OPINION. « Télésurveillance médicale : le virage indispensable pour sauver la Sécu »
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Nicolas Pagès
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Par Nicolas Pagès, médecin anesthésiste réanimateur et fondateur de Satelia (*)
Notre système de santé a été conçu en 1945, à une époque où l'urgence était de soigner les maladies aiguës et d'assurer l'accès de tous aux soins. Il a tenu, remarquablement. Mais il n'a pas été bâti pour les défis d'aujourd'hui : des maladies chroniques désormais responsables de plus de 60 % des dépenses de l'Assurance Maladie (1) , une population vieillissante – 30 % de Français auront plus de 60 ans d'ici 2030 (2) –, et une démographie médicale en recul dans de nombreux territoires. Le résultat est connu : engorgement des hôpitaux, délais records, épuisement des équipes, doublement du déficit de la Sécurité sociale entre 2023 et 2025.
Ce n'est pas un problème de volonté, mais de structure. Le système reste pensé pour l'hôpital et pour l'acte ponctuel, alors qu'il doit désormais gérer des soins diffus, continus et massifs. Aujourd'hui, 20 % des patients en affection de longue durée concentrent 66 % des dépenses de l'Assurance Maladie. D'ici 2030, cette proportion pourrait monter à 25 %. Nous ne pourrons pas redresser la Sécu en injectant toujours plus d’argent dans un modèle hospitalo-centré à bout de souffle. Il faut transformer la manière même de soigner.
La télémédecine n'est pas un gadget numérique : c'est la modernisation la plus profonde du soin depuis un demi-siècle. Elle réduit les inégalités territoriales, rapproche les patients de leurs soignants, limite les déplacements inutiles et fluidifie les échanges entre professionnels. Les études montrent qu'elle diminue le recours évitable à l'hôpital, améliore l'observance et renforce la prévention, notamment dans les pathologies chroniques.
En permettant d'intervenir entre deux consultations, elle change la temporalité du soin : du traitement réactif vers le suivi « juste-à-temps ». Elle déplace la médecine vers le domicile, là où vivent les patients, et transforme la distance en continuité.
Toutes les formes de télémédecine ne se valent pas. La téléconsultation reste ponctuelle, la téléexpertise s'adresse aux professionnels. La télésurveillance médicale, elle, organise le suivi continu : recueil régulier de données, seuils cliniques, alertes en cas d'aggravation. C'est le seul dispositif qui permet d'anticiper les décompensations, d'éviter des hospitalisations et d'alléger la charge des équipes.
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Les preuves sont là. Une étude française de grande ampleur dans l'insuffisance cardiaque (TELESAT-HF, 18 882 patients suivis dans 300 centres) a montré une réduction de 36 % de la mortalité toutes causes chez les patients télésurveillés. Ces résultats démontrent que la télésurveillance n'est pas une promesse technologique, mais un outil clinique efficace, mesurable et économiquement vertueux. Chaque réhospitalisation évitée, chaque aggravation anticipée, c'est une dépense publique contenue et une qualité de vie améliorée.
Pour que la télésurveillance joue pleinement son rôle, trois leviers sont nécessaires. D'abord, un financement structurant, pour sortir des expérimentations dispersées et bâtir quelques référents nationaux capables d'opérer à grande échelle. Ensuite, un cadre clair et stable, avec interopérabilité, indicateurs publics et tarification incitative. Enfin, un investissement dans les compétences, en donnant aux infirmiers et praticiens non-médecins un rôle central, appuyé par des outils d'aide à la décision et d'éducation thérapeutique.
La télésurveillance ne remplace pas le soin : elle le rend possible dans un système saturé. Elle redonne du temps médical, sécurise les patients et protège le modèle solidaire.
Agir maintenant, c'est reconnaître que la Sécu ne se sauvera pas par des restrictions, mais par l'investissement dans ce qui soigne durablement : l'anticipation, la coordination, le suivi. La télésurveillance est ce levier.
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Sources :
(1) DREES : "Les personnes en affection de longue durée concentrent 60 % des dépenses d'assurance maladie" (2024)
(2) IINSEE : "Les 60 ans et plus représenteront 30 % de la population en 2030"
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(*) Nicolas Pagès est médecin anesthésiste-réanimateur et entrepreneur. Porté par une double culture médicale et technologique, il cofonde Satelia® en 2017, scale-up française dédiée à la télésurveillance des patients insuffisants cardiaques. Sous son impulsion, Satelia devient l’un des acteurs majeurs de la e-santé en France, portée par une forte croissance, une reconnaissance institutionnelle et des partenariats hospitaliers de référence. Nicolas Pagès incarne une nouvelle génération de médecins-innovateurs engagés dans la transformation responsable et durable du système de santé.
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