OPINION. « Présidentielle 2027 - dette publique : faut-il changer de paradigme ? »

Gabriel Gaspard
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Par Gabriel Gaspard, Chef d’entreprise à la retraite, spécialiste en économie financière
Pour la presse économique c'est le début de l'appauvrissement français, le piège de la dette se referme sur la France, la France décroche par rapport à ses voisins, la dette de la France s'envole au-delà de 3 500 Md€. La thématique de la réduction de la dette publique a pris dans le débat public français une ampleur considérable. Il n’est plus interdit de penser qu’il s’agira de l’un des grands thèmes de la campagne pour l’élection présidentielle de 2027.
Depuis 1973, plusieurs Présidents et Premiers ministres français ont publiquement alerté sur le poids de la dette et appelé à réduire les déficits et les dépenses : Valéry Giscard d’Estaing, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, François Hollande, Emmanuel Macron ; parmi les Premiers ministres, François Fillon, François Bayrou etc. :
Valéry Giscard d'Estaing, 12 septembre 1974 : "nous sommes entrés dans un monde aux ressources plus rares, ou il faut réapprendre à compter. La rentabilité de nos dépenses, le meilleur emploi de nos ressources, le choix raisonné de nos investissements, constituent les conditions de la poursuite de notre progrès".
Jacques Chirac, 5 octobre 1995 :"les déficits, l'endettement public constituent un fardeau insupportable pour notre société, pour notre économie, et surtout pour les plus faibles".
François Fillon en 2007 : "Je suis à la tête d’un État en situation de faillite"
François Hollande, 31 décembre 2012 : "je veux désendetter la France".
Emmanuel Macron, 2 février 2027 réaffirme son objectif de rester "dans l’épure des 3% de déficit ".
François Bayrou, 25 août 2025 : "au bord du surendettement" il faut "sortir du piège mortel du déficit et de la dette".
En 1973 est votée la loi "Pompidou-Giscard". Elle précise que le Trésor ne peut s'endetter que de manière limitée auprès de la Banque de France : "on a eu une loi stupéfiante [...]. On a obligé l'État à aller se financer sur le marché financier privé à 4% ou 5%, et..." Michel Rocard (Premier ministre de 1993 à 1994)
L’endettement massif de la France trouve ses racines dès 1974, avec l’arrivée au pouvoir de Valéry Giscard d’Estaing et son soutien à Helmut Schmidt pour promouvoir une politique de l’offre dans le cadre de l’intégration politique et monétaire européenne. L'ancien chancelier allemand résumait cette politique : "les profits d'aujourd'hui sont les investissements de demain et les emplois d'après-demain". La dette de la France depuis 1975 est passée de ~35 Md€ (15% du PIB) à 3 460 Md€ en 2025 (115,6% du PIB). Cette multiplication par ~670 reflète 50 ans de déficits ininterrompus.
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L'ancien Premier ministre Michel Rocard avait-il raison comme le rappelle M. Thierry Foucaud ? "La dette est une construction artificielle créée par les banques avec le consentement des États pour dépouiller les peuples et en faire des esclaves à leur solde " (Mouvements divers à droite) (Comptes rendus analytiques officiels du 7 juillet 2016). Cette tribune examinera des solutions alternatives. Elle montrera aussi que, souvent, le débat est politisé et sert de non sujet face aux urgences des Français.
La Cour des comptes note un reflux du déficit en 2025 mais il reste élevé à 152,5 Md€ (5,1% du PIB). La charge d’intérêts pèse lourd autour de 65–66 Md€ en 2025. Pour ramener le déficit sous les 3% du PIB, la Cour estime qu’il faut un effort massif soit environ 80 Md€ à 89,6 Md€ d’ajustement. La dette publique continue de croître et atteint un niveau historique de ≈3 460–3 465 Md€ (≈116% du PIB). La Cour des comptes alerte sur la soutenabilité de la dette publique. ... Elle préconise des économies durables sur la dépense plutôt que de nouvelles hausses d’impôts seules. La question qu'il faut poser : n'y a-t-il pas une autre solution que de réduire les dépenses ou d'augmenter les impôts ?
