OPINION. La réindustrialisation ne viendra pas seulement d’en haut : elle doit partir des territoires
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"Certains territoires démontrent que le redressement industriel n'est pas une chimère"
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"Certains territoires démontrent que le redressement industriel n'est pas une chimère"
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Depuis plusieurs années, la France a renoué avec une ambition industrielle. Les annonces d’investissements se succèdent dans les batteries, l’hydrogène ou les semi-conducteurs, portées par des atouts réels : une électricité décarbonée, des infrastructures solides, des compétences reconnues et un État mobilisé pour l’industrie. Mais la première force de réindustrialisation de la France n’est pas son parc nucléaire, ni même ses fleurons. Sa première force industrielle est dans ses territoires et leurs forces vives qui souhaitent activement participer à l’aventure nationale de réindustrialisation.
Attirer des grands projets ne suffit pas à inverser durablement les trajectoires industrielles : une usine a besoin d’un territoire préparé pour l’accueillir et d’un écosystème qui lui permet de se développer. Alors que la réindustrialisation est au cœur de nos ambitions nationales de transition écologique et de souveraineté, la penser sans les territoires reviendrait à la priver de son socle et de l’expérience de celles et ceux qui préparent concrètement le retour de la production.
Certains territoires démontrent que le redressement industriel n’est pas une chimère. Leurs trajectoires de rebond reposent sur une dynamique locale, une coalition d’acteurs, des objectifs partagés, des investissements sur le temps long et un réalisme sur les conditions concrètes favorables à la production. La réindustrialisation réussit lorsqu’elle cesse d’être une politique hors-sol pour s’ancrer dans des stratégies de territoire, lorsqu’elle est capable de transformer les promesses d’investissement en activités industrielles réelles qui diffusent sur tout un écosystème territorial.
Or, notre politique industrielle n’a pas assez capitalisé sur cette réalité et ce constat. France 2030 constitue certes une rupture en réhabilitant l’État stratège et en finançant des filières d’avenir. Mais nous nous obstinons à organiser l’industrie par le haut, autour de grands projets. La logique des appels à projets lancés de Paris renforce les territoires déjà les mieux dotés et concentre les moyens là où se trouvent déjà les sièges sociaux, les laboratoires et l’ingénierie.
Seul 1% des montants de France 2030 ont été régionalisés (1) alors que nous savons que les deux tiers de notre potentiel de réindustrialisation se trouve dans les territoires, dans la modernisation, le développement des PMI et des ETI qu’ils accueillent. Une industrie forte ne se mesure pas seulement aux annonces d’implantation : notre outil productif doit d’abord s’ancrer durablement dans les territoires où se construisent ses conditions de compétitivité.
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Territoires d’industrie, lancé en 2018, constitue une avancée utile. Le programme a remis l’industrie à l’agenda des bassins productifs et permis de structurer des coalitions locales. Le fonds d’accélération des investissements industriels dans les territoires de France Relance (2020-2022) a donné une première traduction financière à cette ambition, avec près de 950 millions d’euros mobilisés par l’État et les Régions. Hélas, cet effort est resté ponctuel et insuffisant pour en faire un véritable levier de transformation. En 2023, l’État s’engageait à le doter de 100 millions d’euros par an. En 2025, seuls 37 lui furent alloués. En 2026, il n’a même plus de ligne budgétaire propre.
Son évaluation par la Cour des comptes offre un retour ambivalent : alors que l’emploi industriel a progressé en moyenne de 0,4 % par an en France entre 2018 et 2022, il n’a augmenté que de 0,1 % par an dans les territoires labellisés, contre 0,8 % dans les autres territoires. A contrario, les entreprises dans les Territoires d’industrie ont enregistré une augmentation de 81 % de leur résultat moyen entre 2018 et 2022, tandis que les entreprises situées hors Territoires d’industrie ont vu leur résultat moyen en très faible progression. Cette politique aurait ainsi eu des résultats de productivité et les moyens affectés n’ont pas suffi pour recréer des emplois industriels.
Il faut donc changer d’échelle : les plans industriels doivent dorénavant partir d’abord des bassins productifs, de leurs savoir-faire et de leurs atouts. Les stratégies de territoires doivent permettre de développer un tissu de PMI et d’ETI focalisée sur des marchés de niches où elles peuvent exporter et exceller, comme le font leurs sœurs italiennes. Nous devons retrouver un État entrepreneur capable d’accompagner, dans nos territoires, les projets de redynamisation industrielle que portent les collectivités en leur apportant des outils et les expertises qui manquent aux petites intercommunalités.
Pour financer cette montée en puissance, nous proposons un fonds d’accélération de la réindustrialisation des territoires, doté d’un milliard d’euros par an, financé à parité par l’État, les fonds européens et les Régions, pour donner aux collectivités les moyens d’investir dans les conditions concrètes du retour de l’industrie : projets industriels mais aussi foncier, réseaux, compétences et infrastructures.
La réindustrialisation ne se décrète pas depuis un bureau à Bercy, ni même d’une capitale régionale. Elle se gagnera par notre capacité à transformer les territoires meurtris par la désindustrialisation en nouveaux lieux de production, les annonces en véritables usines. C’est pourquoi nous appelons les maires, présidents d’intercommunalité, élus locaux et nationaux et acteurs de l'industrie à se mobiliser. La reconstruction industrielle n’est pas l’affaire de l’État, des grands groupes ou des start-ups : elle se jouera aussi dans la capacité des territoires à s’organiser, à soutenir leurs « pépites » et à porter leurs stratégies propres pour devenir des lieux de production, fiers de l’être.
[1] La « régionalisation » désigne ici les crédits passant par une contractualisation entre l’Etat et les régions, qui participent à leur programmation et à la sélection des projets soutenus.
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Signataires :
À lire également
Patrice Vergriete, ancien ministre, maire de Dunkerque et président de la communauté urbaine de Dunkerque
Jean-Paul Vermot, maire de Morlaix et président de Morlaix Communauté
Justine Guyot, maire de Decize et vice-présidente du département de la Nièvre
Marie-Laure Collet, présidente du conseil d’administration de l’association pour l’emploi des cadres (APEC)
Olivier Lluansi, Professeur au CNAM
Natacha Polony, Directrice de la revue l'Audace
Louis-Samuel Pilcer, fondateur du collectif Territoires de la réindustrialisation
Nicolas Ravailhe, avocat et spécialiste des affaires européennes
Raphael Schmidt, président de Valtius Finance
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