Conseils d’administration : l’IA reste la grande absente dans la gouvernance des entreprises

Le président de l’IFA, Denis Terrien, estime nécessaire de renforcer les compétences des conseils en IA.
DR. Sacha Heron

Le président de l’IFA, Denis Terrien, estime nécessaire de renforcer les compétences des conseils en IA.
DR. Sacha Heron
Depuis vingt ans, la France rattrape à marche forcée son retard en matière de gouvernance des entreprises. « Nous avons désormais une des meilleures gouvernances au monde », se félicite Denis Terrien, président de l’Institut français des administrateurs (IFA) qui a accompagné, par ses formations, ce mouvement de bascule de conseils d’administration « entre amis » des années 1990 et 2000 vers des conseils plus professionnels, plus indépendants et plus diversifiés dans leur composition.
« Les conseils d’administration sont de moins en moins des petits cénacles qui entretiennent un entre-soi pour devenir des espaces de gouvernance formalisées, bureaucratisées même, avec de nombreux standards à respecter », confirme François-Xavier Dudouet, chercheur au CNRS à Paris-Dauphine.
Les chiffres l’attestent également. Plus de 60 % des administrateurs des conseils du SBF 120 (les 120 plus importantes sociétés cotées françaises) sont des administrateurs indépendants (extérieurs à l’entreprise et présent depuis moins de 12 ans au conseil), un pourcentage qui grimpe à 68 % pour le CAC 40, et 46 % sont des femmes, alors que la loi fixe un seuil à 40 %, selon le dernier baromètre IFA-Ehtics & Boards de la gouvernance responsable.
Les femmes sont largement à parité dans des comités importants, comme ceux de l’audit ou des nominations, surreprésentées même dans les comités RSE (quand ils existent) mais toujours sous-représentées dans les comités stratégiques.
Surtout, seulement 14 femmes sont actuellement présidentes d’un conseil d’administration d’une société du SBF 120. Un constat que l’on retrouve d’ailleurs aggravé dans les comités exécutifs des entreprises : 29 % sont des femmes et seulement 9 % (soit 11 femmes) sont dirigeantes. Il y a donc encore du chemin à faire.
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Les conseils sont plus jeunes aussi, et plus ouvert aux profils internationaux (31 % des administrateurs). Mais ils restent relativement homogènes dans leur composition sociologique. « La quasi-totalité des administrateurs viennent non seulement du monde de l’entreprise, mais le plus souvent, de la grande entreprise, et ce, après avoir exercé des fonctions souvent visibles en termes de performances, comme les finances ou le marketing », observe François-Xavier Dudouet.
Certes, les comités RSE/ESG sont désormais la règle dans les conseils (88 % des conseils), ce qui place la France bien devant le Royaume-Uni (56 %) ou les États-Unis (55 %) ou même l’Allemagne (33 %). Mais l’enjeu aujourd’hui pour les conseils est au aussi de tenter d’appréhender un monde de plus en plus VICA (volatile, incertain, complexe et ambigu) qui nécessite une plus grande pluralité de compétences.
Certains conseils s’ouvrent ainsi à de nouveaux profils, comme c’est le cas chez LVMH, empire du luxe très exposé à l’international, et qui accueille à son conseil Hubert Védrine, ancien ministre des affaires étrangères et expert en géopolitique. Cela reste une exception et rares sont les scientifiques, les professeurs, les politiques, voire des représentants du monde des PME, au sein des conseils du SBF 120.
« Il y a des besoins de connaissances, de compétences sur lesquelles les conseils doivent vraiment se développer », convient Denis Terrien. C’est le cas notamment de l’IA (intelligence artificielle), censée disrupter le monde de l’entreprise et dans laquelle des centaines de milliards de dollars sont investis chaque année, qui est pourtant un sujet discuté dans seulement 28 % des conseils.
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Alors que la transformation numérique, la cybersécurité et l’IA deviennent des parties prenantes des entreprises, la connaissance collective des administrateurs sur ces questions reste marginale. Même si un conseil a tout à fait le loisir de solliciter des expertises extérieures, il va devenir de plus en plus difficile d’éluder ces sujets devenus clés. D’autant que ce seront, dans un futur proche, des algorithmes qui examineront et voteront les résolutions en assemblée générale !