OPINION. « Le CIO, membre à part entière du comex, sinon rien ! »

Sébastien Charreire
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Par Sébastien Charreire, associé Tech, data et IA advisory, Sia.
Plusieurs grandes entreprises ont désormais un Chief Information Officer (CIO), Chief Digital Officer (CDO) ou Chief Technological Officer (CTO) qui siège à leur COMEX. Airbus (aéronautique), Sanofi (pharma), Renault (automobile) ou encore Club Med (tourisme haut de gamme) sont dans ce cas. Une nouveauté qui en dit long sur son importance stratégique pris au sein des directions générales des grands groupes... Si on regarde dans le rétroviseur, le CIO était en effet historiquement souvent quelqu’un issu de la technique, expert des infrastructures informatiques et des systèmes d’information. Sa triple mission était claire : assurer la disponibilité des outils, maintenir les serveurs et garantir que les technologies supportent le fonctionnement de l’entreprise.
Contraint aujourd’hui de gérer la complexité grandissante des organisations - digitalisation massive, Cloud, Cybersécurité, Data, IA... tout en garantissant le bon fonctionnement du système d’information (SI) au quotidien -, le rôle du CIO a considérablement évolué ces dernières années. Et pour cause! Si le SI tousse, c’est toute l’entreprise qui peut vaciller avec des impacts - financiers, clients, image – significatifs qui peuvent conduire certaines ETI ou PME à mettre la clé sous la porte. Octave, éditeur d’ERP pour le Retail, a été ainsi contraint à la liquidation judiciaire en mars 2025 suite à une attaque par ransomware neuf mois plus tôt. De son côté, GiFi a lancé en début d’année une restructuration sévère (nouvelle gouvernance, plan social, fermeture de magasins...) en raison de l'échec de la mise en production d’un nouvel ERP (projet « Millenium ») mi-2023.
Pour réussir dans son nouveau rôle stratégique, le CIO doit développer de nouvelles compétences indispensables à l’exercice de sa fonction. Ainsi, le CIO aujourd’hui doit avoir une qualité de...
Les CIO d’hier n’ont plus le choix que de monter en compétences s’ils veulent rester à leur poste. Aujourd’hui, le numérique est partout et constitue un levier majeur de compétitivité de l’entreprise, au point que la digitalisation touche plus de 80% des processus de l’entreprise. Désormais, 70% des projets d’entreprise comportent une dimension IT. Et on est loin d’être arrivé au bout du processus avec le tsunami de l’IA générative qui, depuis trois ans, déferle dans les écosystèmes des entreprises, administrations et acteurs du numérique, sans compter la récente apparition des systèmes agentiques. Résultat, le CIO va devenir de plus en plus central pour faire évoluer son SI dans différentes dimensions d’architecture, applicatives, infrastructures, data…
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Reste que digitalisation et montée en puissance de l’IA se sont très souvent faits ces dernières années avec des poids lourds numériques américains. La mise en place de l’administration Trump début 2025 a ébranlé l’ordre établi... et remis au goût du jour les sujets de souveraineté. Le CIO doit donc également aujourd’hui se requestionner sur la maîtrise de ses dépendances, tant hardware que software, statuer sur les dépendances assumées et choisir des alternatives à co-construire avec un large écosystème numérique, en France et en Europe.
Et là encore, on n’en est qu’au début de l’aventure tant les technologies d’IA vont transformer les usages, les modes de travail, les processus métier, les compétences, la culture de l’entreprise… et au-delà, le business model même des entreprises. Dans ce cadre, le CIO doit réaliser un véritable exploit : transformer la DSI de l’intérieur tout en permettant en même temps à toute l’entreprise de se transformer. Pour y parvenir, le CIO doit définir un cap, faire courir ses équipes à grandes enjambées, les rendre suffisamment agiles pour qu’elles soient en mesure de faire des pas de côté réguliers, parfois revenir rapidement en arrière (« fail fast »), freiner pour repartir plus vite. Et tenir cette course dans la durée.
Le CIO doit également dégager des marges de manœuvre pour booster les activités de veille et d’innovation, anticiper les tendances de marché et les disruptions. Il doit pouvoir trancher sur des questions cruciales autour du « Make or Buy » (je fais versus j’achète), mettre en place des partenariats technologiques, et faire évoluer le SI dans une logique « plug, play, unplug ». L’accompagnement des métiers dans leur transformation IA sera donc clé (acculturation, re-engineering de processus via l’agentique, monitoring de l’adoption / des usages, mise en place d’une gouvernance IA éthique, sociale, responsable…) et mettra encore un peu plus en tension le CIO à la manœuvre. Un CIO averti en vaut deux, non ? Il n’y a plus qu’à...
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(*) Sébastien Charreire, Senior Partner en charge des équipes CIO, Data & IA Advisory au sein de Sia Partners, Membre du COMEX25 ans d'expérience dans le conseil en stratégie et management Digital, IT, Data et IADes expériences sur les secteurs Energy & Utilities, Industrie, Transport, Banque, Assurance et secteur public