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Idées & Débats

OPINION. « Bravo au peuple argentin ! »

latribune.fr

Publié le 30 octobre 2025 à 08:33

Marc Guyot et Radu Vranceanu

Marc Guyot et Radu Vranceanu

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Déjouant tous les pronostics, Javier Milei a confirmé son emprise sur la politique argentine. Son parti, fort de 41 % des voix aux législatives de mi-mandat, consolide sa position et son agenda de réformes libérales. Après deux années de thérapie économique brutale, l’Argentine semble se relever. Le pari de la rigueur et du marché libre, soutenu par un électorat endurant, devient un cas d’école mondial et un signal adressé aux États dépensiers.

Par Marc Guyot et Radu Vranceanu, Professeurs à l’ESSEC

Déjouant les pronostics, le parti du président Javier Milei a remporté les élections législatives argentines de mi-mandat avec 41% des voix, écrasant ses adversaires péronistes. Son socle électoral devrait atteindre le 1/3 de la Chambre lui permettant de maintenir son droit de véto et sa capacité à gouverner par décrets. Cela devrait également lui permettre de constituer une coalition plus solide et aller de l’avant avec les réformes. Cela nous apparait très heureux pour le peuple argentin et tous les peuples désireux de se débarrasser du planisme-populisme. 

En effet, comment ne pas se sentir impressionné par le courage avec lequel les Argentins demandent au bon docteur Milei de leur verser une 2ème cuillère de purge après la 1ère versée en 1ère partie de mandat ? Voilà un peuple qui vient de passer d’un monde de prix administrés, subventionnés par l’argent public et sujets à toutes les formes de clientélisme, à des prix libres à même d’autoriser les marchés à mener leur rôle d’allocation efficace des ressources. D’un monde de dépenses publiques extravagantes guidées par le clientélisme politique des régions et de l’Etat central à un monde ou l’Etat dépense avec mesure. D’un endettement chronique financé par création monétaire à l’équilibre budgétaire, objectif atteint non à coup de nouvelles taxes fantasmagoriques mais par tronçonnage des dépenses. D’un monde de fonction publique pléthorique à une administration ramenée à une taille moins déraisonnable par la suppression de dizaine de milliers d’emplois publics. Et ce peuple, face à ce dirigeant qui promet non seulement de continuer dans la même direction mais en plus d’accentuer les réformes avec la libéralisation du marché du travail, ce peuple soutient le dirigeant avec 41% des voix.

De nombreux critiques – de mauvaise foi ou simples ignorants - aiment assimiler la politique d’inspiration libertarienne de Milei à la politique de Donald Trump. Certes, les deux ont déclaré leur mépris pour le socialisme traditionnel. Cependant, le parallèle s’arrête à cette posture. Si Milei est un libertarien féru de Friedrich Hayek et James Buchanan, Trump, en tant que leader d’une superpuissance contestée, est le concepteur d’une forme d’interventionnisme étatique massif, plus proche dans ses grandes lignes du Keynésianisme. Cette doctrine Trump n’a pas grand-chose en commun avec la doctrine économique de Milei et Elon Musk lui en a fait l’amer reproche après leur rupture.

La révolution libertarienne en Argentine semble incroyable vu de la France zucmanienne post-macronienne, intoxiquée à la dépense publique dans laquelle le gouvernement vient piteusement de sacrifier la réforme des retraites pour une alliance politique de survie.

Les Argentins n’ont pas un savoir théorique sur l’économie de marché, la politique économique et la croissance macroéconomique de long terme que nous n’aurions pas. En revanche, ils ont un savoir pratique bien plus considérable dans la connaissance de l’inéluctable désastre où peut mener un gouvernement chroniquement en déficit, surendetté et achetant une croissance faiblarde à grand coup de subventions de la consommation.

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Il faut dire que la leçon a été rude. Les Argentins ont expérimenté une inflation annuelle qui accélère années après années et qui finit par culminer à 25.5% par mois  en décembre 2023 (211% inflation annuelle en 2023). La stagnation économique et l’installation d’une pauvreté structurelle touchant 1 argentin sur 3 avec un taux de change officiel mensonger les ont guérir pour longtemps de la vulgate planiste et de ses distributions miracles d’argent publique. En 2022, les Argentins étaient à ce point désabusés qu’ils ont largement méprisé les extravagantes et indignes promesses du candidat péroniste pour tenter la rupture totale et le sevrage d’argent publique et de prix manipulés.

