OPINION. « COP30 : Alors que la venue de Godot est toujours plus hypothétique, l’UE se doit d’adapter sa doctrine »
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Eric Muraille Philippe Naccache Julien Pillot
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Par Eric Muraille, Philippe Naccache et Julien Pillot (Inseec Grande Ecole, Groupe Omnes Education)
Alors que la COP 30 se termine, son bilan est amer pour ceux qui œuvrent dans le cadre d’un multilatéralisme climatique à faire respecter les accords de Paris. La ministre Monique Barbut a parfaitement résumé la situation en déclarant « on a juste obtenu le fait de ne pas reculer ».
Si indéniablement les COPs ont contribué à la lutte contre le dérèglement climatique, il est désormais certain qu’elles se sont avérées insuffisamment efficace pour réduire les émissions de Gaz à effet de Serre (GES) et limiter l’augmentation des températures. En effet, l’ONU a reconnu que la températures moyenne allait inéluctablement dépasser les + 1.5 degré et que les politiques actuellement conduites nous menaient à +2.8 degrés à la fin de ce siècle.
Plus grave encore, bien que la COP 28 se soit prononcée en faveur d’une sortie des énergies fossiles et la COP 29 en faveur de la réduction des émissions de méthane, les dernières COP consacrent deux évolutions préoccupantes.
La première est le déplacement de l’agenda de la lutte contre les émissions de GES vers la question des pertes et préjudices évoqués à l’article 8 des accords de Paris. Ce déplacement se traduit par une priorisation des demandes de financements des « pays du Sud » par les puissances anciennement industrialisées du Nord, tout en occultant que la Chine et l’Inde sont désormais les principaux responsables de l’augmentation des émissions de CO2 de ces dernières années et que leurs engagements à l’atteinte d’une neutralité carbone ont été respectivement reportés à 2060 et 2070.
La seconde est la dérive techno-solutionniste, notamment au travers de la promotion des technologies de capture du carbone (Carbon Capture Storage et Direct Air Capture). L’espoir suscité par ces technologies tend à freiner la nécessaire diminution de l’usage des énergies fossiles. Effectivement, si l’on peut capter le CO2 pourquoi faudrait-il se contraindre à ne plus recourir aux énergies fossiles ? A cette légitime interrogation, il est utile de rappeler que tout d’abord ces technologies ne sont pas matures, qu’elles demeurent coûteuses, qu’elles ne peuvent s’imposer qu’à travers la création de marchés carbone qui valorisent suffisamment la tonne de CO2 émise et surtout qu’elles ont été jugées insuffisantes par le dernier rapport du GIEC pour atteindre les accords de Paris si elles ne sont pas couplées à une sobriété dans l’usage des énergies fossiles.
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Ces constats nous amènent à nous interroger sur l’évolution et l’avenir des grandes messes climatiques que sont les COP. Un détour par la pièce de Samuel Becket, En attendant Godot, est peut-être de nature à nous éclairer sur cette question.
La pièce de Beckett présente deux personnages, Vladimir et Estragon, qui se retrouvent sur une route pour attendre un certain Godot…Plus la venue de ce dernier devient incertaine, moins la situation devient contrôlable, poussant les deux protagonistes à envisager le suicide. Leur plan macabre anéanti, ils semblent se décider à l’action en déclamant un « allons-y » plein de promesse, avant que Beckett ne précise en didascalie que nos héros resteront immobiles…
A l’instar de Vladimir et Estragon qui se raccrochent à l’espoir de voir surgir Godot au coin de la route, chaque nouvelle COP repose sur l’espoir d’un accord unissant tous les acteurs face à la menace globale du changement climatique. Mais comme dans la pièce de Beckett, plus la promesse initiale de limiter l’augmentation des températures s’éloigne, plus certains États du Sud global, rejoints récemment par le Canada, cherchent à maximiser leurs propres intérêts, comprenant bien que Godot ne sera pas au rendez-vous …
La théorie des jeux, notamment le fameux dilemme du prisonnier, ne nous dit pas autre chose. Les jeux de ce type postulent que la situation optimale est atteinte quand les acteurs coopèrent. Mais cette coopération est mise à mal par les comportements opportunistes individuels : le premier acteur à trahir obtient un gain, au détriment à la fois de l’autre acteur, mais aussi de l’intérêt général. Les COP ressemblent à un dilemme du prisonnier joué par de multiples acteurs dont le destin climatique est lié.
A l’instar du cadre théorique, la situation optimale est atteinte quand tout le monde coopère pour limiter les températures à maximum deux degrés. Mais moins cette coopération générale apparaît comme probable, plus les Etats sont incités à jouer la partie avec la maximisation de leurs propres intérêts comme seule boussole. Ce qui, en l’espèce, reflète une préférence absolue pour le court terme, car les stratégies opportunistes d’aujourd’hui préfigurent un environnement planétaire dégradé, un monde où tout le monde perd.
Fort de ce constat, il y a de fort à parier pour que les prochaines COP soient toujours plus décevantes. Elles risquent de devenir un lieu d’affrontement entre puissances du Sud, pays producteur d’énergies fossiles, et certains irréductibles pays du Nord toujours attachés à un accord de plus en plus incertain.
A cet égard, la position de l’UE est particulièrement inquiétante et précaire. Alors que les pays attachés aux énergies fossiles, tels que la Russie, l’Inde ou l’Arabie Saoudite, s’opposent à la sortie des énergies fossiles réclamée par l’UE, que la Chine refuse le mécanisme de taxe carbone aux frontières (le MACF de l’UE) et que les USA se sont retirés des COP, la diplomatie Européenne persiste à s’accrocher à la fiction d’un multilatéralisme climatique et aux promesses de l’accord de Paris.
Il est toujours possible que Godot apparaisse au bout de la route. Il ne faut cependant pas négliger que dans le dilemme du prisonnier, le dernier à croire à un équilibre coopératif est celui qui perd le plus … Il est urgent que l’Europe intègre la possibilité d’un échec des négociations climatiques et l’émergence d’un monde à +3°C où les conflits territoriaux seront plus fréquents et violents et qu’elle œuvre au développement des moyens militaires lui permettant de protéger ses populations.
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