« Made in Europe » : la Chine menace de représailles commerciales
latribune.fr
4 mars 2026 : Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, avant la réunion devant adopter la loi sur l'accélération industrielle visant à renforcer le secteur manufacturier européen.
ZEUS - ZUMA Press Wire via Reuters Conn - Represented by ZUMA Press, Inc. - Wiktor Dabkowski
L’Union européenne s’apprête à voter une loi historique pour reprendre le contrôle de ses usines. Mais en imposant des quotas de composants fabriqués sur le sol européen, Bruxelles déclenche la fureur de Pékin. Entre ultimatum diplomatique et risques de taxes massives sur le cognac ou le porc, le bras de fer s'intensifie.
Vendredi 24 avril, le ministère chinois du Commerce a adressé une mise en garde musclée à la Commission européenne. Si l'Union européenne adopte son plan de réindustrialisation « Made in Europe », baptisé Industrial Acceleration Act (IAA) sans modifier sa copie, Pékin frappera en retour.
D’ordinaire adepte des longs rituels diplomatiques et du langage feutré, la Chine semble avoir adopté les méthodes de son meilleur ennemi : Donald Trump. En menaçant de prendre des mesures de rétorsion immédiates pour protéger ses intérêts, Pékin adopte une posture frontale. Il n'attend plus la signature finale du texte : il cherche à paralyser le processus législatif dès maintenant, alors que le projet doit encore être validé par les États membres et le Parlement européen. Car pour la Chine, ce plan est tout simplement discriminatoire.
La fin du faux « made in Europe »
Au cœur de la dispute se trouve le mécanisme de « contenu local ». C’est le pilier central du plan européen pour garantir son indépendance de production. Jusqu'ici, une entreprise pouvait bénéficier d'aides publiques européennes pour assembler des produits dont l'essentiel des pièces venait d'Asie. Le nouveau texte veut mettre fin à ce système.
Pour toucher des subventions ou accéder à certains marchés publics, il ne suffira plus de visser des pièces entre elles en Europe. Il faudra que le cœur du produit y soit fabriqué. Ainsi, pour les voitures électriques, Le texte impose que l’assemblage final ait lieu dans l’Union européenne, mais exige surtout qu'au moins 70 % de la valeur des composants (hors batterie) soit d'origine européenne. Pour les batteries elles-mêmes, le plan est progressif mais ferme. Il impose d'abord l'intégration de trois pièces maîtresses fabriquées localement, puis cinq après trois ans, incluant les éléments les plus technologiques comme les cellules.
Pour Pékin, c’est un coup d’arrêt à sa stratégie d’exportation. La Chine qui domine la chaîne de valeur mondiale des technologies vertes voit ses entreprises menacées d'être exclues du marché européen si elles ne transfèrent pas une partie massive de leur production — et de leur savoir-faire — sur le continent européen.
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Le double verrou des investissements
L'autre volet qui provoque la fureur de Pékin concerne l'argent. Le plan européen instaure un contrôle strict sur les investissements étrangers dépassant les 100 millions d'euros dans quatre secteurs jugés vitaux : les batteries, l’automobile électrique, les panneaux solaires et les matières premières.
Pour qu'un investisseur chinois puisse racheter ou créer une usine en Europe, il devra désormais cocher plusieurs cases sociales et technologiques. Il devra notamment garantir que la moitié de ses employés seront européens et qu'il consacrera au moins 1 % de ses revenus annuels à la recherche et au développement sur le sol de l'Union. Plus contraignant encore : il devra s'engager à s'approvisionner à hauteur de 30 % auprès de fournisseurs locaux.
Ce « double filtrage » vise à éviter que l'Europe ne devienne une simple terre d'accueil pour des usines de tournevis étrangères, gourmandes en subventions mais pauvres en retombées économiques pour nos PME.
L’addition pour les territoires français
Si Bruxelles maintient son cap, la Chine a déjà préparé sa liste de cibles. Et plusieurs régions françaises risquent de payer la facture. La stratégie de Pékin : frapper là où cela fait mal politiquement pour diviser les pays européens.
Le cognac est en première ligne. Pékin a déjà lancé des enquêtes pour vente à perte, une arme classique pour ralentir les exportations françaises de spiritueux. Pour les maisons de Cognac, le marché chinois est vital ; une fermeture, même partielle, mettrait en péril des milliers d'emplois directs et indirects.
Les éleveurs de porcs et les producteurs de lait sont aussi visés. La Chine a déjà prouvé sa capacité de nuisance en imposant des taxes dépassant les 60 % sur la viande européenne. Pour une filière qui pèse des milliards d'euros à l'export, la perte du débouché chinois serait une catastrophe économique pour nos campagnes.
Enfin, dans des régions industrielles, le risque est d'une autre nature : l'accès aux ressources. L'Europe veut fabriquer ses propres batteries, mais elle dépend encore massivement de la Chine pour les métaux rares et les matières premières. En pressant le bouton « arrêt » sur ses exportations de minerais, Pékin pourrait paralyser nos nouvelles usines avant même qu'elles ne sortent de terre.