Malgré son plan pour accélérer l’électrification du pays, le gouvernement refuse de baisser la taxe sur la consommation d’électricité, toujours deux fois supérieure à celle sur le gaz fossile. Pour inverser la tendance, la directive européenne ETS2 devait pénaliser les hydrocarbures, mais la France bloque sa transposition.C’est « l’éléphant dans la pièce » du plan d’électrification. Pour rendre « naturelle » et « désirable » la sortie des énergies fossiles, comme martelé lundi par Emmanuel Macron, la feuille de route dévoilée ces dernières semaines occulte un aspect « crucial », s’accordent à dire la plupart des observateurs : la fiscalité. Aujourd'hui encore, l’électricité reste plus lourdement taxée que le gaz.
« Pourquoi l’électrification ne se fait-elle pas spontanément ? Parce que bien souvent, les énergies fossiles restent plus rentables et plus abordables », ajoute l’économiste Raphaël Trotignon, à la tête du pôle Energie-Climat de Rexecode.
Alors que le Président de la République réunissait son « équipe de France de l’électricité » en début de semaine, plus de 100 députés et sénateurs LR ont d’ailleurs appelé à s’attaquer à ce sujet, jugeant le « signal prix » trop « faible » face aux hydrocarbures. Pis : avec la Hongrie et l'Estonie, la France est l’un des trois seuls pays de l’UE à ne pas avoir transposé, au moins en partie, la directive européenne sur l’extension du marché carbone au carburant et au chauffage (ETS2), craignant les conséquences sociales d’une envolée des prix de l’essence et du gaz.
« Il s'agit d'un oublié volontaire. Tous ceux aux commandes se sont bien gardés d’ouvrir cette boîte, préférant attendre gentiment l’élection présidentielle de 2027 », lance Nicolas Goldberg, expert chez Colombus Consulting et au think-tank Terra Nova.
Veto de Bercy
Concrètement, en France, la taxe sur la consommation d’électricité (ou « accise ») s’élève à près de 30 euros par mégawattheure (MWh), contre environ 16 euros/MWh pour le gaz fossile. Une situation « incohérente » au moment-même où le pays cherche à s’affranchir des hydrocarbures, soulignait la Cour des comptes dès septembre 2024.