La bonne nouvelle est que cette guérison dure dans le temps et résiste à la sévérité de la purge économique de Milei. Le patient a survécu au choc du sevrage et à la récession de 2024 avec 3 trimestres de recul du PIB annuel dont un sévère recul de 5,1% au T1 2024 comparé au T1 de 2023 générant un bond de la pauvreté de 40% à 50%. En revanche, depuis 3 trimestres l’économie argentine est repassée en croissance élevée avec un rebond mécanique de +6,3% au T2 2025 comparé au T2 de 2024, ainsi qu’un retour de la pauvreté à 31,6% soit proche du taux structurel argentin d’avant Milei. Le taux de chômage au deuxième trimestre 2025, à 7.6% est quasi-identique au taux français. De son côté, l’inflation est redescendue à 2.1% par mois en septembre 2025.

La première et principale victoire de Milei est d’avoir passé en deux ans l’Argentine d’une situation d’hyper-inflation apocalyptique de 211% (taux annuel en 2023) à une situation d’inflation élevée mais gérable. Selon le FMI, en 2026, l’inflation devrait être entre 15 et 20%. La deuxième victoire est d’être passé de cette situation de déficit chronique à une situation d’excédent budgétaire primaire, deux années de suite. Un exploit qu’a réussi Giorgia Meloni en Italie, mais qu’aucun dirigeant français ne croit un jour possible (étant donné les informations qu’ils possèdent sur leur manque de courage politique). La troisième victoire est à double tranchant car ses coûts sont immédiats alors que ses gains sont étalés dans le temps. Il s’agit de la libéralisation des prix, cœur de toute réforme structurelle sérieuse. Une telle politique provoque immédiatement une envolée des prix, un peu comme lorsqu’on relâche un ressort. En principe, l’offre repart dans une période de 12 à 24 mois en fonction des secteurs et de leurs caractéristiques techniques. Le redémarrage de l’offre ramène les prix à un niveau plus faible mais soutenable. Ce niveau peut être proche ou supérieur à l’ancien niveau mais avec un volume d’échanges supérieur qui constitue le moteur de la croissance à terme. 

Ainsi, la soutenabilité de la politique de Milei dépend de sa capacité à redresser la production potentielle de l’Argentine via la libéralisation des prix et via la libéralisation à venir du marché du travail. C’est le seul moyen de diminuer durablement le chômage et la pauvreté. L’enjeu est colossal avec un taux de croissance potentiel actuel faiblard de 0,5%, fruit des 20 dernières années d’errances péronistes.

Les critiques du libéralisme, les adeptes du planisme dominant en Europe, ne manqueront pas de remarquer l’aide importante apportée par l’administration Trump – à hauteur de 20 milliards de dollars en swap de monnaies -- pour maintenir le peso dans les bandes de fluctuation décidée par Milei en accord avec le FMI avec en perspective de libéraliser le taux de change et mettre un terme au marché parallèle. Le lendemain des élections le peso s’est apprécié de 9% selon le Wall Street Journal, du jamais vu depuis les 20 derniers années. Les vendeurs à découvert du peso se mordent les doigts pour notre plus grand délice alors que le Trésor américain devrait faire un bénéfice si l’appréciation du peso est confirmée. Il semble donc que la dépréciation récente du péso tenait davantage de l’action des spéculateurs pariant sur un retour au pouvoir des péronistes que de la dégradation des fondamentaux économiques.

Le score électoral de Javier Milei est un exploit et un espoir pour tous les réformateurs de la planète, aussi peu nombreux soient-ils. Il vient également comme un avertissement pour tous les dirigeants dépensiers finançant sans scrupule la consommation de leurs électeurs actuels sur le dos des générations à venir. Un jour, le peuple siffle la fin de la partie et s’en remet à des dirigeants capables de sacrifier leur avenir électoral de court terme pour le bien public.

latribune.fr

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