OPINION. « Trump-Xi : une rencontre historique et une dynamique commerciale transformée »
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Sébastien Boussois
Jan Brouckaert
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Sébastien Boussois
Jan Brouckaert
Par Sébastien Boussois, docteur en sciences politiques (*)
Dans notre monde fracturé par les guerres, les changements de leadership et les rivalités de puissance, les tensions entre la Chine et les Etats-Unis pourraient conduire si elles venaient à s’aggraver sur le pire : il est quasi certain que la stabilité mondiale ne se construira pas sans un accord durable entre les États-Unis et la Chine. Ce jeudi 30 octobre, la rencontre prévue entre Donald Trump et Xi Jinping en Corée du Sud pourrait marquer un tournant décisif dans un contexte mondial tendu. Depuis plusieurs mois, les tensions entre Washington et Pékin ont atteint un niveau inédit : guerre commerciale relancée, bras de fer diplomatiques autour de Taïwan, et bataille d’influence technologique autour de l’IA. Et pourtant, derrière les postures et les menaces, et alors que l’Europe s’isole un peu plus en défiant Pékin sans en avoir les moyens, le Président américain semble jouer une partition bien plus calculée qu’il n’y paraît. En ligne de mire: les terres rares dont regorge la Chine.
Depuis son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump pratique la diplomatie comme il a toujours mené ses affaires : par la tension, la provocation et la négociation permanente. Beaucoup y voient du chaos ; d’autres y discernent plutôt une méthode. Le « grand bluff » trumpiste consiste à pousser ses adversaires jusqu’à la rupture, pour ensuite leur offrir la sortie qu’ils espéraient sans l’avouer. L’Europe, tétanisée par les sanctions américaines et par sa propre impuissance, en fait aujourd’hui les frais et se marginalise de jour en jour sur la scène politique et économique mondiale. Entre Bruxelles et Washington, la confiance est fragile, et Ursula von der Leyen, arc-boutée sur une ligne dure vis-à-vis de Pékin, accentue les tensions sans obtenir de résultats tangibles. Pendant que l’UE se dirige droit dans le mur, Trump, lui, avance à contre-courant en direction de la Chine, seconde puissance mondiale. Derrière les invectives contre Pékin, il a compris que le pays reste un partenaire incontournable, autant qu’un rival. Son objectif n’est pas de le contenir, mais de le contraindre à négocier sur un terrain qu’il maîtrise : celui du rapport de force économique. En d’autres termes, il joue ce que l’Europe n’a jamais su jouer : la géopolitique du deal.
Depuis Barack Obama, la stratégie américaine s’est déplacée vers l’Asie. Ce que l’on appelle le « pivot » est devenu la matrice de la politique étrangère des États-Unis. L’Asie du Sud-Est concentre désormais l’essentiel des enjeux du XXIe siècle : routes maritimes, contrôle des semi-conducteurs, accès aux terres rares, et domination dans l’intelligence artificielle. Trump a compris que la suprématie américaine ne se joue plus dans les sables du Moyen-Orient, mais dans les eaux de la mer de Chine méridionale. En multipliant les visites, en réactivant des alliances avec Séoul, Tokyo et Manille, il a replacé Washington au cœur du jeu asiatique. Son style brut et transactionnel, souvent moqué et méprisé, a paradoxalement redonné aux États-Unis une présence stratégique que ses prédécesseurs avaient diluée dans des coalitions fragiles et des alliances précaires. Face à une Chine qui avance ses pions de manière implacable — de la mer Jaune à la frontière birmane —, Trump parie sur la confrontation contrôlée. Son idée : faire comprendre à Pékin que l’Amérique ne cédera rien sur sa présence militaire, tout en laissant la porte ouverte à des accords commerciaux mutuellement avantageux : le business est le nerf de la guerre mais aussi de la paix !
L’enjeu de la rencontre du 30 octobre en Corée du Sud dépasse de loin le simple tête-à-tête entre deux géants. C’est l’équilibre même du monde qui est en jeu. Washington et Pékin se savent condamnés à coexister. Le pragmatisme l’emporte souvent sur l’idéologie : les États-Unis ont besoin des usines chinoises autant que la Chine dépend de l’accès au marché américain et au dollar. Trump, malgré son image de provocateur, a toujours su transformer ses affrontements en opportunités. Ses pires ennemis d’hier deviennent souvent ses partenaires du lendemain. C’est là tout son paradoxe et ce qui nous déstabilise nous : il provoque pour mieux négocier. Dans un monde où beaucoup cherchent à isoler la Chine, il choisit au contraire de l’intégrer dans une logique d’échange. Là où Bruxelles brandit la sanction, Trump parle contrat. Cette rencontre pourrait ainsi ouvrir la voie à une forme d’apaisement pragmatique : des compromis sur le commerce, des garanties sur Taïwan et sur sa sécurité pour éviter l’invasion, et peut-être une relance du dialogue militaire suspendu depuis des mois. Pékin sait très bien que Washington a envoyé des milliers de GI’s dans le Pacifique depuis des mois. Dans ce scénario, la Chine conserverait sa stature de puissance économique globale, tandis que les États-Unis retrouveraient la posture d’arbitre stratégique du Pacifique.
Dans un monde où les alliances se fragmentent et où l’Europe s’enferme dans ses dogmes, la diplomatie du deal pourrait devenir une arme d’équilibre. Pour Trump, la puissance ne réside plus dans les discours moralisateurs, mais dans la capacité à parler à ses ennemis. Et c’est peut-être, une fois encore, en déjouant tous les pronostics qu’il s’apprête à redessiner l’ordre mondial à sa manière : brutale, imprévisible, mais diablement efficace. Et peut-être loin de la guerre au fond.
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(*) Docteur en sciences politiques, chercheur monde arabe géopolitique relations internationales, directeur de l'Institut Géopolitique Europeen (IGE), associé au CNAM Paris (Equipe Sécurité Défense), à l'Observatoire Géostratégique de Genève (Suisse). Consultant médias et chroniqueur.
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