exportations, jusqu’à aboutir à des quotas pour les entreprises extractives. Après plusieurs années de cours moroses, le gouvernement a annoncé sa volonté de plafonner plus fortement les volumes de production pour 2026. « Même une simple modération de sa production peut avoir un impact disproportionné sur les prix », analyse Ole Hansen, stratégiste matières premières chez Saxo Bank.
Les marchés ont effectivement réagi. À la Bourse des métaux de Londres, le métal s’échangeait en 2025 autour de 15 000 livres la tonne : il a réussi à dépasser les 18 000 fin janvier, une première en un an et demi. Depuis 2023, du fait des surcapacités massives issues des investissements indonésiens, le nickel évoluait à la baisse et la chute était vertigineuse. Les 18 000 livres actuels sont peu de chose face aux 48 000 livres, prix auquel il s’échangeait en avril 2022 au London Metal Exchange. La politique de quotas devenait urgente aux yeux du gouvernement indonésien, dont 12 % des recettes d’exportation du pays proviennent du nickel.