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OPINION. « Réindustrialiser, c’est choisir  »

Karolyn Favreau

Publié le 27 novembre 2025 à 09:40

Karolyn Favreau

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Après plusieurs décennies de désindustrialisation, la France cherche à reconstruire son socle productif. Mais vouloir tout relocaliser, c’est se condamner à la dispersion. La vraie réindustrialisation ne repose pas sur la quantité de projets, mais sur la clarté des choix.

Par Karolyn Favreau, Partner OMS&Co en charge de la practice Industrie (*)

On ne réindustrialise pas un pays en multipliant les initiatives, mais en choisissant ses batailles et en assumant des renoncements. Avec lucidité, courage et discipline pour opérer des arbitrages et établir des priorités. Depuis vingt ans, la France s’est délestée d’une part croissante de son industrie comme d’un poids encombrant. Résultat : nous dépendons des autres pour ce qui nous nourrit, nous soigne, nous chauffe, nous protège, etc. Ce n’est pas qu’une question de balance commerciale, c’est un enjeu de souveraineté.

Sortir du mythe du “tout relocalisable”

Réindustrialiser, ce n’est pas repartir de zéro : c’est choisir où être indispensable dans la chaîne de valeur mondiale — et s’y tenir dans la durée. Pendant que l’Allemagne maintenait un socle industriel fort, la France a perdu 5 points de PIB manufacturier depuis 2000, tombant sous les 10 %. Malgré un léger sursaut depuis 2023, nous restons loin du compte, avec une balance à peine positive entre les usines qui ferment et celles qui ouvrent ou s’étendent. Cela avec un ralentissement notable de la dynamique qui se fait sentir depuis le début de l’année 2025. 

Au-delà de facteurs conjoncturels, tels que des impôts de production en constante évolution, notre vulnérabilité vient avant tout d’un mix productif trop dépendant d’intrants et de technologies étrangères. Autrement dit : nous avons délégué le contrôle de nos maillons essentiels à des tiers. Et il nous faut reprendre notre destin en main. En repensant notre stratégie et nos leviers d’action, d’une part, et en nous affranchissant de l’illusion selon laquelle nous pourrions être compétitif sur l’ensemble des segments industriels, d’autre part. 

Échapper à la dépendance 

Aujourd’hui, la bataille ne se joue plus entre « moins cher ailleurs » et « plus cher ici », mais entre coût apparent et coût réel. Un composant asiatique 20 % moins cher pourrait coûter bien plus le jour où la chaîne logistique s’interrompt et où la norme évolue. La dépendance devient ainsi un péril systémique auquel il faut échapper, au risque de la voir peu à peu se muer en facteur de vassalité économique. 

Refonder notre approche pour s’émanciper de cette logique nécessite d’abord de se poser les bonnes questions. Où sont nos forces et nos besoins les plus critiques ? Comment produire mieux avec moins ? Faut-il privilégier le volume ou la valeur ? Et surtout, quelles sont les filières où la France pourra être la plus performante ? Cet exercice d’autoréflexion collective est essentiel pour établir une feuille de route claire. Une feuille de route autour de laquelle pourra se construire une véritable coalition d’acteurs mobilisant les pouvoirs publics, les entreprises et les investisseurs. C’est à cette condition seulement que le poids du corps pourra être mis au bon endroit, en misant sur les filières d’excellence qui nous permettront de garder une longueur d’avance dans la compétition mondiale à long terme. 

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Privilégier des filières d’excellence 

Loin des discours déclinistes en circulation, la France, malgré certaines faiblesses, se distingue à l’échelle mondiale sur de nombreux segments de son économie. Il faut pleinement assumer cet état de fait et en tirer des conclusions quant à notre ambition de réindustrialisation : les filières d’excellence doivent systématiquement prévaloir dans nos efforts. Que ce soit l’énergie bas-carbone (et en premier lieu le nucléaire), la santé et les technologies du vivant, les mobilités et les infrastructures stratégiques du futur (batteries & stockage, réseaux électriques et power electronics, génie climatique, ferroviaire, spatial, semi-conducteurs de puissance, hydrogène, etc.), le luxe ou encore le numérique, nous avons beaucoup de cartes en main et des compétences exceptionnelles à mobiliser sur le territoire national. 

Choisir ces domaines, ce n’est pas restreindre notre ambition : c’est lui donner une cohérence. La réindustrialisation sera le fruit d’une volonté lucide, d’un effort concentré et d’une endurance collective pour reconstruire des stratégies d’approvisionnement et des chaînes de valeur souveraines et performantes. C’est à ce prix que la France redeviendra non pas un pays qui regrette son industrie, mais un pays qui continue à bâtir (et produire) au quotidien. 

_____

(*) Partner chez OMS & Co depuis six ans, Karolyn Favreau conseille les industriels français dans leurs trajectoires de relocalisation, de modernisation et de montée en gamme. Passée par McKinsey puis par l’entrepreneuriat, elle intervient auprès des filières clés de la réindustrialisation. Elle travaille au quotidien sur les enjeux de souveraineté, d’empreinte industrielle et d’innovation.

Karolyn Favreau

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