OPINION. « Pour transformer l’État, inspirons-nous enfin des entreprises ! »
latribune.fr

Arnaud Gangloff
DR
latribune.fr

Arnaud Gangloff
DR
Par Arnaud Gangloff, Président de Kéa (*)
Alors que le vote du budget donne l’occasion aux membres du parlement de rivaliser d’imagination en matière de fiscalité des entreprises, nos élus gagneraient certainement à s’inspirer de ce que celles-ci maîtrisent le mieux : leur capacité à se transformer.
Dans un contexte où l’État se trouve fragilisé — manque d’efficacité opérationnelle, lenteur administrative, perte de confiance — les décideurs publics auraient en effet tout intérêt à puiser dans l’expertise accumulée par les entreprises qui, elles, se transforment en permanence pour affronter les crises, adapter leur modèle et préparer l’avenir.
L’enjeu n’est évidemment pas de transposer mécaniquement les méthodes du privé au secteur public mais d’en retenir les principes qui permettent aux organisations complexes d’évoluer, de retrouver de la lisibilité et de l’efficacité.
Quatre règles d’or s’imposent.
Comme dans toute transformation majeure, tout commence par un noyau dur soudé autour d’une vision claire. Pour l’État, cela impliquerait la création d’une task-force associant représentants de l’état et experts de la transformation, placée sous l’impulsion directe du Premier ministre. Ce comité serait chargé de définir une feuille de route réaliste et d’en garantir l’exécution, condition sine qua non pour sortir du cycle des réformes lancées mais rarement menées à terme.
La réussite d’une transformation repose sur une gouvernance rigoureuse : responsabilités précises, délais tenus, mécanismes d’arbitrage rapides et suivi opérationnel exigeant. Là encore, les entreprises montrent la voie : sans indicateurs simples et partagés, aucune transformation ne tient dans la durée.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

Les services de l’État étant avant tout des organisations humaines, il est indispensable d’embarquer l’ensemble des agents. Il s’agit donc de valoriser l’engagement des fonctionnaires en reconnaissant leur attachement à la mission de service public et leur capacité à être des acteurs du changement. Cela suppose une communication régulière et factuelle sur l’avancement des réformes : non pas une communication politique, mais une communication qui donne à voir les progrès réalisés au regard de la vision fixée.
Une telle transformation n’aurait de sens que si elle améliore concrètement la vie des citoyens. Les dirigeants d’entreprise évaluent systématiquement l’impact de leurs décisions, notamment pour leurs clients ; l’État devrait faire de même, en suivant mois après mois les effets de ses réformes : coûts évités, qualité de service accrue, délais de traitement réduits. Ce travail pourrait aussi permettre de redimensionner les missions de l’état pour ne garder que celles qui créent le plus de valeur pour les citoyens.
Des décennies d’empilement administratif et de complexité organisationnelle ne s’effacent pas en quelques mois. Une durée de cinq ans, celle d’un quinquennat, semble sans doute la seule compatible avec une réforme d’ampleur.
Reste désormais la volonté de se lancer dans une tâche certes exigeante, parfois ingrate, mais indispensable pour restaurer la confiance, préserver notre modèle social et relancer notre économie.
Quel candidat aura le courage de s’y atteler ?
______
(*) Diplômé de l'ESSEC, Arnaud Gangloff a réalisé toute sa carrière dans le conseil. En 2001, il a participé à la création de Kea & Partners, dont il est aujourd'hui le président-directeur général. Il a contribué à faire de Kea & Partners un acteur de référence dans le monde du conseil de direction générale, pionnier et innovant dans le domaine de la transformation des entreprises. Depuis plus de quinze ans, il porte et oriente les travaux de R&D du cabinet en la matière (innovation managériale, entreprise alerte, transformation responsable...). En tant que dirigeant, il a développé une conviction : au-delà des citoyens, de l'Etat, des acteurs de la société, l'entreprise a un rôle à jouer pour que la société dans son ensemble soit soutenable demain, d'un point de vue social et environnemental. Il a co-signé ou signé plusieurs tribunes en faveur de la loi Pacte, afin de redonner à l'entreprise la place qu'elle se doit d'avoir, en particulier dans le champ de sa responsabilité sociale et sociétale au sens large. Il a également témoigné, aux cotés de 7 autres dirigeants, dans le livre blanc : « Entreprise à mission : 10 bonnes raisons d'y aller » et est un membre actif de la Communauté des Entreprises à Mission. Engagé dans l'action aux côtés de ses clients, il travaille principalement sur des grands projets de transformation à l'international dans des environnements complexes.
latribune.fr