REPORTAGE - Réputé pour ses activités dans la défense, le groupe belge s'active en parallèle dans l'hydrogène. Il vient de produire dans son usine de Belfort son premier électrolyseur à partir d'éléments fabriqués en France. John Cockerill attend désormais un soutien public clair de la part de l'Europe pour lancer pleinement un marché fragile.C'était un pari à l'été 2025. Il y a un an, le tribunal de commerce de Belfort attribue les actifs de McPhy à John Cockerill, acteur belge reconnu dans la défense et propriétaire de la société française Arquus depuis près de 12 mois. Le défi est alors immense : préserver un savoir-faire reconnu tout en lui donnant une nouvelle dimension industrielle, sans être un acteur de cet univers de l'hydrogène.
Un an plus tard, le pari est-il réussi ? Difficile d'avoir la réponse, mais il commence à prendre forme. Ce vendredi 10 juillet, sur le site de Belfort - spécialisé dans la R&D, l'assemblage des stacks polymères et le développement des nouvelles générations d'électrolyseurs - les équipes de John Cockerill Hydrogen viennent d'assembler le premier électrolyseur.
Tandis qu'à Aspach, en Alsace, où sont produits de manière automatisée les composants de ces électrolyseurs, l'industriel lance cet été la fabrication d'équipements destinés à un projet de 40 megawatts (MW) aux Pays-Bas, après une première livraison de 25 MW en Belgique. Le groupe belge, qui emploie plus de 8 200 salariés dans le monde pour un chiffre d'affaires de 1,65 milliard d'euros, a investi entre 10 et 20 millions d'euros dans les nouveaux équipements du site de Belfort et déploie 100 millions d'euros - dont 76 millions ont déjà été engagés depuis 2021 - sur son usine alsacienne.
« Tous les acteurs de l'électrolyse ne survivront pas »
Si John Cockerill est historiquement connu pour ses activités dans l'énergie, l'industrie lourde ou la défense, le groupe voit dans l'hydrogène une continuité naturelle de ses métiers.
« Nous disposions déjà des compétences en matériaux, en électrochimie ou en électronique. L'hydrogène s'est imposé comme un prolongement logique de ces expertises », explique Nicolas de Coignac, vice-président exécutif du groupe et responsable des activités mondiales liées à l’hydrogène.
Des savoir-faire qui intéressent désormais les acteurs de la défense, plusieurs armées travaillant déjà sur des projets de carburants de synthèse produits à partir d'hydrogène pour renforcer leur autonomie énergétique ont contacté le groupe. Contrairement à McPhy, société cotée fragilisée par le retournement du marché, John Cockerill revendique la solidité d'un groupe industriel bicentenaire.