OPINION. « Nos infrastructures méritent mieux que des arbitrages de court terme »

Olga Givernet
DR

Olga Givernet
DR
Par Olga Givernet, députée de l’Ain, ancienne ministre déléguée chargée de l’Energie
Les événements météorologiques extrêmes mettent à l'épreuve des infrastructures vieillissantes. Ce constat ne doit pas être interprété comme le signe d'un échec. Il nous rappelle simplement que les ouvrages construits au siècle dernier doivent désormais être adaptés à une réalité nouvelle.
La France peut s'appuyer sur un patrimoine exceptionnel, sur la capacité de ces infrastructures à relier les territoires, à soutenir l'activité économique et à garantir la continuité des services essentiels. Cet héritage est le fruit d'une vision de long terme portée par plusieurs générations d'investisseurs publics. Il constitue encore aujourd'hui l'un des principaux atouts de notre pays.
Pourtant, cet héritage se fragilise. Non parce qu'il aurait perdu son utilité, mais parce que son entretien ne fait plus l'objet d'un effort constant. En France, environ 1 litre d'eau potable sur 5 est perdu dans les réseaux de distribution avant d'arriver au robinet, qui en période de sécheresse, pourrait nous consterner. Les programmes de réparation sont souvent reportés, faute de financements pérennes et de visibilité à long terme. Cette gestion dans l'urgence finit par produire les effets que chacun constate. La qualité des services se dégrade progressivement alors même que les besoins des citoyens et des entreprises ne cessent de croître. Une infrastructure ne devient pas obsolète du jour au lendemain. Elle s'use lentement lorsque l'entretien cesse d'être une priorité.
Cette évolution alimente une « dette grise », celle des travaux d'entretien reportés, dont les conséquences restent largement sous-estimées aujourd’hui. Elle n'apparaît dans aucun document budgétaire, mais elle s'accumule année après année. Chaque intervention reportée renchérit le coût de la suivante. Chaque arbitrage de court terme réduit un peu plus la durée de vie du patrimoine. Ce qui est présenté comme une économie immédiate prépare en réalité une dépense beaucoup plus importante. Les économies d'aujourd'hui deviennent les dépenses de demain. Elles sont simplement reportées sur les générations qui devront réparer ce que nous n'aurons pas entretenu.
Dans le même temps, les nouveaux projets continuent de bénéficier d'une visibilité politique plus forte. Ils incarnent une ambition et répondent à une logique de communication compréhensible. Mais une politique publique ne peut se limiter à inaugurer de nouveaux équipements si, dans le même temps, elle laisse se dégrader ceux qui assurent déjà notre quotidien. Préserver un patrimoine existant est souvent moins spectaculaire que construire, mais c'est pourtant le premier devoir d'une puissance publique responsable.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

La préparation de la loi de finances pour 2027 offre l'occasion de changer de cap. Les investissements consacrés à l'entretien et à la régénération de nos infrastructures doivent être sanctuarisés. Ils doivent être inscrits dans des plans pluriannuels, afin de donner enfin aux gestionnaires la visibilité nécessaire pour planifier les travaux. L'État et les collectivités territoriales ont, sur ce sujet, une responsabilité commune.
Nous avons reçu en héritage un patrimoine qui fait la fierté de la France. Notre responsabilité est de le transmettre à notre tour dans un état compatible avec les défis du XXIᵉ siècle. Trop de temps a déjà été perdu. Il est désormais urgent de faire de l'entretien de nos infrastructures un véritable choix politique.
________
(*) Olga Givernet a été nommée ministre déléguée chargée de l'Énergie en septembre 2024 dans le gouvernement de Michel Barnier. Élue députée de la troisième circonscription de l'Ain en 2017, elle a été réélue en 2022 et 2024. Elle a également exercé des responsabilités locales, d'abord en tant que conseillère municipale à Saint-Genis-Pouilly dès 2014, puis conseillère régionale d'Auvergne-Rhône-Alpes en 2015. Elle s'est particulièrement engagée sur les enjeux de sobriété énergétique et de transformation du secteur de l'énergie pour faire de la France une grande nation énergétique. Olga Givernet a travaillé plus de dix ans dans le secteur privé en tant qu'ingénieure dans l'aéronautique. Elle est diplômée Ingénieure de Polytech Sorbonne et détient un Executive Master en Technologie, Innovation et Management de l'École Polytechnique.