ACC change de patron pour sauver sa gigafactory française
latribune.fr

La gigafactory ACC, implantée à Billy-Berclau/Douvrin, dans le nord de la France.
REUTERS - PASCAL ROSSIGNOL
latribune.fr

La gigafactory ACC, implantée à Billy-Berclau/Douvrin, dans le nord de la France.
REUTERS - PASCAL ROSSIGNOL
Le groupe Automotive Cells Company (ACC), cœntreprise fondée en 2020 par Stellantis, Mercedes-Benz et TotalEnergies, a décidé de tourner une page de sa jeune histoire industrielle. L’opérateur de gigafactory implanté à Billy-Berclau/Douvrin, dans le nord de la France, a annoncé le remplacement de son directeur général Yann Vincent par Allan Swan, ancien dirigeant de Panasonic Energy USA.
Cette nomination intervient alors qu’ACC peine depuis trois ans à tenir ses ambitions industrielles. Lancée en 2023, l’usine française accumule retards de production et difficultés de montée en cadence, au point de fragiliser les ambitions européennes dans les batteries électriques.
Pour justifier ce choix, ACC met en avant l’expérience industrielle du nouveau dirigeant dans le secteur des batteries. Allan Swan a été président de Panasonic Energy USA, « où il a mené avec succès la mise en opérations de deux nouvelles gigafactories de batteries fournissant Tesla », indique l’entreprise dans un communiqué.
ACC souligne également que « Il a dirigé l’un des projets de batteries lithium-ion les plus grands et les plus matures au monde » produisant « des milliards de cellules chaque année », ajoutant que cette expérience « fait de lui le candidat idéal pour accélérer le développement d’ACC ».
ACC fait partie des projets industriels soutenus par Bruxelles pour structurer une filière européenne des batteries, afin de réduire la dépendance de l’industrie automobile aux fournisseurs chinois. Mais la montée en puissance du site français s’avère plus complexe que prévu.
Chaque jour à 13h, l’essentiel de l’actualité industrielle.

La technologie retenue par ACC, le NMC (nickel-manganèse-cobalt), s’est révélée plus difficile à industrialiser que les solutions LFP (lithium-fer-phosphate) largement adoptées par les industriels asiatiques. Résultat : des problèmes de cadence et de qualité, qui se traduisent directement dans les délais de livraison. Selon Stellantis, les SUV électriques Peugeot 3008 et 5008 équipés de batteries ACC affichent des délais de livraison de « 9 à 12 mois », un niveau jugé encore trop élevé pour un marché en forte concurrence.
Le départ de Yann Vincent, qui quitte ses fonctions pour prendre sa retraite après avoir piloté ACC depuis sa création, s’inscrit dans un contexte de remise en question. Fin avril, il reconnaissait un décalage entre les ambitions initiales et la réalité industrielle. « Ça prend plus de temps à construire que ce qu’on avait pu imaginer », avait-il expliqué sur BFM Business. « Il nous faut une constance dans l’effort. L’Européen n’est pas habitué à ça : il veut des résultats dans les trois mois. Mais le train est en marche ».
Il soulignait également la complexité technique du secteur : « Ce sont des procédés de fabrication extrêmement compliqués, pour lesquels il faut du temps pour arriver à les maîtriser parfaitement », face à des concurrents chinois bénéficiant selon lui d’une avance de deux décennies. Il espérait néanmoins réduire « dans les trois ans » l’écart de compétences.
Face à ces difficultés, ACC a déjà revu ses ambitions à la baisse. Le groupe a abandonné en février ses projets de nouvelles gigafactories en Italie et en Allemagne, signe des tensions qui traversent encore la construction de la filière européenne des batteries.
latribune.fr