La technologie d’éoliennes flottantes est beaucoup moins mature que celle des éoliennes en mer posées. Ici, le parc pilote d’éoliennes flottantes Eolmed.
La France veut accélérer massivement dans l’éolien flottant avec son dixième appel d’offres, mais cette montée en puissance pourrait fragiliser les premiers parcs déjà attribués. Les lauréats des AO5 et AO6 avaient bâti, en partie, leur modèle économique sur des effets d’échelle et des synergies avec les extensions futures. Mais les nouvelles règles de l’AO10 pourraient sensiblement limiter ce potentiel.
Le gouvernement entend faire de la France un leader dans l’éolien en mer, et plus particulièrement dans le domaine de l’éolien flottant. Mais il cherche aussi à privilégier un tissu industriel tricolore et européen. C’est tout le sens de l’appel d’offres numéro 10 (AO10), qui vise à déployer 10 gigawatts de ces turbines géantes des mers.
Pourtant, cette volonté d’accélérer pourrait produire un effet paradoxal : fragiliser les premiers projets de parcs d’éolien flottant déjà attribués dans le cadre des appels d’offres 5 (Bretagne Sud) et 6 (Méditerranée).
« Tous ces projets attribués en 2024 seront en incapacité de se faire dans le tarif initialement retenu, car ces premiers projets trouvaient leur rentabilité économique grâce aux effets d’échelle et aux synergies envisagées avec leurs extensions [organisées dans le cadre de l’AO 10] », alerte un énergéticien ayant requis l’anonymat.
Discussions entre EDF et le gouvernement
« Il y a des discussions entre EDF et le gouvernement pour revoir le tarif de rachat du parc Méditerranée grand large (MGL) », assure cette même source. Contacté, EDF Power Solutions n’a pas souhaité commenter ces informations. De son côté, le ministère se dit « attentif à l’enjeu que représente la viabilité des modèles économiques des parcs d’éolien flottant » et précise « avancer en lien avec EDF ».
Fin décembre 2024, l’énergéticien tricolore avait remporté ce parc de 250 mégawatts (MW) situé au large de Fos-sur-Mer, aux côtés du canadien Maple Power. Le consortium avait alors proposé un tarif de rachat à 85,90 euros du mégawattheure, hors raccordement.
Ce prix est jugé aujourd’hui « très compétitif » par de nombreux acteurs du secteur. En effet, il est encore plus bas que celui du parc éolien flottant Pennavel, situé au large de Groix et Belle-Ile-en-Mer et attribué à Elicio et BayWa r.e, avec un tarif d’achat de 86, 54 euros par mégawattheure. Le parc Eoliennes flottantes d’Occitanie (Eflo), remporté par Ocean Winds, la coentreprise d’Engie et du portugais EDP consacrée à l’éolien en mer, en partenariat avec la Banque des territoires, affiche, lui, 92,70 euros par mégawattheure. Selon nos informations, l’ex-GDF Suez n’a pas engagé de discussions avec l’exécutif pour revoir à la hausse ce tarif de rachat, contrairement à EDF.
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