OPINION. « Europe, l’état d’urgence ETI »
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Philippe d’Ornano et Frédéric Coirier et Virginie Calmels
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Philippe d’Ornano et Frédéric Coirier et Virginie Calmels
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Par Philippe d’Ornano et Frédéric Coirier, Co-présidents du METI et Virginie Calmels Présidente de CroissancePlus.
Nous y produisons, nous y investissons, nous y embauchons. Nous y construisons, souvent depuis des générations, des entreprises fières de leur savoir-faire, qui ont l’appétit du monde. C’est notre camp de base pour gravir les sommets dans une compétition mondiale redoutable.
Et c’est précisément pour cela que nous refusons son déclassement. Le décrochage est patent — industriel, technologique, énergétique.
La part de la zone euro dans le commerce mondial est passée de 23,3 % en 2019 à 20 % en 2025. Entre 2021 et 2025, 44 % des investissements industriels européens ont été réalisés hors de l’Union, contre 22 % pour la Chine et 18 % pour les États-Unis.
Le monde s’organise, sans nous attendre. Rouleau compresseur productif et commercial chinois. Excellence technologique américaine. Un étau qui se resserre chaque jour un peu plus.
Les vulnérabilités s’installent, les dépendances s’accumulent, les chocs géopolitiques s’accélèrent. La mise hors-jeu de l’Europe doit être enrayée. Elle le sera si l’Europe prend conscience de la puissance de son Mittelstand, un tissu stratégique.
Des millions d’entreprises, PME et ETI, qui structurent la base productive du continent, l’armature économique et sociale de nos territoires, portent une vision de long terme indispensable. Un levier direct de souveraineté.
Alors une question s’impose : comment avons-nous pu passer si longtemps à côté ? Comment ces entreprises — moteurs de croissance, fers de lance de l’internationalisation — ont-elles pu rester hors du radar des politiques publiques européennes ?
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Il a fallu les crises, les chocs, l’accumulation des signaux faibles devenus forts pour que l’évidence s’impose. Oui, les temps changent. Les “Mid-Caps” sont désormais à l’agenda de la Commission. Un Omnibus doit cette année formaliser une catégorie de “Small Mid-Caps”, près de quinze ans après la création des ETI en France. Les premiers omnibus de simplification ont enclenché un mouvement, en sortant la quasi-totalité des ETI du périmètre de plusieurs textes parmi les plus lourds, comme la CSRD ou la CS3D. C’est un signal.
Mais ce signal, en faveur de la liberté et de la compétitivité, reste insuffisant. Sur le terrain, pour les ETI, la complexité demeure, les normes continuent de s’empiler, de nouveaux textes arrivent déjà. Le temps administratif n’a rien à voir avec la cadence folle des rythmes économiques. Il faut changer d’échelle.
Nous appelons à décréter un état d’urgence ETI, à Paris comme à Bruxelles. Parce que l’urgence est partout : décrochage compétitif, fragilisation industrielle, retard technologique, dépendances critiques. Parce que nous n’avons plus le luxe de la demi-mesure.
Nos priorités sont connues. Elles sont vitales. Restaurer d’abord la compétitivité, en agissant massivement sur les coûts et en particulier sur la fiscalité de production - de 40Mds € plus élevée en France qu’ailleurs en Europe - et sur coût du travail qualifié, qui est presque au double de celui pratiqué par nos voisins. Avec cet effort, nous pourrons investir dans l’innovation et la transformation digitale ou écologique mais aussi libérer les salaires et les embauches. La France doit cesser de décrocher et aligner son écosystème sur la moyenne européenne : le différentiel actuel n’est plus soutenable.
Faire ensuite de la simplification une règle d’or. Dresser un bouclier pour protéger nos entreprises de l’avalanche de normes nouvelles, souvent venues d’Europe, ou transposées en France avec une surenchère. Et alléger l’existant, notamment pour accélérer les nouveaux projets industriels. La confiance plutôt que la défiance, le contrat plutôt que la contrainte. Avec un rêve, que ni les Chinois ni les Américains ne s’interdisent : faire que la norme protège et valorise d’abord nos entreprises. La préférence européenne relève de cette logique.
Garantir une énergie compétitive et souveraine, disponible, décarbonée, pilotable. L’énergie est la sève de toute notre économie. Cela suppose une réforme d’ampleur du marché de l’énergie et un soutien au nucléaire à la hauteur de celui des renouvelables. Sans énergie compétitive, il n’y aura pas d’industrie en Europe.
Accélérer enfin sur l’innovation et l’IA, en encourageant la prise de risque tout en protégeant la propriété intellectuelle et industrielle. Assumer une politique de souveraineté sur les données, les acteurs stratégiques et les approvisionnements critiques. Là encore, le salut ne vient pas seulement de nos champions mondiaux ou de nos jeunes pousses prometteuses, mais, bien souvent, des entreprises du « Mittelstand » européen qui jouent un rôle névralgique dans les chaînes de valeurs. Moins de naïveté, plus de lucidité.
C’est à ce prix que l’Europe redeviendra une puissance — industrielle, technologique, énergétique et stratégique. Et c’est avec ses ETI qu’elle y parviendra.
Nous porterons ce message lors du European ETI Summit organisé le 2 avril à la Sorbonne.
Avec une conviction simple : face à l’urgence, il faut miser sur les ETI.
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