OPINION. « L’IA ne vote pas mais elle influence déjà ceux qui votent »
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Carine Fotso
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Par Carine Fotso, Associée data & IA chez IQO
A un an de l’élection présidentielle, la question est de savoir si l’IA va devenir un acteur à part entière du débat démocratique. Et pour cause. Si l’intelligence artificielle ne vote pas, elle influence déjà ceux qui votent. L’IA ne modifie plus seulement notre accès à l’information, elle impacte désormais notre prise de décision. Un risque quand il s’agit de choisir qui on l’on veut élire dans l’isoloir : le vote est par essence la rencontre en l’esprit critique et l’action, une préférence personnelle lourde en conséquence.
Or, quand on regarde les choses en détail, on se rend compte que la démocratie se joue de plus en plus à coup d’algorithmes. 7% des Français ont été confortés dans un choix déjà formé, 5% ont changé d’avis sous influence de l’IA et 4% s’en sont servis pour se décider alors qu’ils ne savaient pas pour qui voter. A un an de l’élection présidentielle, ces chiffres doivent nous interpeller. Tout se passe comme si bientôt l’IA allait se substituer à l’esprit critique plutôt que l’éclairer : les programmes des candidats ne seraient plus dans cette optique un enjeu démocratique mais un enjeu algorithmique. « Dis-moi quelle IA tu utilises, je te dirai quel candidat choisir » ainsi peut être résumé cette nouvelle donne.
Ce n’est pas tout. Les candidats utilisent déjà l’intelligence artificielle pour produire des visuels, rédiger des argumentaires ou tester la cohérence des programmes. Sarah Knafo aux élections municipales ou Gabriel Attal qui a diffusé des visuels générés par l’IA mettant en scène de fausses célébrités, l’intelligence artificielle n’est plus anecdotique. La production de contenus truqués ou de réalités artificielles rende la frontière entre le vrai et la manipulé toujours plus floue. Or, une démocratie solide ne peut se bâtir sur une réalité incertaine. Plus encore, cette crise de l’authenticité tend à devenir une crise de la vérité dangereuse pour le débat politique et public.
Enfin, la banalisation de l’IA dans le champ de la politique constitue un enjeu de souveraineté démocratique. Quand les modèles d’intelligence artificielle qui influencent l’accès à l’information sont aussi conçus, entraînés ou contrôlés à l’étranger, ce qui se pose question c’est notre capacité à maîtriser notre débat public. Il a été avéré que certains candidats LFI ont été visés par une ingérence numérique étrangère aux élections municipales à tel point que Laurent Nunez, ministre de l’Intérieur a déclaré qu’une action judiciaire serait engagée. Le rapport sur les ingérences étrangères sera d’ailleurs rendu public ce qui témoigne de l’ampleur du phénomène.
Face à ces défis, il convient d’opérer un big bang éducatif : sensibiliser et apprendre dès le plus jeune âge à décrypter les biais, les limites et les conséquences de l’intelligence artificielle. La proposition d’interdire les réseaux sociaux au moins de quinze ans s’inscrit dans ce processus qui doit être approfondi. Comprendre c’est maîtriser : seul un accès à la connaissance en matière d’innovation technologique pourra permettre à l’humain de rester en contrôler de ces nouveaux outils. Plus encore, cet effort éducatif d’éviter un monopole du savoir entre les mains de quelques Etats.
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Demain, celui qui contrôlera les modèles d’intelligence artificielle contrôlera une partie de la production des connaissances, de l’économie et de l’information mondiale. Or, les grandes plateformes numériques et les principaux modèles d’IA sont aujourd’hui majoritairement américains ou chinois ce qui signifie que les infrastructures qui organisent l’accès à l’information échappent largement au contrôle européen. Un risque pour notre souveraineté nationale. Après la bataille des idées vient désormais la bataille des algorithmes.
A un an de l’élection présidentielle, l’utilisation de l’IA est un enjeu primordial. L’intelligence artificielle ouvre la voie à une individualisation dans la réception du discours politique. Chaque électeur sera une cible algorithmique : il consommera un message différent, calibré selon ses inquiétudes, habitudes de consommation ou ses convictions politiques. La promesse républicaine d’un débat collectif risque de faiblir dangereusement au profit d’une fragmentation du corps démocratique. Là où l’élection présidentielle était le moment de dessiner un récit national et des imaginaires partagés, les 66 millions de Français pourraient devenir 66 millions de campagnes.
Cette évolution constitue une rupture majeure. Historiquement la démocratie reposait sur des espaces et des rendez-vous collectifs : la presse, les débats télévisés, les marchés ou les professions de foi. L’intervention de l’intelligence artificielle pourrait transformer l’élection comme une donnée à influencer et non comme un sujet agissant régi par un système de valeurs individuels mis en regard de celui qui existe au niveau collectif. Ainsi, le jour où les algorithmes fabriqueront nos convictions, les urnes ne seront plus qu’une formalité.
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