OPINION. « Quand l'IA rend chaque salarié expert, que reste-t-il au manager ? »
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Pauline Adam-Kalfon
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De Pauline Adam-Kalfon, Associée responsable de l'innovation et de l'impact, PwC France et Maghreb (*)
L'intelligence artificielle ne transforme pas seulement les métiers via une meilleure performance technique. Elle rebat aussi profondément les cartes du management. En démocratisant l'expertise et en faisant émerger une génération de « collaborateurs augmentés », elle contraint les dirigeants à repenser de fond en comble leur rôle et l'architecture même de leur organisation.
Le signal est sans ambiguïté : en juin 2025, l'IA décroche l'or aux Olympiades internationales de mathématiques. La science-fiction devient réalité. Les modèles les plus avancés surpassent désormais les professionnels sur une multitude de tâches spécifiques, des sciences dures à la gestion d'entreprise. Mathématiques, physique, programmation, intelligence émotionnelle : les bastions tombent les uns après les autres.
Certes, exceller sur des tâches isolées ne signifie pas orchestrer un projet dans sa globalité – ainsi la radiologie, promise depuis 2016 à l'automatisation totale, reste aux mains des praticiens. Mais gare aux conclusions hâtives sur les limites de ces systèmes. La recherche dans la Silicon Valley montre que leur capacité à gérer des tâches complexes de longue durée double tous les sept mois. A partir de 2026, ils vont être capables de mener des missions équivalentes à plusieurs heures de travail humain en toute autonomie. Innovation, marketing, stratégie, capital-risque, juridique : partout où l'on pensait l'expertise humaine irremplaçable, l'IA va faire jeu égal ou mieux sur un nombre toujours plus large de tâches complexes. La commoditisation des compétences de gestion n'est plus une hypothèse. Elle est en marche.
À qui profite cette révolution ? Paradoxalement, d’abord aux moins performants. L'IA démocratise l'expertise et permet à chacun d'avoir un impact démultiplié. Le collaborateur moyen d'hier devient le talent augmenté de demain. Cette égalisation vers le haut transforme l'entreprise en profondeur : les écarts de compétences se resserrent, l'accès au savoir-faire technique se généralise, les barrières à l'entrée s'effondrent.
Mais cette mutation ne s'opère pas spontanément. Le senior leadership tient un rôle absolument décisif. Une étude du National Bureau of Economic Research le confirme : l'encouragement de la direction double l'adoption de l'IA par les équipes, et triple presque l'usage quotidien. Mieux : il réduit les écarts de genre et d'âge dans l'appropriation de ces outils. Inversement, sans impulsion venue du sommet, la transformation risque de patiner.
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Comment le leadership doit-il agir concrètement ? D'abord en repensant l'architecture organisationnelle. Les structures décentralisées favorisent l'agilité et la diffusion de l'IA. Ce sont aussi les plus adaptées à faire émerger des « collaborateurs augmentés ».
En parallèle, le leadership doit établir le « pourquoi » avec clarté et donner les grandes orientations sans se perdre dans le détail opérationnel.
Enfin, le tempo devient critique : il faut avancer plus vite que la concurrence tout en maintenant l'alignement interne et en accélérant la formation continue aux nouveaux outils.
L'IA ne fait qu'accélérer des mutations préexistantes – mais dans un temps considérablement réduit. Le nombre de décisions à prendre par un collaborateur a été multipliée par cinq en cinquante ans ; un mouvement comparable pourrait survenir en quelques années seulement. Dans cette course à la transformation, il faudra agir au plus tôt : les gagnants pourraient bien être les plus rapides.
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(*) Pauline Adam-Kalfon est membre du Comité exécutif de PwC France et Maghreb depuis le 1 juillet 2025 en tant qu’Associée responsable de l'innovation et de l'impact. Avec plus de 25 ans d’expérience dans le conseil, Pauline accompagne ses clients dans la réinvention de leur modèle d’affaires pour leur permettre d’accroître leur résilience et leur capacité à saisir de nouvelles opportunités de création de valeur. Elle démarre sa carrière chez Deloitte en 1998 puis rejoint en 2001 un projet entrepreneurial de conseil. En 2005, Pauline crée sa propre société dans le domaine de la transformation des opérations et des processus clients dans l’assurance, avant de rejoindre PwC en 2012, où elle est cooptée Associée en 2018. Elle y a dirigé les équipes blockchain et crypto-actifs de PwC France et Maghreb et s’est impliquée dans la mise en œuvre du programme IA de PwC au bénéfice des clients et des équipes du cabinet. De 2021 à 2025, Pauline était responsable du programme Inclusion et Diversité au sein du Comité de direction de PwC France et Maghreb. Son autre responsabilité stratégique transverse était la coordination des activités et services d’accompagnement à la transformation des entreprises. Pauline est diplômée de HEC.
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