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Energie et IndustrieEnergie

Chauffage parisien : Engie n'a plus qu'une semaine pour faire un recours après avoir perdu « le contrat du siècle »

Photo de Juliette Raynal

Juliette RAYNAL

Publié le 09 janvier 2026 à 15:22

Engie

Engie

AFP - JOEL SAGET

Le Quotidien Numérique

27 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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Le groupe étudie la possibilité de faire un recours devant le tribunal administratif après s'être fait éliminer par le consortium emmené par Dalkia, la filiale d'EDF, dans un appel d'offres à 15 milliards d'euros. Il a jusqu'au 16 janvier.

Pour Engie, le 25 novembre restera comme une date amère. Après quasiment un siècle à la tête du réseau de chaleur parisien, l’ex-GDF Suez s’est fait déloger par le consortium piloté par Dalkia, la filiale d’EDF, aux côtés d’Eiffage et de la RATP, retenu pour assurer pendant 25 ans la gestion de cette gigantesque infrastructure. 

Souvent présentée comme le « contrat du siècle », cette concession concerne le chauffage de près d'un million de personnes à Paris et 16 communes voisines, dont la totalité des hôpitaux parisiens. Reposant sur quelque 500 km de canalisations souterraines, ce réseau est l'un des tout premiers au monde par sa taille. Sur la totalité de son exécution, le chiffre d'affaires de ce méga appel d'offres est estimé à 15 milliards d’euros. « Au niveau du groupe, c’est une déception car c’est un contrat iconique », a reconnu Catherine MacGregor, la directrice générale d’Engie, en marge de ses vœux à la presse ce jeudi 8 janvier. « C’est un objet unique », a-t-elle ajouté tout en assurant que cette défaite n’avait pas d’impact significatif à l’échelle du groupe.

Un possible recours dans les sept prochains jours

Mais la partie est-elle définitivement perdue pour autant ? L’entreprise a indiqué avoir reçu une notification lundi dernier. À compter de sa réception, le groupe dispose de 11 jours pour faire un recours devant le tribunal administratif. Autrement dit, Engie a jusqu’au vendredi 16 janvier pour éventuellement attaquer cette décision. « On regarde, on réfléchit », assure-t-on dans les rangs de la société, qui vient tout juste d'investir un nouveau campus parisien regroupant 9 000 collaborateurs. Pour l'heure, le dossier demeure encore à l’étude. « J’ai besoin de comprendre pourquoi on le [l’appel d’offres, ndlr] perd », a confié devant les journalistes Frank Lacroix, directeur général adjoint du groupe chargé des infrastructures énergétiques locales.

« Lors de la première conférence de presse, la mairie de Paris a vanté les mérites de l’offre retenue. À chaque fois, j’ai cru que c’était la mienne », a-t-il ironisé, affirmant que sur les trois critères évoqués (le taux final d'énergies renouvelables, la baisse de la facture pour les clients et le développement du réseau), Engie était mieux disant que le consortium emmené par Dalkia. « Au moment où je vous parle, j’ai besoin de voir les détails (...) et de m’assurer que les comparaisons qui donnent lieu à des notes reposent bien sur des hypothèses solides et comparables », a précisé Frank Lacroix.

Des modes de gouvernance différents ?

Dans les grandes lignes, l'offre de Dalkia prévoit un investissement d'environ 3,4 milliards d'euros sur 25 ans afin que 76 % de la chaleur du réseau soient produits à partir d'énergies renouvelables, contre 50 % actuellement. Pour cela, elle mise notamment sur la construction d'un nouvel incinérateur à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), sur dix centrales géothermiques et la biomasse. Enfin, l'équivalent de 200 000 logements supplémentaires pourront abandonner leur chaudière au gaz ou au fioul, avait assuré Dan Lert le 17 décembre dernier lors du conseil de Paris. L'adjoint chargé de la transition écologique et de l'énergie à la ville avait ainsi promis de « protéger les Parisiens de la volatilité des prix du gaz ».

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Selon la compréhension actuelle d’Engie, le choix de la Ville de Paris pour l'offre concurrente aurait surtout été guidé par un critère de gouvernance. Alors qu'Engie souhaite absolument garder le contrôle de l'actif en tant qu'opérateur industriel pour s'assurer de sa rentabilité, son rival aurait proposé un mode de pilotage différent. En creux, la Ville aurait privilégié un modèle donnant davantage de poids à la puissance publique. 

Engie alerte sur les hypothèses de consommation

L’offre remise par Dalkia prévoit que le consortium détienne d’une courte majorité (51 %) le capital d’une société d’économie mixte à opération unique (Semop). Auparavant, Engie exploitait le réseau de chaleur de Paris au travers d'une société d’économie mixte (SEM) dont il détenait 66,5 % du capital. Dans son offre, l’ex-GDF Suez prévoyait aussi de passer à une Semop telle que l'exigeait le cahier des charges. Toutefois, selon les conditions d'opérations d'une Semop, définies dans le pacte d'actionnaires, l'industriel peut disposer d'un contrôle plus ou moins important sur l'actif. 

Par ailleurs, en amont de la tenue du conseil de Paris, Engie avait fait parvenir un courrier aux élus les alertant des hypothèses de consommation retenues par Dalkia. Le candidat sortant pointait notamment un « décalage marqué avec le Plan Climat de la Ville ». Si le projet permet un « affichage favorable du prix moyen du MWh », dans le cas où le niveau de consommation ne serait pas atteint, « ce prix moyen sera mécaniquement plus élevé et l’équilibre économique de la Semop sera remis en question », peut-on lire dans le document.

Quelle que soit l’issue finale du duel entre Engie et EDF, la situation restera sans conséquence pour les salariés de la Compagnie parisienne de chauffage urbain (CPCU), filiale d’Engie qui exploite actuellement le réseau de chaleur. Tous seront transférés dans la Semop et conserveront leur statut d’industries électriques et gazières (IEG). De son côté, le groupe entend continuer à miser sur la performance. Une stratégie qui commence à porter ses fruits : au cours des trois derniers mois, l’action d’Engie a bondi de plus de 25 % en Bourse et sa capitalisation a franchi la barre des 50 milliards d’euros.

Juliette RAYNAL

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