OPINION. « 10 ans après l’Accord de Paris, les acteurs financiers français ont levé le pied sur le climat »
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Lucie Pinson
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Par Lucie Pinson, fondatrice et directrice de Reclaim Finance
Il y a presque 10 ans, après l’adoption de l’Accord de Paris pour maintenir le réchauffement au plus proche de 1,5°C, la présidence française soulignait que la responsabilité de son entrée en vigueur était une responsabilité commune : celle des gouvernements certes, mais aussi “des institutions internationales, systèmes financiers, responsables économiques”.
10 ans plus tard, force est de constater que cette responsabilité n’a pas été endossée. Par les acteurs financiers d’abord : les banques, assureurs et investisseurs ont continué de soutenir l’expansion des énergies fossiles, contribuant à rendre possible le développement de projets de charbon, mais aussi de plus de 1500 projets d’extraction pétrolière et gazière depuis l’Accord de Paris.
Même sur le charbon thermique, secteur sur lequel les acteurs français ont pris des premières mesures significatives, dès la COP21, l’élan s’est par la suite essoufflé. BNP Paribas, Société Générale, Crédit Agricole ou encore le groupe Banque Populaire Caisse d’Epargne ont été épinglées dans quelques transactions à des groupes problématiques du secteur pas plus tard qu’en 2024, en raison de la persistance de quelques failles.
Du côté du pétrole et du gaz, et de manière très préoccupante, moins de la moitié des 30 plus gros acteurs financiers de la place financière de Paris ont pris des engagements fermes contre la fin de l’expansion de l’extraction pétro-gazière. Deux banques, Société Générale et le groupe BPCE, ont même considérablement augmenté leur soutien à leur expansion entre 2023 et 2024. Le bilan est encore plus désastreux sur le gaz naturel liquéfié, dont les impacts climatiques, environnementaux et sociaux sont considérables. Pourtant, le GNL est totalement laissé pour compte des engagements de la place : Crédit Agricole s’est ainsi illustré dans pas moins de 150 transactions au secteur entre 2021 et 2024.
Autant de projets fossiles qui frappent de plein fouet les communautés locales et aggravent le dérèglement climatique dont la facture ne cesse de grimper.
Face à l’explosion des dommages liés au dérèglement climatique, les grandes sociétés d’assurance augmentent leurs primes et se retirent des zones jugées trop risquées, laissant les plus vulnérables démunis, sans chercher à limiter leur rôle dans l’expansion fossile. AXA, qui continue d’assurer le développement du GNL, a ainsi réduit de 60 % ses souscriptions aux catastrophes naturelles depuis 2022 tout en augmentant ses tarifs. L’assureur a enregistré près de 8 milliards d’euros de bénéfices nets en 2024, dont 75 % ont été reversés aux actionnaires.
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Mais cette responsabilité commune dont parlait la présidence française n’a également pas été endossée par les décideurs publics et les autorités de contrôle.
Au lieu d’imposer des règles contraignantes, les décideurs publics ont jugé suffisant d’exiger la transparence et d’encadrer faiblement l’essor de produits dits “verts”, “responsables” ou “ESG”. Faiblement car le greenwashing s’est lui aussi développé avec une majorité des produits d’épargne salariale et d’assurance-vie dits “responsables” qui continuent d’investir dans des entreprises développant de nouveaux projets fossiles. Et surtout, cette approche n’a en aucun cas remis en question les sommes colossales allouées en parallèle aux énergies fossiles.
Face à l’échec de l’auto-régulation par les acteurs financiers, les décideurs publics ont choisi de détourner le regard. Les déclarations, telles que celle de Bruno le Maire, alors ministre de l’économie, affirmant en 2018 que les acteurs financiers français devaient “sortir du charbon ou y être contraints” ont vite été oubliées.
Et les rares initiatives permettant d’espérer un véritable changement d’approche ont été rapidement démembrées. C’est le cas de textes clés issus du Green Deal- la directive sur le devoir de vigilance (CSDDD) et sur le reporting extra-financier (CSRD) -, aujourd’hui remis en cause par la directive Omnibus qui sera votée prochainement.
A quelques jours de la COP30 au Brésil, l'heure est au sursaut. La multiplication des catastrophes naturelles, les niveaux historiques de réchauffement, 2023 et 2024 étant les années les plus chaudes jamais enregistrées, doivent pousser chaque acteur, privé ou public, à prendre ses responsabilités, en mettant fin au soutien financier à l’expansion des énergies fossiles. Sans quoi chaque euro investi sans contrainte continuera d'aggraver le dérèglement climatique et fera payer le prix fort aux populations.
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(*) Lucie Pinson est la fondatrice et directrice de l'ONG Reclaim Finance, une ONG de recherche et campagne dédiée aux enjeux liant finance et justice sociale et climatique. Elle a reçu le prix Goldman pour l'environnement en 2020 et a été listée en 2023 par Time Magazine parmi les 100 leaders les plus influents sur le climat.
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