OPINION. « La finance, futur garde-fou climatique ? »
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Florian Gallo
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Par Florian Gallo, climatologue chez Altitude AXA Climate
Sans s’étendre sur la multitude d’exigences en reporting extra-financier (CSRD, SFDR et autres PAIs), l’analyse des risques climatiques – et avec eux, ceux liés à la biodiversité – est désormais au cœur des décisions d’investissement ou de crédit.
Dans la banque de détail, l’obtention d’un prêt est toujours liée à l’évaluation de la capacité de remboursement de l’emprunteur, à travers des garanties classiques : statut professionnel, revenus ou état de santé. Cependant, l’évolution des risques climatiques, passés et à venir, pesant sur un actif immobilier ou sur une activité est de plus en plus scrutée, même si elle ne pèse pas (encore ?) sur l’obtention dudit prêt. À terme, la variable climatique pourrait devenir aussi structurante que le revenu ou le statut professionnel dans l’analyse du risque.
Plus largement, c’est la capacité future de financement qui est analysée : quels actifs verront leur valeur diminuée par des inondations de plus en plus fréquentes ? Quelle proportion du territoire est menacée par la montée du niveau de la mer ou l’érosion côtière ? Comment la production des activités financées sera affectée par des vagues de chaleur croissantes ? Aujourd’hui, il n’y a plus qu’un pas à franchir pour que les conseillers bancaires, en lien direct avec leurs clients, puissent les informer sur les risques climatiques. Autrement dit, le banquier de demain pourrait devenir aussi un “passeur d’information climatique”, contribuant à sensibiliser et à orienter les choix de financement.
Certains fonds d’investissement ont déjà amorcé cette transformation, en analysant les risques climatiques sur leurs participations afin de discuter des résultats avec leurs entreprises en portefeuille. Ce faisant, ils transforment une obligation de reporting en un véritable outil stratégique : aide à la décision et levier d’amélioration de la résilience. Les fonds informent, discutent voire challengent les directions risques des entreprises qu’ils accompagnent.
Cela permet une montée en compétence et une meilleure anticipation des risques chez des acteurs qui n’ont souvent pas ou peu enclenché cette démarche d’adaptation, par manque de temps, de ressources ou d’expertise.
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Et c’est dans l’accès et surtout la traduction de la donnée que réside une part importante du défi : si de nombreuses plateformes ou bases de données sont aujourd’hui ouvertes à toutes et tous (citons ici le portail Drias de Météo-France ou le site gouvernemental Géorisques, qui permet de visualiser les risques actuels à une adresse donnée), leur utilisation reste souvent difficile pour de nombreux acteurs. Il n’est pas question de remettre en cause l’existence et l’intérêt de ces outils, mais les acteurs du monde financier ont un rôle d’intermédiaire à jouer entre la donnée et son public. Si les acteurs financiers n’ont pas vocation à devenir les climatologues de demain, leur position centrale dans le système économique doit leur permettre de contribuer à la diffusion de la donnée climatique pour la rendre compréhensible, utile et utilisable pour un grand nombre d’acteurs.
Après les drames des inondations à Valence, des incendies californiens ou encore de la crise de l’eau dans les Pyrénées-Orientales, les catastrophes climatiques et leurs impacts économiques démontrent, chaque année davantage, que l’inaction coûte bien plus cher que l’anticipation.
Alors que la Cour des comptes chiffre le coût de l’inaction à des pertes économiques estimées à 11,4 points de PIB d’ici 2050 en scénario de statu quo et face au mur climatique, la finance peut – et doit – devenir un relais décisif pour accélérer la prise de conscience et favoriser l’adaptation.
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(*) Florian Gallo est climatologue et responsable scientifique au sein d’Altitude, la plateforme scientifique d’AXA Climate. Depuis quinze ans, il se penche sur le développement et la diffusion d’une information scientifique compréhensible, utile et utilisable pour toutes et tous. Après une formation en sciences de la Terre, il obtient son doctorat en géosciences, travaillant sur la dynamique des glissements de terrain dans l'Himalaya et leur contrôle par les précipitations de mousson. Son parcours le mène au UK Met Office, où il travaille sur divers projets sur la production et la diffusion de données et services climatiques, principalement en Afrique et en Asie. Il passe ensuite trois ans à travailler sur l'adaptation au changement climatique du monde industriel et financier au sein du cabinet Carbone 4, puis trois autres années dans le groupe LSEG, où il dirige la recherche sur les risques climatiques et de biodiversité à l’échelle pays. Il rejoint AXA Climate en 2025 en tant que responsable scientifique pour le développement de la plate-forme Altitude.
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