OPINION. « Culture et innovation : un enjeu de souveraineté pour la France »
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Valérie-Inés de La Ville
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Par Valérie-Inés de La Ville (*)
Le dernier Panorama des Industries Culturelles et Créatives (ICC) de décembre 2025, rappelle que les 10 secteurs des Industries Culturelles et Créatives définis par l’Unesco (arts visuels et patrimoine, audiovisuel, cinéma, JV, musique, spectacle vivant, livre, presse, radio et publicité créative) apportent 43,1 Milliards d’euros de valeur ajoutée, soit près de 3% du PIB de la France, en progression de 21% entre 2019 et 2024. Reconnues comme vecteur de puissance économique et stratégique, les ICC sont un moteur de croissance et d’emploi et constituent un outil de soft power international. La création française est bien placée dans certaines industries (JV, audiovisuel et musique) et se traduit par des exportations massives. Toutefois, par manque d’innovation et d’investissement chroniques, la France encourt un risque imminent de perte de souveraineté culturelle et industrielle. En effet, ces industries restent fragiles car elles regroupent une grande diversité d’entreprises : quelques grands groupes d’envergure mondiale et une myriade de TPE ancrées sur les territoires. Or, la performance des ICC relève d’une économie de prototypes ou créations originales dont la valorisation suppose l’exploration de nouveaux usages, la maitrise de réseaux d’acteurs et de chaînes de droits de propriété intellectuelle complexes. Une conjonction d’innovations technologiques (IA génératives, digitalisation des chaînes de production) et d’enjeux écologiques (sobriété numérique des productions) créent des situations de rupture déstabilisant les fondements même des conditions d’exploitation des œuvres culturelles. Confrontées cycliquement à des périodes de surproduction et à une hypercompétition exacerbée, les entreprises françaises des ICC doivent trouver les moyens de renforcer leur viabilité stratégique.
La recherche dans les ICC constitue un puissant levier d’innovation, de transformation industrielle et de croissance à condition d’en faciliter l’accès à l’ensemble des entreprises du secteur, quelle que soit leur taille. Si différents pôles de compétitivité se sont structurés au cours des dernières années sur divers territoires (Cap Digital, We are Creativ, Plaine Image, la Villa Créative d’Avignon, CITIA, Magelis…), il reste un travail important à réaliser pour fédérer les acteurs publics et privés sur des thématiques de recherche structurantes pour l’avenir. L’initiative de recherche ICCARE dotée de 25 millions d’euros sur 6 ans, pose un premier jalon qui demande à être renforcé, systématisé et confronté aux réalités entrepreneuriales. Il s’agit de mutualiser les efforts de R&D, mettre les chercheurs de différentes disciplines (arts numériques, sciences humaines et sociales, informatique, robotique…) directement au contact des enjeux soulevés par les projets de création des entreprises. Au-delà de la recherche fondamentale, il est crucial d’impliquer des centres de transfert de technologie dans cette démarche afin d’accélérer le processus de production et de commercialisation de productions françaises. Activer le soutien à différentes initiatives de recherche régionales tout en assurant leur mise en réseau au plan national conduira à capitaliser sur les idées réellement novatrices au profit de tout l’écosystème français. Seule une articulation volontaire des actions de ces différents acteurs privés et publics de la recherche permettra de stimuler des collaborations entre laboratoires afin d’accompagner les entreprises dans une logique de diversification de leurs activités, d’amorçage de projets innovants et de maîtrise des risques.
Renforcer la compétitivité de la filière française des ICC suppose de renouveler les formes de création et d’intermédiation culturelle sur le plan technique et symbolique, tout en explorant leurs implications juridiques, financières, marketing et environnementales. À cette fin, quatre axes de réflexion nous paraissent susceptibles d’ouvrir des horizons de travail interdisciplinaire : Socialisation, Virtualisation, Plateformisation et Artification. La socialisation promue par les ICC renouvelle les sociabilités culturelles et les relations entre l’œuvre, l’acteur culturel, le territoire et les publics. La virtualisation suppose l’intégration des innovations technologiques immersives, par nature prototypiques, qui questionne les logiques d’industrialisation, de distribution et d’exportation. La plateformisation modifie la chaîne de distribution des œuvres et privilégie des logiques d’industrialisation des œuvres en faisant évoluer la valeur apportée par « l’usager – contributeur & créateur - consommateur ». L’artification requalifie de nouvelles formes culturelles en « œuvres numériques » et redessine l’identité de l’auteur, du critique, du spectateur, des galeries, de l’amateur ou du collectionneur.
Les USA et la Chine investissent massivement pour soutenir l’innovation dans les ICC qui s’accélère et se complexifie… La France ne dispose peut-être pas de leviers de financement comparables mais peut mobiliser de nombreux talents disséminés sur son territoire. Certains pourraient porter un pôle de R&D performant avec l'amorçage de fonds France 2030 dédiés aux pôles territoriaux culturels et créatifs pour aborder des enjeux clés pour l’avenir. Sur quels principes développer des d’IA éthiques qui ne dégradent la valeur du travail créatif pourtant hautement qualifié ? Quel rôle attribuer aux développements en open source pour soutenir le tissu de petites moyennes entreprises ? Etc. Il devient urgent de mieux coordonner au niveau national et européen les efforts de recherche sur les ICC, au plus près des préoccupations et des projets des entrepreneurs français.
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(*) Valérie-Inés de La Ville, diplômée de l’EM Lyon, docteur de l’Université Lyon III, responsable du Master « Management Plurimédia & Licensing » à l’IAE de Poitiers. Elle a lancé en 2004 la première conférence internationale Child and Teen Consumption, a coordonné le projet ANR Ludo-Aliment de 2007 à 2010. Depuis 2016, elle dirige le FABRICC, qui devient la chaire « Les Industries Culturelles et Créatives dans les univers virtuels » de l’Université de Poitiers.
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