OPINION. « Réindustrialisation : donner acte aux chiffres »
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Olivier Lluansi et Stéphane Gorce
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Olivier Lluansi et Stéphane Gorce
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Par Olivier Lluansi, Professeur du Cnam et Stéphane Gorce, Président de la société des ingénieurs arts et métiers
L’enquête de « l’Observatoire Arts et Métiers des industries responsables » vient de sortir. Il faut donner acte à ces chiffres, ils ne sont pas bons. L’opinion des Français sur notre réindustrialisation est le reflet de ce qui se passe sur le terrain : notre industrie recule, leur confiance recule. Et le sentiment de déclassement s’accroit.
Le sentiment d’une insuffisance de soutien de l’Etat fait un bond (+10 points en un an) reflétant avec justesse, une fois de plus, une année d’immobilisme. Les clés sont pourtant simples : simplification, attractivité des métiers, protection face à une concurrence déloyale, fiscalité et coût du travail. Les trois premières sont sans impact budgétaire !
Les personnes qui travaillent dans l’industrie en sont fières à 98%, un score sans appel. Là où le bât blesse, c’est que seulement 8% des Français sont « certains » de recommander à leurs proches d’aller y travailler. Sans doute essentiellement ceux qui y travaillent déjà…
Comment expliquer une fierté si élevée et une attractivité tellement en berne ?
D’abord par la méconnaissance de ces métiers. C’est un chantier de fond qui a été engagé. Il prendra du temps mais il portera ces fruits. Ouvrons nos usines, une visite in situ est infiniment plus efficace que mille discours. Et donnons la parole à cette fierté nichée dans nos ateliers, elle est contagieuse.
Mais il y a une autre raison. Le reflux de l’industrie que nous subissons depuis mi-2024 ravive de très mauvais souvenirs. Notre désindustrialisation a laissé des centaines de territoires en faillite, des millions de vies professionnelles brisées et autant de vies familiales ou personnelles. Nous n’avons pas pris toute la mesure de ce qui s’est réellement passé. Dans le Grand Est par exemple, en 40 ans de désindustrialisation, un quart des emplois furent détruits. Pas un quart des emplois industriels, un quart de tous les emplois de ce grand territoire ! Le temps d’une vie professionnelle, la désindustrialisation a fait perdre son travail à une personne sur quatre. Ce désastre économique s’est glissé dans chaque famille, dans chaque vie. Il y a laissé une profonde cicatrice.
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Or nous n’avons pas fini notre deuil de cette époque. Nous ne savons pas encore vraiment « qui a tué l’industrie française ». L’Europe et les marchés internationaux ? Pourquoi alors l’Italie et l’Allemagne restent des puissances industrielles ? Nous, les Français, nous aurions rejeté l’industrie ? Les territoires qui ont vu fermer leurs usines, les ont pleurées. Elles faisaient partie de leur identité autant que leur richesse. Nos « élites » / dirigeants donc ? Celles qui ont sombré dans le post-industrialisme depuis 1975. Celles qui ont gobé le mythe des « industries sans usine des années » 2000 ? Celles enfin qui, plus récemment, ont cru que la réindustrialisation passerait seulement par les innovations de rupture et tant pis pour le socle industriel, antagonisant ainsi les « nouvelles filières » et la « vieille industrie » ?
Alors au moindre reflux, l’inconscient hurle à la prudence : l’imaginaire de l’insécurité de l’emploi ressurgit. Tandis que, tout au contraire, l’industrie c’est une capacité inégalée d’insertion et d’ascenseur social, de formations et de carrières tout en restant dans son territoire, là où il fait bon vivre.
La réponse à cette situation n’est pas seulement celle de mesures techniques à mettre en œuvre pour relancer notre industrie. L’opinion des Français est claire à ce sujet, elle est en adéquation avec l’opinion des experts. Les premières priorités ne sont pas budgétaires, elles sont donc accessibles à notre Etat. Dès lors l’immobilisme des dix-huit derniers mois accroit plus encore le sentiment d’inquiétude : on va nous refaire le coup du « post-industrialisme » sans le dire ?
La question est donc aussi celle du discours politique qui doit être plus affirmé encore, un véritable reniement du post-industrialisme. Notre renaissance industrielle, c’est notre souveraineté, mais tout autant la maîtrise de notre empreinte environnementale. C’est la cohésion territoriale, c’est le financement de notre modèle social.
Réindustrialiser c’est faire vivre cette fierté et le sens donné au travail productif tout autant que cette croyance en la science et la technique, au progrès. C’est aussi, via la circularité, un chemin dans le « monde des raretés » qui s’annonce, que ces raretés proviennent de la limitation des ressources naturelles ou des embargos à venir avec ce « retour des empires ».
Réindustrialiser notre pays, c’est refuser sa smicardisation et sa paupérisation.
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(*) Attaché à notre renaissance industrielle, Olivier Lluansi est l'un des rares spécialistes à avoir un parcours aussi varié. Il a commencé sa carrière à la Commission européenne, puis au Conseil régional du Nord-Pas-de-Calais. Il a ensuite rejoint Saint-Gobain dont il a supervisé les activités en Europe centrale et orientale. Il a également été conseiller industrie et énergie à la Présidence de la République, et il a mis en place l'initiative Territoires d'industrie lancée par le Premier ministre en 2018. Professeur au CNAM, titulaire de la chaire « Industrie décarbonée », il participe à plusieurs laboratoires d'idée, dont le Lab BPIFrance, la Fabrique de l'industrie ou encore le Lab des Forces Françaises de l'industrie. Olivier Lluansi a en outre publié en septembre 2024 : « Réindustrialisation : le défi d'une génération» (éditions Les Déviations) et en mai 2023 « Les néo-industriels. L'avènement de notre renaissance industrielle » (éditions Les Déviations). Il est également co-auteur de « Vers la renaissance industrielle » (éditions Marie B, 2020). Stéphane Gorce est Président de la Société des Ingénieurs Arts & Métiers depuis novembre 2024. Ingénieur Arts & Métiers (1980-1983), il a mené une carrière reconnue en finance, stratégie et pilotage de la performance, avec des responsabilités chez Mazars, Schlumberger et Price Waterhouse Coopers, avant de fonder Coequip en 1997 puis de rejoindre Eurogroup Consulting en tant qu’associé en 2015. Engagé de longue date dans la formation et la gouvernance — certifié Administrateur IFA–Sciences Po et ancien conférencier à HEC Paris — il a fondé le Groupe Administrateurs & Gouvernance au sein de la communauté Arts & Métiers. À la tête de la Société des Ingénieurs Arts & Métiers, il a lancé la première édition des Journées Usines Ouvertes, un événement national dont la seconde édition aura lieu les 20 et 21 mars 2026. Cette initiative, destinée à rapprocher les Français de leur industrie et à susciter de nouvelles vocations, incarne la volonté de la communauté Arts & Métiers de contribuer activement au rayonnement industriel du pays.
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