OPINION. « Le monde économique ne peut rester sourd à la demande de justice sociale »
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Fatima Bellaredj et Jacques Landriot
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Fatima Bellaredj et Jacques Landriot
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Par Fatima Bellaredj, Déléguée Générale de la Confédération Générale des Scop et Jacques Landriot, Président de la Confédération générale des Scop
Le débat sur la répartition de l’effort budgétaire voit ressurgir des interrogations restées en suspens ces dernières années : les superprofits réalisés par de grandes entreprises durant la crise sanitaire, ou plus récemment, le volume des aides publiques versées aux grandes entreprises sans contrepartie, estimé entre 110 et 270 milliards d’euros par an. Sur fond de déficit des finances publiques, deux visions diamétralement opposées s’affrontent : d’un côté, l’unanimisme d’un monde économique partisan du statu quo et opposé à toute nouvelle mise à contribution, rejetant la faute sur la dépense publique ; de l’autre, une interrogation croissante sur les efforts consentis aux entreprises ces dernières années.
Ces positions ne sont ni symétriques ni équivalentes : la population française, toutes sensibilités politiques confondues, demeure historiquement attachée au principe de justice sociale. Alors que l’effort budgétaire doit, à la fois, contribuer à résorber le déficit, et redonner à l’État les marges de manœuvre nécessaires pour engager les grandes transitions, notamment écologique, sa répartition équitable relève d’une exigence légitime.
Le monde économique ne peut plus refuser obstinément d’entendre cette aspiration profonde. Cette exigence de justice sociale s’exprime dans un contexte de crise du travail que les acteurs économiques prennent encore insuffisamment en compte. On ne compte plus les débats sur le coût du travail, au détriment de ceux sur la qualité de l’emploi, l’organisation de l’entreprise et le sens au travail. Une telle surdité, face à la crise du travail comme au sentiment d’injustice sociale, ne peut qu’aggraver la fatigue démocratique.
Pour ne prendre que cet exemple, les travaux sur les aides publiques aux entreprises forcent pourtant l’évidence. Les travaux parlementaires soulignent une captation excessive par les grandes entreprises, tandis que les PME et TPE, faute d’ingénierie suffisante, en sont largement exclues. Ces aides créent ainsi une injustice à l’intérieur même de l’économie. L’effet d’accoutumance qu’elles génèrent chez les bénéficiaires, notamment à travers les exonérations de cotisations sociales – qui représentent près de 80 milliards d’euros par an – ne fait que renforcer leur position de repli vis-à-vis de toute nouvelle mise à contribution.
Distribuées sans évaluation, ni pilotage, l’attribution des aides publiques échappe largement au contrôle citoyen. Cette situation interroge d’autant plus que le montant des aides publiques – peu importe le chiffrage retenu – est comparable aux budgets annuels des grands services publics et des actions d’intérêt général. Comment ne pas donner raison à tous ceux qui questionnent leur opacité et leur légitimité démocratique, a fortiori quand ces aides sont parfois utilisées pour licencier, délocaliser la production ou verser des dividendes ?
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Faire peser l’effort budgétaire exclusivement sur l’État et les services publics, au prétexte de ne pas réexaminer ces aides, traduit une vision réductrice de l’économie et ne peut qu’avoir des effets néfastes. Cette approche ignore d’autres leviers essentiels de la performance des entreprises : l’accès aux soins, à l’éducation, à la formation ou à des services publics de qualité. La performance repose aussi sur la confiance des citoyens, leur motivation et leur épanouissement.
Notre pays bénéficie à cet égard d’un atout précieux : les entreprises inspirent encore une confiance et une adhésion que les institutions ou la sphère politique peinent à susciter. Cette confiance implique en retour une responsabilité accrue, invitant à dépasser les dogmes et les tabous : le premier effort à consentir est celui de l’écoute. Car la justice sociale et l’égalité ne sont pas des revendications conjoncturelles, elles sont au fondement de notre contrat social.
On aurait tort de penser que ces constats n’appartiennent qu’à un seul camp politique. L’exigence d’une contribution équitable n’est ni l’apanage de la gauche ni celui de la droite. Le Mouvement coopératif, dans toute sa diversité, qui défend la participation au sein de l’entreprise et le partage de la valeur, tient à rappeler une évidence : l’aggravation de la crise démocratique ne sera jamais une bonne nouvelle pour nos entreprises.
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(*) Jacques Landriot président de la Confédération générale des Scop et des Scic Jacques Landriot a été élu à la présidence de la CG Scop lors du Congrès de Strasbourg de 2016 et réélu lors du Congrès de Rennes de mars 2022 pour un mandat de 4 ans. Diplômé de l’Ecole nationale de commerce, Jacques Landriot intègre le groupe Up (anciennement Groupe Chèque Déjeuner) en 1975 en qualité d’attaché commercial. Quelques années plus tard, il devient directeur commercial du groupe Up en 1981 puis directeur général en 1985. Il poursuivra sa carrière au sein du Groupe dont il deviendra le président directeur général de 1991 à 2014 après avoir été réélu six fois consécutives. Après 23 ans de présidence au sein du Groupe, il devient président d’honneur. N°3 mondial sur le marché des titres de services à vocation sociale et culturelle, le groupe Up est aujourd’hui présent dans 30 pays et compte 3 600 collaborateurs. Officier dans l’Ordre national de la Légion d’honneur et déjà très impliqué dans le Mouvement Scop, il a été 1er vice-président en charge de la communication et du lobbying à la CG Scop et vice-président de l’Union régionale des Scop et des Scic d’Ile-de-France Centre-Val de Loire Dom-Tom dont il a été le président pendant 12 ans. Il est par ailleurs président de la Mutuelle des Scop et des Scic depuis 2012 et premier vice-président du Conseil économique, social et environnemental (CESE) depuis 2019. Fatima Bellaredj déléguée générale de la Confédération générale des Scop et des Scic Diplômée de Sciences économiques, Fatima Bellaredj s'implique depuis plus de 25 ans dans le Mouvement coopératif. Elle intègre en 1998 une Scop spécialisée dans l'accompagnement et l'évaluation des politiques publiques, dont elle devient la gérante à 32 ans. Passionnée et convaincue par l'innovation sociale, elle est à l'initiative en 2007 du premier incubateur régional Alter’Incub au sein de l’Union régionale des Scop du Languedoc-Roussillon dont elle devient la directrice en 2014. Investie dans le développement économique, Fatima Bellaredj est lauréate du Prix de l'engagement sociétal (Prix de l'entrepreneur Ernst & Young) en 2014 dans la région Méditerranée et est décorée des insignes de Chevalier dans l'Ordre national du mérite en 2017. Fatima Bellaredj a intégré la CG Scop en octobre 2018 en qualité de déléguée générale. Elle a ainsi pour missions la représentation interne et externe, le lobbying et la mise en œuvre du plan de développement, en liaison étroite avec les instances élues (Bureau et Direction nationale). Parmi ses mandats, elle est vice-présidente de Coop FR, coprésidente de la Commission Egalité Femme/Homme - Inclusion - Jeunesse du Conseil supérieur de l'ESS (CSESS), secrétaire générale au Bureau d'ESS France et membre du Bureau du Conseil supérieur de la coopération (CSC). Elle est également administratrice du Crédit Coopératif.
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