OPINION. « La guerre en Iran nous fait parler d’énergies fossiles sans même mentionner le climat »
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Bertrand Piccard et Monica Frassoni
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Bertrand Piccard et Monica Frassoni
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Par Bertrand Piccard, président de la Fondation Solar Impulse, conseiller spécial du EU commissaire à l'énergie Dan Joergensen et Monica Frassoni, présidente, European Alliance to Save Energy (*)
Le vrai sujet est de réduire une demande inutilement élevée, nourrie par une économie encore largement fondée sur le gaspillage. L’Europe a besoin d’énergie, bien sûr, mais remplir une baignoire qui fuit n’a jamais été une stratégie intelligente.
Chaque année, des centaines de milliards d’euros quittent le continent pour acheter pétrole, gaz et combustibles fossiles qui finissent en fumée et en pollution. Ils ne font que compenser des pertes évitables chez nous. Autant d’argent qui n’irrigue ni nos usines, ni notre innovation, ni le pouvoir d’achat des ménages. Alors que les mêmes sommes investies en solutions efficientes et en production locale de renouvelables engendreraient des infrastructures capables d’économiser l’énergie et de produire de l’électricité meilleur marché pendant des décennies.
La vraie frontière énergétique de l’Europe n’est pas dans les détroits lointains ou au bout des pipelines. Elle est dans nos bâtiments mal isolés, nos moteurs thermiques dépassés, nos réseaux rigides, nos pics de consommation mal gérés, la chaleur perdue de nos usines. Elle est aussi dans les factures trop lourdes que des millions de ménages peinent à payer.
Il faut donc inverser la logique : moins courir après l’offre, davantage maîtriser la demande. Mais l’enjeu dépasse l’énergie.
Ce dont nous avons besoin ici, c’est en réalité d'un principe beaucoup plus large : faire mieux avec moins.
L’efficience énergétique en est la première brique. Elle préfigure un modèle économique nouveau, fondé sur l’optimisation des ressources et la création de valeur plutôt que sur l’accumulation de volumes. Pour le climat comme pour la souveraineté, pour la compétitivité comme pour la qualité de vie, le véritable enjeu n’est plus de produire toujours plus. Mais de produire mieux. Une façon de faire tirer à la même corde les écologistes et les industriels, les partis de gauche et de droite !
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L’efficience peut - et doit - devenir le socle d’un nouveau logiciel : une économie qualitative dans laquelle on achète un peu plus cher des produits qui durent plus longtemps – et où finalement on en achète moins. Une économie où la performance se mesure à la valeur créée, non aux quantités produites. Où la marge bénéficiaire compte davantage que chiffre d’affaire. Où l’on produit mieux plutôt que toujours plus.
Une précision s’impose : l’efficience n’est pas la sobriété punitive. Ce ne consiste pas à se priver, même si interroger nos usages est aussi souhaitable que salutaire. L'efficience, c'est d'abord éliminer le gaspillage sans attendre que chacun change de mode de vie. C’est produire mieux avec moins, en mobilisant pleinement la digitalisation et l’électrification.
Ce sont des pompes à chaleur performantes, des moteurs électriques, des logiciels d’optimisation, du stockage d’énergie, de la récupération de chaleur, des bâtiments intelligents, des matériaux performants, des réseaux pilotés en temps réel. En somme, l’intelligence appliquée à l’énergie.
L’Europe n’est pas démunie: elle est déjà un leader mondial des technologies d’efficience énergétique, un secteur qui génère 150 milliards d'euros de chiffre d'affaires annuel et soutient 1,2 million d'emplois locaux à travers le continent. La situation actuelle doit être un point de bascule pour faire émerger de véritables champions européens dans ce domaine.
Tant que chauffage, mobilité et industrie restent dépendants des combustibles fossiles, l’Europe restera vulnérable. A l’inverse, l’efficience, couplée à l’électrification et au déploiement des renouvelables, permettra à l’Europe de faire circuler des électrons produits chez elle, plutôt que de brûler des molécules venues de l’autre bout du monde : un levier direct de souveraineté.
Chaque chaudière inefficiente remplacée, chaque bâtiment rénové, chaque usine modernisée, chaque véhicule électrifié est ainsi une micro-victoire stratégique. Additionnées, ces micro-victoires peuvent devenir une force continentale.
Une crise est paralysante lorsque nous la subissons, mais elle devient une aventure lorsque nous décidons de l’utiliser pour évoluer, d’en comprendre les mécanismes et d’y répondre avec audace. Et si, plutôt qu’une menace, la situation actuelle était une opportunité historique de rompre avec nos dépendances, restaurer notre souveraineté et réinventer notre compétitivité - pour basculer vers un nouveau paradigme?
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(*) Monica Frassoni est une femme politique et militante écologiste italienne. Elle a été députée au Parlement européen de 1999 à 2009 et coprésidente du groupe des Verts au Parlement européen de 2002 à 2009. Jusqu’en novembre 2019, elle a également occupé le poste de coprésidente du Parti vert européen. Depuis 2011, Mme Frassoni est présidente de l’Alliance européenne pour la sauvegarde de l’énergie (EU-ASE), une association multipartite qui promeut l’efficacité énergétique à travers l’ Europe. Depuis 2013, elle est présidente du Centre européen d’assistance électorale (ECES), une foundation à but non lucratif qui met en œuvre des projets d’assistance électorale dans les pays partenaires de l’UE. Monica est member du conseil d’administration de Friends of Europe. Président de la Fondation Solar Impulse, Bertrand Piccard promeut « une croissance qualitative » en démontrant le potentiel économique des technologies propres. Dénonçant l'absurdité des systèmes polluants et inefficients encore trop souvent utilisés aujourd'hui, il plaide pour la modernisation du cadre légal afin de faciliter l'accès au marché de solutions efficientes. Pour soutenir sa démarche, il s’efforce de rassembler les forces en présence, sensibiliser le public et accompagner les décideurs politiques et économiques dans leur transition écologique. Sa voix est entendue au sein des plus grandes institutions, telles que les Nations Unies, la Commission européenne, le Forum économique mondial et son engagement lui a valu plusieurs nominations, telles que Champion de la Terre, et ancien Goodwill Ambassador des Nations Unies.
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