EXCLUSIF. Dans un rapport interne, l’électricien alerte sur les conséquences de l’intensification des variations de puissance de ses réacteurs atomiques, liée à l’essor du solaire et à une consommation électrique en berne. Surcoûts pour la collectivité, tensions industrielles et organisation des centrales bouleversée… La Tribune révèle les conclusions de ce document jugé explosif.
C’est un rapport que l’État préfère garder dans ses tiroirs. Quels sont les effets des variations de la puissance des réacteurs nucléaires, de plus en plus fréquentes avec l’essor des énergies renouvelables ? Dans une étude interne très attendue, EDF s’est penché sur la question. Car l’énergéticien affirme devoir brider ses centrales de plus en plus souvent pour éviter de produire trop d’électricité en journée, lorsque la consommation est faible et que les panneaux photovoltaïques prennent le relais. Avant de les relancer pour absorber la pointe du soir, quand le soleil disparaît.
Prévue pour décembre, l’étude sur ces « stop-and-go » n’a jamais été publiée. En cause, selon plusieurs sources concordantes : le risque de « mettre le feu aux poudres ». Dans un contexte de tensions exacerbées entre pro-nucléaires et pro-renouvelables, beaucoup redoutent que les conclusions ne soient instrumentalisées dans le débat sur la compatibilité, ou non, entre nucléaire et développement massif des éoliennes et des panneaux solaires.
Car le document, que La Tribune a pu consulter, tombe à un moment clé : le gouvernement prépare toujours la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), appelée à fixer les grandes orientations du mix énergétique français pour les prochaines années.
Des « risques économiques majeurs pour la collectivité »
D’abord, l’impact identifié par EDF sur le coût du système, et donc sur les prix de l’électricité, promet d’agiter les débats. « C’est la partie la plus explosive », estime une source proche du dossier.
L’entreprise retient comme hypothèse centrale une stagnation de la consommation électrique à 450 térawattheures (TWh) à l’horizon 2030. Un niveau inférieur à ceux projetés par le gestionnaire du réseau de transport d’électricité (RTE), même dans son scénario le plus pessimiste (470 TWh). Dans ce contexte, l’expansion de la production renouvelable liée aux seuls projets déjà engagés engendrerait « des risques économiques majeurs pour la collectivité » française, prévient EDF. Or, c’est justement l’un des scénarios qui pourrait être privilégié dans la tant attendue PPE et que redoute la filière du solaire. Il correspondrait à une cible de 42 gigawatts (GW) de capacités photovoltaïques à l’horizon 2030. Un objectif qui peut être atteint sans lancer de nouveaux appels d’offres puisque la France compte actuellement 30 GW de capacités solaires installées et 10 GW déjà approuvés.
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