Pour 2026, le Gouvernement vise un déficit public de 5,0% du PIB. Une telle réduction conduirait, quoi qu’il en soit, à une nouvelle hausse du ratio de dette publique à 118,6 points. Les dépenses d’intérêt pourraient s’élever à plus de 100 Md€ en 2029. Cela contraindra de manière croissante le reste de la dépense publique et réduira les marges de manœuvre pour financer les priorités nationales.
En partant de l’analyse de la Cour, la charge d’intérêts serait d’environ 85–90 Md€ en 2027, 95–100 Md€ en 2028 et >100 Md€ en 2029. Sur quatre ans, la charge cumulée d’intérêts atteindrait près de 360 Md€ dans le scénario le plus favorable. Pour réduire durablement le déficit, il faudrait un ajustement structurel d’environ 90 Md€ : coupes structurelles, révision des dépenses sociales ou de fonctionnement, et/ou hausses de recettes durables. L’État doit emprunter 310 Md€ nets en 2026 (programme AFT). Pour 2027–2029, les besoins nets plausibles sont ≈300–360 Md€/an, soit ~1 350 Md€ au total entre 2026 et 2029. La France rembourse ses dettes en réempruntant et en finançant le déficit courant. Elle ne peut pas accroître indéfiniment son endettement : la confiance des créanciers et la soutenabilité budgétaire finiront par contraindre les capacités d’emprunt. Le choix politique et budgétaire retenu reste la question centrale.
D'après la Banque de France fin 2025 : la détention étrangère de la dette à long terme des administrations publiques s’élevait à 55%, les banques et les assurance résidentes participent chacune à une part de 8%. En 2025, la détention non‑résidente de la dette publique est passée de 52,8% à 54,6% (+1,8 point). Sur un encours total d’environ 5 596 Md€, cette hausse représente ≈ 100,7 Md€ supplémentaires détenus par des non‑résidents. Le chiffre des achats nets de l'endettement américain par la France en 2025 s'élevait à 30,24 Md€. En même temps, en 2025, l’INSEE et les statistiques publiques indiquent que les ménages français ont épargné environ 353 Md€ sur l’année (épargne brute) après 343,4 Md€ en 2024 et que leur patrimoine financier total atteint un niveau record d’environ 6 590 Md€.
En résumé : l’État doit emprunter entre 300 et 360 Md€ par an. La charge d’intérêts cumulée sur quatre ans atteindrait ≈ 360 Md€. La capacité d’épargne brute annuelle des ménages est d’environ 340–360 Md€. Autrement dit, l’épargne annuelle des Français, prise comme ordre de grandeur, est de la même ampleur que la charge d’intérêts sur quatre ans. Sur quatre ans, le surplus de l’épargne des ménages pourrait théoriquement couvrir une part très importante des besoins de financement de l’État (estimés à ≈ 1 350 Md€ pour 2026–2029).
Il est choquant que l’État soit contraint de payer des intérêts aux banques et à des investisseurs étrangers, alors qu’une grande portion de l’épargne française est investie en obligations américaines et soumise au risque de change.
Notre démarche est pleinement conforme au droit français et au Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne : financer l’économie française sans recourir à l’endettement extérieur via les marchés financiers, en mobilisant l’épargne des Français (livrets réglementés, bons du Trésor) pour investir et créer de la croissance, et en s’appuyant sur un réseau de caisses de crédit publiques qui pourraient, si nécessaire, emprunter directement auprès de la BCE.
Le programme de financement 2026 prévoit des émissions nettes à moyen et long terme de 310 Md€. La capacité d’épargne brute annuelle des Français (estimée à 340–360 Md€) permettrait d'émettre des bons du Trésor à intérêts annuels - BTAN ou, pour simplifier, des OAT à 2 ou 5 ans. Ils seraient réservés aux particuliers et centralisés via un nouvel établissement de crédit public chargé d’affecter ces ressources au remboursement des charges de la dette. Les revenus seraient garantis par l’État et exonérés de l’impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux. Les taux offerts devront rester attractifs, supérieurs à celui du Livret A et inférieur au TEC 10. L’État réaliserait une économie entre l’indice TEC 10 (≈ 3,65% au 01 juillet 2026) et le taux des nouveaux bons du Trésor. Elle compenserait l’exonération fiscale et permettrait, sur quatre ans, de réduire l’endettement à hauteur d’environ 360 Md€.
