Face à la crise de l’industrie automobile européenne, certains fournisseurs tricolores font le choix fort de réduire leur dépendance à ce marché. Un virage pour survivre, alors que la filière tricolore se réunit ce mardi à Paris.C’est un cinquantième anniversaire à ne pas louper pour le groupe SAB. Un demi-siècle doit se fêter en grande pompe. Mais dans les coulisses, on s’active surtout pour assurer la pérennité de la société familiale installée dans la Loire. Jusqu’en 2023, l’industrie automobile apportait à elle seule pas moins de 100 millions d’euros de chiffre d’affaires au groupe industriel, soit 70% de son activité. « Nous avons connu un fort développement, en grande partie grâce au moteur thermique. Avec une innovation, nous avons drastiquement réduit le coût de fabrication d’un corps de pompe injection pour moteur diesel », retrace Philippe Collange, membre du comex du groupe SAB.
Mais depuis ce pic de 2023, les volumes de commandes sont en baisse, et les perspectives pour les années futures ne sont pas plus rassurantes. Dès lors, la diversification anticipée est devenue une obligation pour l’ETI industrielle, afin d’éviter un risque de casse sociale et, in fine, une perte de savoir-faire cruciaux pour la pérennité de SAB. Le groupe a donc décidé de faire son entrée sur le marché du vélo électrique, en proposant à ses acteurs un cadre de vélo en aluminium moulé et monobloc, sans soudure apparente.
« Désormais, on doit conquérir des clients sur la mobilité douce. Nous avons des projets en cours d’industrialisation, en phase de prototypage, qui devraient prochainement devenir concrets. Si cela fonctionne, notre usine de Matour sera sauvée. Elle emploie actuellement 80 personnes et elle est totalement orientée sur de la production en grande série pour l’industrie automobile en fonderie coquille granité. Or cette technologie n’est pas utilisée dans les véhicules électriques », justifie Philippe Collange, avec en point de mire la potentielle interdiction de la vente des véhicules thermiques neufs en Europe à compter de 2035.
Le groupe SAB, qui compte neuf sites industriels dont un au Mexique, a entre-temps dû faire face à d’autres mauvaises nouvelles, rendant encore plus légitime son désengagement partiel de l’industrie automobile. Des programmes de véhicules électriques et hydrogènes, pour lesquels SAB avait été fléché comme fournisseur ont été reportés voire abandonnés. « Par exemple, Stellantis a abandonné Symbio, qui était notre client, sur les véhicules hydrogènes. Nous avons travaillé trois ans avec eux pour concevoir dix références de pièces que nous devions aussi produire », explique celui qui est aussi en charge du développement du marché de la mobilité douce. Des volumes que les usines françaises du groupe familial ne verront jamais.