À garder dans les aides publiques aux entreprises les subventions pour la recherche et le développent, pour l'investissement immatériel en capital (c'est-à-dire la propriété intellectuelle, la R&D, les logiciels, la technologie, le capital humain...), pour un budget total dépassant les 3% du PIB et allant jusqu'à 4,5% à 5%. Les subventions doivent être en proportion du chiffre d'affaires réalisé en France par des sociétés ayant leurs sièges sociaux en France. Toutes les sociétés ayant recours aux aides publiques doivent obligatoirement respecter la "règle des trois tiers" après acquittement des impôts : un tiers pour les actionnaires, un tiers pour le réinvestissement et un tiers en prime pour les salariés ou dans un cadre d'un plan d'épargne salariale.
Avec 82,52 Md€ en 2008, 156,88 Md€ versés en 2019, et 270 Md€ d'après Matthieu Aron et Caroline Michel-Aguirre – Le Grand Détournement, les subventions aux entreprises sont devenues le premier poste de dépenses de l'État français. Les aides publiques aux entreprises sont en principe interdites (sauf cas particuliers) par le droit européen car elles "faussent ou menacent de fausser la concurrence en favorisant certaines entreprises ou certaines productions » (article 107 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne).
Malgré toutes les aides, la productivité s’effondre : fin 2025, l’industrie ne représentait plus que 10,2% du PIB selon l’Insee. D’après la Cour des comptes, il faudrait réduire les dépenses d’environ 85 Md€ pour stabiliser durablement les comptes publics et ramener le déficit sous les 3% d’ici 2029. Le poste le plus opportun pour réaliser cet effort est celui des aides aux entreprises peu productives ou cotées en Bourse. Plutôt que de maintenir des subventions inefficaces, il conviendrait de privilégier un financement ciblé des entreprises depuis l’amorçage jusqu’à la stabilisation - par des crédits ou prêts participatifs convertibles en fonds propres à taux zéro, gérés via un réseau de caisses de crédit publiques.
La valeur de l’euro, fixée au 1er janvier 1999 sur un panier pondéré, ne reflète plus les réalités économiques actuelles : poids relatifs des États modifiés, taux de change et dollar instables, croissance française ralentie, etc. Pour réarmer l’investissement local, il faut lancer une monnaie commerciale tokenisée, régionale et adossée à l’euro, émise par les établissements de crédit régionale et alimentée par des livrets réglementés ouverts aux ménages. Utilisable pour les transactions et les préventes, ce token faciliterait les levées de fonds et la capitalisation des PME et ETI sans les contraintes boursières et étatiques ou européennes, tout en liant directement financement, production et emplois sur les territoires.
En 2025, le taux d’épargne des ménages a atteint 17,5% de leur revenu disponible brut et le flux d’épargne reste dynamique. L’épargne immédiatement disponible hors livrets réglementés (dépôts à vue, livrets ordinaires et dépôts à court terme) s’élevait à ≈ 847 Md€ fin 2025, ≈ 763 Md€ sont considérés comme inemployés. En mobilisant prudemment 10% de cette somme dormante, l’État pourrait dégager 75 Md€ par an.
Pour canaliser ces ressources, l’État créerait des livrets réglementés spécialisés, gérés par des établissements de crédit publics et paritaires, ciblant des missions d’intérêt général (climat, santé, sécurité, etc.). Chaque épargnant choisirait la destination de son versement. Ces livrets seraient plafonnés, garantis par l’État, rémunérés et conçus pour les consommateurs avec flexibilité, frais de gestion nuls, absence de frais de transfert, avantages fiscaux et stabilité contractuelle.
Sur l’impact macroéconomique, en prenant l’exemple d’un investissement annuel de 75 Md€ et un multiplicateur budgétaire de 1% sur un an (hypothèse OFCE), le PIB pourrait être dynamisé d’environ 75 Md€ la première année. Avec une pression fiscale moyenne de 43,6%, la recette fiscale additionnelle serait alors d’environ 32,7 Md€, équivalente à l’effort estimé de 35 Md€ nécessaire pour atteindre un déficit prévu de 4,1% en 2027.
L’endettement public continuera‑t‑il d’être abordé de façon superficielle durant la campagne de 2027 et par le prochain président ?